‹ Le Salon de Madame Necker d'aprés des documents tirés des archives de CoppetChapitre 9 sur 49 · JACQUES NECKER · texte numérisé non relu

JACQUES NECKER

force contré tontes mes inclinations. Je ne saurois y penser, mais je le préfère encore au rôle que je joue ici où l'on me fait ruiner pour des choses qui me font pitié.

Fort heureusement pour elle cette pénible nécessité de se marier par force contre son inclination devait lui être épargnée, et une heureuse rencontre décida de sa destinée. Avant que son séjour sur les bords du lac de Genève l'eût mise en relation avec Suzanne Curchod, madame de Vermenoux avait reçu à Paris les hommages d'un Genevois qui, après avoir été assez longtemps employé dans les bureaux de son compatriote Vernet, venait cependant d'ouvrir (en partie avec des fonds avancés par son ancien patron) une importante maison de banque connue sous le nom de la maison Thelusson et Necker. Jacques Necker était fils de spectaUe * Louis-Frédéric Necker ^ professeur de droit, originaire de Custrin, et reçu bourgeois de Genève gratis

1. On donnait à Genève la qualificatiou de spectable à ceux qui avaient embrassé certaines professions libérales, entre autres celle de pasteur, de professeur, de médecin, et encore celle d'apothicaire, environné à Genève d'une considération particulière.

2. Louis-Frédéric Necker, né à Custrin en 168G, mort à Genève en 176?, avait épousé une Gauthier, qui, par les Gallatin et les Tudert, famille de réfugiés français, descendait elle-même de Jacques Cœur.

le 28 janvier 1726, « en considération, disent les procès verbaux du Magnifique Petit Conseil, de son mérite personnel et de la manière dont il exerce sa profession, qui est très utile au public. » Un peu épais de sa personne, mais d'une physionomie agréable et fine, avec de beauxyeux, Jacques Necker donnait déjà, par sa conversation, l'impression d'une certaine supériorité intellectuelle à ceux qui causaient avec lui, bien qu'il n'eût encore d'autre renom que celui d'un financier habile. Aussi madame de Yermenoux n'avait-elle pu se décider à repousser de prime abord une recherche qui flattait sa vanité fémi- • nine, tout en ne pouvant non plus se résoudre à renoncer au rang aristocratique qu'elle devait à son premier mariage pour devenir la femme d'un financier. Elle avait en conséquence ajourné sa réponse définitive au retour du séjour qu'elle comptait faire à Genève. Le prétendant, ainsi tenu en suspens, s'empressa, dès que madame de Yermenoux fut arrivée à Paris, de venir s'informer de son sort. Ce fut donc comme aspirant à la main de madame de Yermenoux que Suzanne Curchod vit pour la première fois M. Necker.

Je suis très conteute de Necker (écrit-elle à Monltou) pour l'esprit et pour le caractère, et je suis bien trompée ou la dame le voit avec complaisance; mais on lui a fait liaïr l'hymen, et, quand je lui. en ai parlé

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