LA DUCHESSE DE LAL'ZUX
J'ai fait part à mes amies de tout ce que vous me dites pour elles ; elles en sont flattées et y sont sensibles comme elles doivent l'être. J'avois déjà parlé à madame Necker de madame de Poix et de madame de Bouillon*, mais je n'avois rien dit de madame d'Hénin, qui, ayant été au moment de perdre sa mère, n'avoitpu penser à aucune autre chose et a lu votre introduction plus tard que ces dames ; elle en a été transportée et m'a beaucoup grondée de ne l'avoir pas prévu et de ne pas vous l'avoir dit d'avance. Elle prétend avoir un droit particulier à vous faire recevoir ses éloges et à être rappelée à votre souvenir. Je ne sais si vous m'entendez, monsieur, mais vous savez peut-être déjà qu'il a paru une prétendue lettre de vous à madame deBeauvau aussi méchante qu'elle est loin de votre style, où madame d'Hénin est fort maltraitée; on m'a fait aussi l'honneur de m'y placer et je suis très flattée de ce témoignage rendu à mon attachement pour vous ; on dit que je ne poun^ai vous être (ï aucune utilité, cpce je ne sais j^arler au public qu'aux Tuileries et que la saison ne permet pas dy aller *. Vous voyez qu'il n'y a pas beaucoup
1. La duchesse de Bouillon était belle-sœur de la première femme du maréchal de Beauvau, père de la princesse de Poix.
2. Laduchesse de Lauzuu fait ici allusion à ranecdo;;e bien connue de son altercation dans le jardin des Tuileries avec un détracteur de M. Necker. On place souvent cette anecdote aux premiers jours de la Révolutioa. La date de cette lettre montre quelle est antérieure .
d'amertume (la:is C3lte phrase; à la vérité, ceux qùne me coniioissent poui'ront en conclure que je suis un peu folle quelques fois, mais je m'en consolerai en pensant que jusque là j'espère n'avoir pas attiré l'attention du public, et que l'occasion n'est pas mal choisie pour faire parler de soi.
Adieu, monsieur ; permettez-moi de vous faire encore mille remerciemens et de vous assurer des sentimens avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très humble et très obéissante servante.
BOLFLERS D. DE LAUZUN.
Maman fait mille tendres complimensàmadameNecker ; nous sommes bien allligées l'une et l'autre d'être si longtemps éloignées d'elle et de vous.
La lettre suivante, qui est à peu près de la même date, lut adressée par la duchesse de Lauzun à madame Necker pendant un séjour que celle-ci faisait sur les bords du lac de Genève.
16 août
La crainte de vous importuner, madame, avait seule empêché madame de Luxembourg et moi de vous prier de nous donner de vos nouvelles, mais notre tendre intérêt n'avoit négligé aucune occasion d'en savoir, et nous avions appris avec bien de la peine que vous étiez mécontente de votre santé. Quoique votre lettre n'entre dans aucun détail à cet égard, elle nous donne cependant sujet d'espérer que vous vous trouvez un peu mieux, mais cette marque de voire souvenir dont