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Le vendreiîî était, en effet, spécialement consacré aux hommes de lettres et aux phllosopliea, et on devait y raisonner beaucoup. Aussi madame Necker ne tarda-t-elle pas à faire choix également d'un autre jour qui Ait d'abord le mardi et qui conserva toujours un caractère différent et un peu plus intime. « Madame de X. a deux jours, l'un pour les gens d'esprit et l'autre pour les bêtes, dont je suis », disait spirituellement, il y a une quarantaine d'années, l'amie d'une femme qui recevait un )our de la semaine des hommes de lettres et un autre jour de» personnes du monde. Ce n'étalent point les bêtes que madame Necker recevait le mardi ; mfds, ce joui^là, elle invitait de préférence quelques personnes de la société dont elle avait su se faire des amis et elle se plaisait à les réunir h ceux des habitués du vendredi qui étaient l'objet de sa prédilection. Madame Necker assemblait ses hôtes tantôt à dîner, c'est^-dire à quatre heures (et encore la marquise de Créquy, trouvant que c'était trop tard, jurait qu'on ne l'y reprendrait plus), tantôt à souper (la quatrième fin de l'homme, disait madame du DeSknt, qui avouait ne pas bien se souvenir des trois autres) et alors la soirée se prolongeait assez tard avec de nouveaux arrivants. La réception était très aimable et empressée, trop empressée peut-être
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delapartdemadameNecker, un peu froide et involontairement hautaine delà partdoM.Necker, qui était souvent absorbé dans d'autres préoccupations. La cuisine en revanche laissait h désirer, du moins à en croire Grimm, qui disait, dans les Annonces et Bans de l'Église phtloso~ phigue : « Sœur Necker fait savoir qu'elle donnera à dîner tous les vendredis : l'Église s'y rendra parce qu'elle fait cas de sa personne et de celle de son époux ; elle voudrait pouvoir en dire autant de son cuisinier. » Cette première ancêtre des doctrinaires n'aurait fait ainsi qu'inaugurer le mépris un peu superbe pour tes choses de la matière que Sainte-Beuve leur reprochait comme une infériorité intellectuelle : « Les gens d'esprit, disait-il, qui à table mangent au hasard et engloutissent pêle-mêle, avec une sorte de dédain, ce qui est nécessaire à la nourriture du corps (et j'ai vu la plupart des doctrinaires faire ainsi), peuvent être de grands raisonneurs et de hautes intelligences, mais ils ne sont pas des gens de goût. » Dans la génération nouvelle il n'y a plus de doctrinaires ; mais en revanche, il y a beaucoup plus de gens de goût, du moins au sens restreint où l'entendait Sainte-Beuve dans cette boutade dictée par la rancune de quelque mauvais dîner.
L'hôtel Leblanc n'était pas le seul endroit où
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et les invités qui ne voulaient point coucher à Saint-Ouen étaient reconduits le soir h Paris.
Maintenant que nous connaissons le cadre, il est temps d'esquisser la Ogure ou plutôt l'attitude des personnages, car leurs traits sont bien connus. C'étaient Suard, Marraontel, Saint- Lambert, l'abbé Morellet, l'abbé Raynal, Thomas, Grimm, Diderot, d'Alerabert, bien d'autres encore que je pourrais citer, si j'avais l'intention de feire défiler les uns après les autres devant mes lecteurs tous ceux qui ft-équentalent le salon demadameNecker. Maisje craindrais que cette longue galerie de portraits ne finît par leur fetiguer les yeux, et je préfère choisir dans le ^mbre ceux que leurs lettres me permettront de faire revivre et parfois apercevoir sous un jour un peu nouveau. Avant de leur donner la parole à tour de rôle, je suis tenté cependant de les montrer conversant tous ensemble et je puis le fiiire grâce au soin qu'a pris madame Necker de jeter sur le papier, à l'issue de son premier dîner du vendredi, quelques-uns des propos échangés entre les convives qui étaient Bernard • (le Gentil-Ber-
1. Pierre-Joseph Bernard, plus connu aoua le nom âe Gentil-Bemara qu'il doit à un vers de Voltaire, né à Grenoble ea 1710, moi-t à Paria enl7T5. 11 est l'auteur de TArt 4'aimer : poème en trois chanta.
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nard de Voltaire), Suard •, Thomas, l'abbé Morellet et Marmontel. Bien que ces propos n'aient rien, de très remarquable, il peut paraître assez intéressant d'y voir chacun fldfele à son caractère, Bernard galant, M. Neclier distrait, Morellet hargneux, Suard contredisant, Thomas emphatique et Marmontel badin.