‹ Le Salon de Madame Necker d'aprés des documents tirés des archives de CoppetChapitre 7 sur 49 · MORT DE MADAME CURCHOD · texte numérisé non relu

MORT DE MADAME CURCHOD

ceur de ses rapports avec sa mère. Après 1rois années de cette existence précaire, madame Curchod mourait elle-même, emportée par une maladie aiguë. Cette mort plongeait Suzanne Curchod dans un désespoir d'autant plus profond, qu'elle se reprochait d'avoir, par les inégalités de son humeur, troublé la paix des derniers jours de sa mère. Bien des années après, dans un des journaux où elle avait coutume d'épancher les sentiments de son cœur, elle traduisait, dans le langage passionne qui lui était propre, toute l'amertune de ses remords :

Oh ! ma mère, toi dont l'àme pure et sensible erre sans doute autour de moi, image chérie, sans cesse présente à mon cœur désolé, toi qui me donnas l'exemple de tous les sacriflces, pourquoi suis-je rentrée dans cette ingrate patrie dont tu t'étois arrachée ? tu fus victime du fanatisme, je le suis d'une stupide insensibilité ; on a blessé profondément ce cœur qui t'adoroit. En. vain je voudrois confler mes peines ; qui m'entendra ? Je cherche à te rappeller dans l'illusion du sommeil, je crois te voir, je te parle ; mon âme s'épanche dans ton sein; le sein d'une mère, où est-il? Ah ! Dieu, je cherche à me tromper, il me semble que ces lignes que je trace iront jusqu'à toi ; oh ! ma mère, ne rejette pas ton enfant; il a étécjupable envers toi, mais combien peu de temps et que de larmes, que de tendresse, que de sentiments, que de transports ont racheté ces instants d'humeur ! Je t'en prends toi-

même à témoin, ai-je eu le plus léger tort avant d'avoir quitté cette solitude ou j'ai passé mon enfance? et pendant ces trois années encore où mon caractère s'était altéré, je n'ai pas cessé un instant de t' adorer ; pardonne donc, fais grâce ; l'Être suprême pardonne à ceux qui l'ont offensé. Dix-sept ans de remords dévorants-n'ont-ils point expié mes fautes ? Vois ces larmes que je répands par torrents, reçois ton enfant, ne l'éloigné pas de toi, il implore ta pitié ; helas 1 ton ombre est son asile sur la terre, il lui semble que cette ombre invisible fermera seule ses yeux. Regarde toute ma conduite : n'ai-je pas fait tout ce que tu m'avois ordonné ! Non, je n'ai jamais offensé ce Dieu que nous adorons qu'en toi seule, et ces accès d'humeur même, hélas ! je les avois contre toi, parce que tu étois la source de toute ma félicité sur la terre ; je m'en prenois à toi de toutes les contrariétés de ma vie, parce que de toi seule dépendoit mon bonheur; mais, qu'elle qu'ait été la cause de ces propos d'humeur si criminels, puisqu'ils s'adrcisoient à toi, mon ange tutélaire, ne fixe plus ton attention sur des mouvements où le cœur n'eut jamais de part, vois mon désespoir après ta perte, vois cet ennui de la vie qui m'a dévoré et qui me dévore encore ; les barbares, en me reprochant ces instants de ma vie où l'espoir de soutenir ta vieillesse me donna la force de fouler aux pieds des dégoûts de tout genre, ils n'ont pas su toutes les playes qu'ils alloient rouvrir.

Je crois que les torts dont Suzanne Curchod pouvait avoir à se repentir étaient singulière-

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