‹ Le Salon militaire de 1886Chapitre 15 sur 15 · JULES MOUTONNET EDITEUR PARIS · texte numérisé non relu

JULES MOUTONNET EDITEUR PARIS

La statue du général Chanzy, de M. Croisy, destinée à orner la place de Nouart, où le général vit le jour, est fort bien campée. La physionomie ouverte, spirituelle et franche du général y est parfaitement rendue, mais sa haute stature, sa force musculaire y sont un peu trop atténuées. Le général était un fort beau militaire, et il dut, pendant la campagne de 1 870-1 871, l'honneur d'être le commandant d'armée le moins malheureux autant à ses talents militaires qu'à la haute et superbe mine qu'il montra, même dans les moments les plus douloureux. Je crois savoir que l'usage est de ne décerner les honneurs d'une statue équestre qu'aux généraux victorieux ou à ceux qui sont morts les armes à la main. Malgré cette hiérarchie monumentale, Chanzy méritait la statue équestre pour n'avoir ni désespéré ni fléchi, et avoir toujours combattu, alors que tant de gens discouraient et n'agissaient point.

Chanzy, que l'histoire grandira encore lorsque les écrivains — chargés de l'étudier dans cent ans — seront en possession des documents qui nous manquent encore et n'auront plus la gêne de contemporains intéressés à les cacher, Chanzy fut surtout un caractère. La Providence, dans laquelle trop de gens s'efforcent à ne voir que le hasard, l'avait tenu éloigné des premières armées, condamnées à disparaître, et semblait l'avoir réservé au rôle de général en chef de troupes improvisées. Il s'en montra digne. Succédant au seul général

— d'Aurelles de Paladine — qui eût remporté une véritable victoire,

— Coulmiers, — sur les Allemands, il avait pour mission de mener rapidement une campagne que son prédécesseur jugeait être une besogne de patience, de prudence en même temps que de chicane et d'habileté envers l'ennemi. Placé entre la nécessité qui lui imposait de ne rien donner au hasard, et les chefs civils de la Défense qui n'avaient d'autre règle que leur désir violent d'annoncer de nouveaux succès à la population, Chanzy sut rester maître de lui-même, de sa volonté, de ses plans, et s'il ne parvint pas à rétablir nos affaires, ce ne fut

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pas sa faute, ce fut la conséquence d'une logique terrible qui veut que la victoire reste à la nation qui s'est le mieux préparée à la guerre pendant la paix.

Le buste de l'amiral Courbet, par M. Ch. Cordier, nous met en face d'une des plus belles figures contemporaines. Le vice-amiral Courbet était aussi un caractère — ce qui est rare à toutes les époques, mais surtout à la nôtre. Esclave du devoir, il est mort, plus heureux que Chanzy, enseveli dans le drapeau de la victoire. C'est lui le véritable héros de notre dernière expédition dans l'extrême Orient, car c'est lui qui en avait compris le mieux la portée et qui commandait les forces les plus propres à épouvanter les Chinois, devenus, à notre grande surprise, habiles dans l'art, qu'ils ignoraient encore en 1860, de tenir tète aux soldats européens. La France avait placé en lui de grandes espérances, et ce n'est pas sans une profonde émotion que le public considère respectueusement cette tète fine de penseur frappée déjà des stigmates précurseurs d'une mort prématurée. Rien n'est plus ingrat qu'un buste en uniforme, emboîté dans un col raide et deux épaulettes en graines d'épinard. M. Cordier s'en est tiré en maître, et il a mis dans ce front dénudé et sous des joues creusées par la fatigue toute la noblesse et toute la résolution qui firent de Courbet un chef si vénéré et si sûr de lui-même.

J'aurais voulu parler de Jeanne d'Arc, de la statue du général Margueritte et de plusieurs autres statues militaires, mais il faut savoir se borner, surtout lorsque la place manque.

Le Salon militaire vient de fournir sa première étape. Cette année il n'était qu'un débutant; Tan prochain, grâce à la bienveillance du public, qui l'a tout de suite et du premier coup accueilli avec une faveur marquée, il sera un vétéran.

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