‹ Le SalteadorChapitre 8 sur 19 · LE ROI PHILIPPE LE BEAU · texte numérisé non relu

LE ROI PHILIPPE LE BEAU

Le jeune homme embrassa tous ces objets d'un coup d'œil; mais sa vue, après avoir erré un instant du lit de mousse à la madone, s'arrêta plus particulièrement sur les deux portraits.

La jeune fllle l'avait senti s'approcher plutôt qu'elle ne l'avait entendu venir; elle se retourna au moment où, comme nous l'avons dit, elle passait la bague à son doigt, et cachait le parchemin dans sa poitrine.

Alors, avec un sourire digne d'une princesse offrant l'hospitalité dans un palais :

— Entre, Fernand! dit-elle dans son langage imagé, et, du nid de la colombe, tu feras une aire d'aigle I

— Mais, d'abord, demanda Fernand, la colombe veut-elle bien me dire quel est ce nid?

— Celui où je suis née, répondit Ginesta, où j'ai été nourrie, élevée; celui où je reviens rire ou pleurer

toutes les fois que je suis heureuse ou que je souffre. .. Ne sais-tu pas que tout être créé a un amour infini pour son berceau ?

— Oh 1 je le sais, moi qui deux fois par mois risque ma vie pour aller passer une heure avec ma mère, dans la chambre où je suis né 1

Et le jeune homme entra dans la grotte.

— Puisque Ginesta a bien voulu répondre à ma première question, dit-il, peut-être voudra- t-elle bien encore répondre à la seconde.

— Interroge , dit la bohémienne, et je répondrai.

— Quels sont ces deux portraits?

— Je croyais Fernand un enfant des villes ; m'étaisje trompée?

— Pourquoi cela?

— Fernand ne sait-il plus lire?

— Si fait.

— Qu'il lise, alors 1

Et, démasquant les deux portraits , et soulevant la lampe, elle éclaira les peintures de sa lumière tremblante.

— Eh bien , je lis, dit Fernand.

— Que lis-tu?

— Je lis : La reine Topaze la Belle,

— Après ?

— Je ne connais pas de reine de ce nom-là.

— Même parmi les zingaris I

— C'est vrai, dit Fernand, je l'oubliais, les bohémiens ont des rois.

— Et des reines, dit Ginesta.

— Mais d'où vient qtie ce portrait te ressemûle? demanda le Salteador.

— Parce que c'est celui de ma mère , répondit la jeune fille avec orgueil.

Le jeune homme compara, en effet, les deux visages, et la ressemblance que nous avons signalée le irappa.

— Et le second portrait? demanda-t-il.

— Fais ce que tu as fait pour le premier, — lis l

— Eh bien, je lis, et je vois: Le roi Philippe le Beau.

— Ignorais-tu aussi qu'il y eût eu, en Espagne, un roi nommé Philippe le Beau ?

— Non ; car, enfant, je l'ai vu.

— Moi aussi.

— Bien enfant, alors?

— Oui ; mais il y a des souvenirs qui entrent si profondément dans le cœur, qu'on les garde toute la vie, à quelque âge qu'on les ait reçus.

— C'est vrai, dit Fernandavec un soupir, je connais ces souvenirs-là 1 Mais pourquoi ces deux portraits en face l'un de l'autre?

Ginesta sourit.

— N'est-ce pas un portrait de roi et un portrait de reine? dit-elle.

— Sans doute; mais...

Il s'arrêta, sentant qu'il allait blesser l'orgueil de la jeune fille.

Elle, souriant toujours, continua.

=-Mais l'un, allais-tu dire, était roi d'un royaume réel

tandis'que l'autre était reine d'un royaume imaginaire.

— J'avoue que c'était là ma pensée, ma chère Ginesta.

— D'abord, qui te dit que le royaume d'Egypte soit un royaume imaginaire? qui te dit que celle qui descend de la belle Nicaulis, reine de Saba, ne soit pas aussi véritablement reine qu'est roi celui qui descend de Maximilien, empereur d'Autriche?

— Mais, enfin, demanda Fernand, qu'est donc Philippe le Beau?

Ginesta l'interrompit.

— Philippe le Beau, dit elle, c'est le père du roi don Carlos, qui, demain, doit être à Grenade. Je n'ai donc pas de temps à perdre, si je veux demander au roi don Carlos ce qu'il refusera peut-être à don Inigo.

— Comment! s'écria Fernand, tu vas à Grenade?

— A l'instant même... Attends-moi ici.

*- Tu es folle, Ginesta !

— Dans cet enfoncement, tu trouveras du pain et des dattes. Je serai de retour avant que tes provisions soient épuisées, et, quant à l'eau, tu le vois, elle ne te manquera pas.

— Ginesta, je ne souffrirai pas que, pour moi...

— Prends garde, Fernand ! si tu ne me laisses point partir à l'instant même, peut-être le feu ne me permettra-l-il pas d'atteindre le lit du torrent...

— Mais ceux qui me poursuivent, ceux qui ont fait à cette montagne, où ils savaient que j'étais réfugié, une ceinture de flammes, ceux-là ne permettront pas que tu passes ; ils te maltraiteront, te tueront peut-être!

122 LE SA.LTEADOR

— Que veux-tu qu'on dise à une jeune fille qui, surprise par l'incendie dans la montagne, se sauve avec ga chèvre en suivant le lit d'un torrent?

— Oui, en effet, tu as raison, Ginesta, s'écria Fernand ; et, si tu es prise, mieux vaut que ce soit loin que près de moi.

— Fernand, dit la jeune fille d'une voix grave et profonde, si je n'étais pas sûre de te sauver, je resterais près de toi pour mourir avec toi ; mais je suis sûr de te sauver, et je pars. Viens, Maza î

Et, sans attendre la réponse de Fernand, envoyant au jeune homme un dernier adieu de la main, Ginesta s'élança du rocher au flanc de la montagne, et, légère comme un flocon de neige, d'un pied aussi sûr que celui de l'animal grimpeur qui la précédait, elle descendit dans l'abîme dont elle semblait le génie.

Fernand, penché sur le précipice, la suivit des yeux avec anxiété jusqu'à ce qu'elle eût atteint le lit du torrent, dans lequel il la vit s'engager en sautant de pierre en pierre comme une bergeronnette, et où elle disparut bientôt entre les deux murailles de flammes qui s'élevaient de sa double rive.

IJROI DON CARLOS

Laissons Fernand demeurer tranquillement entre le danger auquel il vient d'échapper et celui, peut-être

plus grand, qui le menace, et, prenant le même chemin que Ginesta, glissons comme elle sur la pente enflammée de la montagne jusqu'au torrent, dont elle a suivi le lit, et dans les détours duquel elle a disparu.

Le torrent, nous l'avons dit, parcourt un espace de trois ou quatre lieues, et va, en prenant l'importance d'une petite rivière, se jeter dans le Xenil, entre Armilla et Santa-Fé.

Toutefois, nous ne le suivrons pas jusque-là, et nous le quitterons où sans doute l'a quitlé Ginesta, c'est-àdire au moment où, une lieue à peu près en avant d'Armilla, il traverse sous une arche de pierre une route qui n'est autre que celle de Grenade à Malaga.

Arrivés là, nous n'avons plus à craindre de nous tromper: la route qui a mérité le nom de route de Malagaà Casabermeja, et qui devient sentier, et sentier à peine visible parfois, pour traverser la sierra, s'élargit au bas du versant occidental, et redevient route à partir de Gra^ia-la-Grande.

Vous voyez, en passant, que c'est grande fête à Grenade : ses mille tours sont pavoisées à la fois des drapeaux de Castille et d'Aragon, d'Espagne et d'Autriche ; ses soixante et dix mille maisons sont en liesse et ses trois cent cinquante mille habitants, — depuis vingt-sept ans qu'elle a passé des rois mores aux rois chrétiens, elle en a perdu cinquante raille à peu près, — et ses trois cent cinquante mille habitants sont échelonnés dans les rues qui condaisent de la porte de Jaën, par laquelle le roi don Carlos fait son entrée, à celle du

palais de l'Alh ambra, où on lui a préparé ses logements dans les appartements qu'un quart de siècle auparavant a quittés avec tant de regret le roi Boabdil.

Aussi, sur la rampe ombreuse qui conduit, par une pente doucement inclinée, au sommet de la montagne du Soleil, où s'élève la forteresse, et où fleurit TAlhambra, ce palais bâti par les génies de l'Orient, la foule est-elle si nombreuse, qu'on a dû la contenir par une haie de hallebardiers qui, de temps ent'kmips, sont forcés — la persuasion devenant inutile — d'employer le manche de leur pique pour faire reprendre aux curieux le rang qu'ils ont quitté.

A cette époque, la pente sur les deux côtés de laquelle roule, encaissée dans un lit de cailloutis, une eau fraîche et murmurante, d'autant plus abondante qu'il fait plus chaud, attendu que cette eau, la veille encore étendue comme un blanc manteau sur les épaules de Mulahacen, provient de la fonte des neiges, — à cette époque, disons-nous, la pente est encore libre dans toute sa largeur ; car ce sera plus tard seulemeni que don Luiz, marquis de Mendoza, chef de la maison de Mondejar, élèvera, au milieu du chemin, en l'honneur du César aux cheveux blonds et à la barbe rousse, la fontaine écussonnée lançant une gerbe gigantesque qui monte en poussière de diamant pour retomber en gouttes glacées, après avoir tremblé un instant auï feuilles des jeunes hêtres qui forment, par l'entrelacement de leurs branches, un berceau impénétrable au jour.

C'est bien certainement une coquetterie des Grena*

dins qui leur a fait choisir pour la demeure du jeune roi, parmi les vingt ou trente palais que renferme leur ville, le palais auquel on arrive par cette fraîche entrée : depuis la porte des Grenades, où commence la juridiction de l'Alhambra, jusqu'à celle du Jugement, par laquelle on entre dans l'enceinte de la forteresse, pas un rayon de soleil ne viendra éblouir ses yeux, et n'étaient le chant enroué des cigales et le cri métallique des grillons, il pourra, à soixante lieues de l'Afrique, se croire sous les frais ombrages de sa Flandre bienaimée.

Il est vrai que, dans toutes les Flandres, il chercherait vainement une porte comme celle qu'a bâtie, vers 1348 de Notre-Seigneur, le roi Yusef-Aboul-Hagiag, et qui doit son nom de porte du Jugement à l'habitude qu'avaient les rois mores de rendre la justice sur le seuil de leur palais.

Quand nous disons une porte, c'est une tour qu'il faudrait dire, véritable tour carrée , haute et percée d'un grand arc évidé en forme de cœur, au-dessus duquel le roi don Carlos pourra voir, comme un exemple de l'instabilité des choses humaines, le double hiéroglyphe more représentant une clef et une main : s'il a près de lui son savant précepteur Adrien d'Utrecht, celui-ci lui dira que la clef est là pour rappeler le verset du Coran qui commence par ces mots : // a ouvert, et que la main, do son côté, s'étend pour conjurer ce mauvais œil qui joue de si vilains tours aux Arabes et aux Napolitains. Mais, si, au lieu de s'adresser au cardinal Adrien, le roi s'adresse au premier enfant qu'à

son teint olivâtre, à son grand œil de velours, à sa prononciation gutturale, il reconnaîtra pour appartenir à cette race moresque qu'il commencera de persécuter, et que son successeur Philippe III finira par chasser entièrement d'Espagne, l'enfant lui répondra, en baissant la tête, et en rougissant de honte, que cette main et cette clef ont été gravées à l'instigation d'un ancien prophète qui avait prédit que Grenade ne tomberait au pouvoir des chrétiens que lorsque la main aurait pris la clef.

Et, alors, le pieux roi don Carlos, en se signant, sourira de mépris pour ces prophètes menteurs, auxquels le Dieu des chrétiens a donné, par l'éclatant triomphe de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle de Castille, ses ancêtres paternels et maternels, un si cruel démenti.

Cette porte, qu'on dirait celle du firmament, — tant, vue d'en bas, elle semble s'ouvrir directement sur le ciel, — cette porte une fois franchie, le roi don Carlos débouchera sur la vaste place de las Algives, pourra s'y arrêter un instant, et, du haut de son cheval, se pencher en dehors du parapet pour voir, perdue dans un abîme de végétation, la ville moresque qu'il vient habiter pendant quelques jours seulement, et qui lui est complètement inconnue ; alors, il apercevra, au fond d'un précipice, le Darro, qui traverse Grenade, et leXenil, qui la contourne ; le Xenil charriant de l'argent, le Darro roulant de l'or ; il pourra suivre, dans la large plaine qui a conservé son nom arabe de la Vega, leur double cours, encombré de cactus, de pis-

LE SALTEADOR m

tachiers, de lauriers-roses sous lesquels, de place en place, ils s'enfoncent pour reparaître plus loin, minces, tordus et brillants comme ces fils de soie que les premiers vents de l'automne arrachent au fuseau de la mère du Seigneur.

C'est sur cette grande place, autour d'un puits aux margelles de marbre, que se promènent les privilégiés en attendant l'entrée du roi, qui aura lieu au moment où deux heures de l'après-midi sonneront à la tour de la Vêla ; les uns sont protégés par le titre de ricos hombref!, que ce même roi don Carlos changera en celui de grands d'Espagne, — comme il changera en celui de majesté le titre moins pompeux d'altesse, dont se sont jusque-là contentés les rois de Castille et d'Aragon; — les autres sont des dons et des senores ; seulement, les aïeux de ces dons ont été amis du Cid Campeador, les ancêtres de ces senores ont été les compagnons de Pelage, et le moindre d'entre eux,— par la fortune, bien entendu, car tous se disent égaux par la naissance, — et le moindre d'entre eux se tient, bien certainement, pour aussi noble que ce petit prince d'Autriche, qui, à leurs yeux, n'est Espagnol, c'est-à-dire hidalgo, que par sa mère, Jeanne la Folle, fille d'Isabelle la Catholique.

D'ailleurs, tous ces vieux Castillans n'attendent pas grand'chose de bon de ce jeune roi, dont l'origine germanique éclate dans ces cheveux blonds, dans celte barbe rousse, et dans ce menton en relief, caractères particuliers des princes de la maison d'Autriche. Ils n'ont point oublié que son aïeul Maximilien, s'inquié-

tant peu pour son petis-flls du trône d'Espagne, mais beaucoup delà couronne impériale, a fait venir sa mère enceinte de Valladolid à Gand, afin qu'elle accouchât dans cette ville d'un fils qui fût non-seulement infant de Castille, mais encore bourgeois flamand. On a eu beau leur dire que toute sorte de présages heureux avaient accompagné la naissance de l'enfant prédestiné, venu au monde le dimanche 22 février de l'an 1500, jour de la Saint-Mathias ; que Rutilio Benincasa, le plus grand astrologue du siècle, avait prédit sur lui des choses merveilleuses, à propos des dons qui lui avaient été faits par son parrain et sa marraine, le prince de Chimay et la princesse Marguerite d'Autriche, le jour où, précédés de six cents écuyers, de deux cents chevaux, de quinze cents torches, et marchant sur des tapis étendus depuis le château jusqu'à la cathédrale, ils avaient présenté le nouveau-né au baptême sous le nom de Charles, et, cela, en mémoire de son aïeul maternel, Charles de Bourgogne dit le Téméraire ; — on a eu beau leur dire que, les deux parrains ayant donné, ce jour-là, à l'enfant, Marguerite d'Autriche un bassin de vermeil plein de pierres précieuses, et le prince de Chimay un casque d'or surmonté d'un phénix, Rutilio Benincasa en avait auguré que celui qui avait reçu ces dons précieux serait, un jour, roi des pays où l'on recueille l'or et les diamants, et que, pareil à l'oiseau qu'il portait sur son casque, il serait le phénix des rois et dés empereurs ; — on a eu beau leur dire tout cela, ils secouent la tète au souvenir des malheurs qui ont accompagné sa jeunesse, et

qui, dès son entrée dans le monde, ont semblé donner un démenti formel aux sublimes destinées qu'à leur avis la flatterie, et non la connaissance réelle de l'avenir, lui avait promises.

Et, au point de vue espagnol, ils ont quelque droit de douter, car c'est l'année même de la naissance du jeune prince, et pendant la grossesse de sa mère, que celle-ci a éprouvé les premiers symptômes de la maladie contre laquelle, sans pouvoir la vaincre, elle se débat depuis dix-neuf ans, et qui lui laissera dans l'histoire le douloureux surnom de Jeanne la Folle! — car, six ans à peine après la naissance de l'infant, à cette même date du 22, à ce même jour de dimanche, qui devaient lui être si prospères, son père Philippe la Beau, — dont les folles amours ont fait perdre, à force de jalousie, la raison à la pauvre Jeanne, — Philippe le Beau, en allant déjeuner dans un château voisin de Burgos, château qu'il avait donné à l'un de ses favoris nommé don Juan Manoel, Philippe le Beau, disonsnous, s'étant, au sortir de la table, mis à jouer à la paume, et fort échauffé à ce jeu, avait demandé un verre d'eau qui lui avait été présenté par un homme étranger à la suite du roi et à la maison de don Manoel : or, le roi avait bu ce verre d'eau, et presque aussitôt il s'était senti pris de douleurs d'entrailles ; ce qui ne l'avait pas empêché de rentrer le soir à Burgos, et de sortir le lendemain, pour briser le mal ; mais, au lieu qu'il eût brisé le mal, c'était le mal qui l'avait brisé lui-même ; de sorte que, le mardi, il s'était mis au lit; que, le mercredi, il avait essayé inutilement de

se lever; que, le jeudi, il avait perdu la parole, e< que, le vendredi, à onze heures du matin, il avait rendu l'âme !

Il ne faut pas demander si des recherches archarnées avaient été faites pour retrouver cet homme inconnu qui avait offert le verre d'eau au roi. L'homme n'avait point reparu, et tout ce que l'on avait raconté, à cette époque, paraissait présenter bien plus le caractère de la fable que celui de la vérité. Ainsi, par exemple, un des bruits qui avaient couru disait que, parmi les nombreuses maîtresses que Philippe le Beau avait eues, se trouvait une bohémienne nommée Topaze, que ses compagnons regardaient comme issue du sang de la reine de Saba ; que cette bohémienne était fiancée à un prince de zingaris; mais qu'étant devenu amoureuse de Philippe, — lequel, ainsi que son surnom l'indiquait, était un des plus beaux gentilshommes, non-seulement de l'Espagne, mais encore du monde entier, — elle avait méprisé l'amour du noble zingaro, qui s'était vengé en donnant au roi Philippe le verre d'eau glacée, à la suite duquel il était mort.

Quoi qu'il en fût, provoquée par un crime, ou arrivée naturellement, cette mort avait porté un coup funeste à la pauvre Jeanne : déjà atteinte de plusieurs accès de folie, sa raison s'était égarée tout à fait. Elle n'avait pas voulu croire à la mort de son époux; selon elle, — et, le plus possible, on la laissait dans cette erreur, — selon elle, il n'était qu'endormi, et, dans cette croyance, elle habilla elle-même le cadavre des habits qui, à son avis, lui seyaient le mieux ; le revêtit d'un

LE SALTEADOR 13f

pourpoint de drap d'or; lui passa des chausses écarlates ; l'enveloppa d'un sayon cramoisi doublé d'hermine ; lui mit aux pieds des souliers de velours noir ; sur la tôle, une toque ornée d'une couronne ; fît étendre le corps sur un lit de parade, et, pendant vingt-quatre heures, ordonna que les portes du palais fussent ouvertes, afin que chacun pût, comme s'il était vivant, lui venir baiser la main.

Enfin, on parvint à l'éloigner du corps, à embaumer le cadavre, à le mettre dans un cercueil de plomb ; après quoi, Jeanne, croyant toujours suivre son époux endormi, accompagna le cercueil jusqu'à Tordesillas, dans le royaume de Léon, où il fut déposé dans le cou- Ycnt de Sainte-Claire.

Et ainsi fut réalisée la prédiction d'une sorcière qui, voyant arriver de Flandre en Espagne le fils de Maximilien, avait dit en hochant la tète : « Roi Philippe le Beau, tu feras, c'est moi qui te le dis, plus de chemin en Castille mort que vivant I »

Mais, ne renonçant point à l'espoir qu'il se soulèverait, un jour, de son lit funèbre, Jeanne ne voulut pas qu'il fût déposé dans un caveau : elle le fit placer au milieu du chœur, sur une estrade où quatre hallebardiers montaient la garde nuit et jour, et où quatre cordeliers, assis aux quatre coins du catafalque, disaient incessamment des prières.

C'est là qu'en abordant en Espagne, deux ans avant l'époque où nous sommes arrivés, le roi don Carlos, qui avait traversé la mer océane avec trente-six bâtiments, et qui, parti de Flessingue, venait de débar-

quer à Yilla-Viciosa ; — c'est là, disons-nous, que le roi don Carlos avait retrouvé et sa mère folle et son père trépassé.

Alors, fils pieux, il avait fait ouvrir le cercueil fermé depuis ODze ans, s'était incliné sur le cadavre vêtu d'up'" ^obe rouge, et parfaitement conservé, l'avait gra- VoKïieut et froidement embrassé au front, et, après avoir juré à sa mère qu'il ne se regarderait jamais comme roi d'Espagne tant qu'elle serait vivante, avait continué son chemin pour Valladolid, où il s'élait fait couronner.

A propos de ce couronnement, il y avait eu des fêles et des tournois magnifiques où le roi avait jouté en personne ; mais, dans la mêlée qui avait suivi les joutes, huit seigneurs ayant été blessés, dont deux mortellement, le roi avait fait serment de ne jamais plus autoriser aucun tournoi.

D'ailleurs, l'occasion se présentait d'un combat réel au lieu d'un joute factice : Saragosse avait déclaré qu'elle voulait pour roi un prince espagnol, et qu'elle n'ouvrirait pas ses portes à un archiduc flamand.

Don Carlos reçut la nouvelle sans laisser paraître la moindre émotion. Son œil bleu se voila un instant sous sa paupière tremblotante ; puis, de sa voix habituelle, il donna ordre de marcher sur Saragosse.

Le jeune roi en fit briser les portes à coups de canon, et entra dans la ville l'épée nue, traînant derrière lui, et mèche allumée, ces canons, qui, dès leur apparition, méiitèrent leur titre de dernière raison des rois.

Ce fut de là qu'il lança contre le brigandage ces dé-

irets terribles qui, pareils aux éclairs du Jupiter Olympien, sillonnèrent l'Espagne en tous sens.

Il est bien entendu que, par le mot brigandage, celui qui devait être un jour Charles-Quint entendait surtout rébellion.

Aussi, le sombre jeune homme, le Tibère de dixneuf ans n'admettait-il aucune excuse sur la non-exécution de ses ordres.

Il en était là de cette lutte de tous les jours, qui durait depuis deux ans, moitié fêtes, moitié combats, quand, le 9 de février, un courrier arriva à Saragosse. Il avait mis, à cause des glaces et du dégel, vingt-huit jours à venir de Flandre, et annonçait la nouvelle que l'empereur Maximilien était mort le 12 janvier 1519.

L'empereur Maximilien, petit par lui-même, avait grandi par ses contemporains. François P' et Alexandre VI le forcèrent d'être de leur taille.

Le pape Jules II disait de lui : « Los cardinaux et les électeurs se sont trompés ; les cardinaux m'ont fait pape, et les électeurs ont fait Maximilien empereur; c'était moi qu'il fallait faire empereur, et Maximilien pape.»

Cette mort jetait le jeune roi dans la plus grande anxiété. S'il eût assisté l'empereur à son lit de mort ; ù ces deux politiques, — et, des deux, c'était l'enfant qui était le maître, — si ces deux politiques eussent, le jeune homme soutenant le vieillard, fait quelques pas côte à côte sur ce pont qui conduit de la terre au ciel, et, dans une halte à moitié chemin de la mort,

arrêté les plans à suivre par celui qui retournait vers la vie, certes, l'élection de Charles n*eût point été douteuse ; mais il n'était rien de tout cela. Aucune précaution n'avait été prise, tant cette mort était arrivée subite et inattendue ; et don Carlos, privé de l'appui du cardinal Ximenès, qui venait do mourir ; entouré de ses Flamands, avides et pillards, qui avaient, depuis trois ans, trouvé moyen de faire suer à la pauvre Espagne onze cent mille ducats; don Carlos avait produit une trop mauvaise impression sur cette Espagne, qu'il devait enrichir dans l'avenir, mais qu'il ruinait dans le présent, pour abandonner sans crainte à lui-même le mécontentement qui naissait sous ses pas. En allant en Allemagne, il n'était pas sûr d'être nommé empereur ; en quittant l'Espagne, il était sûr de n'être plus roi.

Et, cependant, plusieurs lui conseillaient de s'embarquer aussitôt, et de quitter l'Espagne. Mais ce ne fat point l'avis de son conseiller Adrien d'Utrecht.

Tout le débat était entre François I" de France et lui.

Mais, si don Carlos ne partit pas, ses plus zélés partirent, chargés de ses pouvoirs royaux.

Un courrier fut envoyé secrètement au pape Léon X.

Quelles étaient les instructions de ce messager secret? Peut-être le saurons-nous plus tard.

En attendant, et pour que le courrier qui lui apporterait, à lui, les nouvelles de l'élection n'eût pas besoin de mettre vingt-huit jours à le rejoindre, don Carlos annonça qu'il allait faire un voyage dans les

provinces du Midi, visiter Séville, Cordoue et Grenade.

Le courrier n'aurait qu'à enjamber la Suisse, franchir lltalie, s'embarquer à Gènes, et débarquer à Valence ou à Malaga.

Douze jours après l'élection, don Carlos en saurait le résultat.

Puis on lui avait dit que la sierra Morena et la sierra Nevada étaient infestées de bandits.

Il voulait savoir si c'étaient des bandits ou des rebelles.

De là l'ordre donné de nettoyer la sierra, ordre qui avait été exécuté à l'endroit du Salteador par ce moyen expéditif de mettre le feu à la montagne.

DO!f RUIZ DE TORRILLAS

Or, tandis que la montagne brûlait, on attendait le roi don Carlos à Grenade.

L'entrée devait avoir lieu, comme nous l'avons dit, à deux heures de l'après-midi; il s'en fallait de quelques minutes seulement que la tour de la Vêla donnât le signal ; et, en attendant que le petit-fils d'Isabelle et de Ferdinand parût dans l'encadrement de la porte moresque, pareil à une statue équestre, les seigneurs des premières familles de TAndalousie se promenaient sur la place de las Algives.

i36 LE SALTEAIOR

Au milieu de tous ces nobles gentilshommes, allant ou venant, isolés, marchant deux à deux, causant tout haut et en groupes, ou tout bas et à l'écart, un surtout était remarquable par sa haute mine, mais en même temps par sa profonde tristesse.

Il était assis sur la margelle de marbre qui entourait le puits creusé au milieu de la cour.

Sa tête, appuyée sur la paume de sa main, et renversée de côté, de manière à ce que son regard mélancolique pût se noyer dans l'azur du ciel, était couverte d'un de ces feutres à grands bords auxquels les chapeaux modernes, tout en changeant de forme, ont emprunté le nom de sombreros ; ses cheveux tombaient sur ses épaules en boucles blanches, sa barbe grisonnante était coupée carrément, et son col était orné de cette décoration, faite en forme de croix, qu'Isabelle et Ferdinand avaient, après la prise de Grenade, distribuée de leurs propres mains à ceux qui avaient vaillamment aidée à l'expulsion des Mores.

Quoique son air préoccupé éloignât du sombre rêveur l'indiscrète curiosité ou la bavarde insouciance, un homme du même âge, à peu près, que celui que nous venons d'essayer de peindre, le regardait avec attention depuis un instant, comme pour s'assurer qu'il ne se trompait pas sur son identité.

Un mouvement que fit le vieillard en levant son chapeau, et en secouant la tête comme pour en faire tomber cet excédant de tristesse qui fait, si forts qu'ils soient, plier les fronts mortels, ne laissa plus aucun doute à celui qui l'examinait.

En conséquence, il s'approcha, et, mettant le chapeau à la main :

— Comme, depuis ma première enfance, dit-il, je suis votre ami, il me semble que ce serait mal fait de ma part, si, en voyant votre tristesse, je ne vous tendais la main, et ne vous disais : Don Ruiz de Torrillas, à quoi puis-je vous être bon ? en quoi puis-je vous servir? quel or^Ve avez -vous à me donner?

Aux premiers mots prononcés par son ami, don Ruiz de Torrillas releva la tête, et, reconnaissant celui qui lui parlait, lui tendit la main.

— Je vous suis obligé, don Lopez d'Avila, dit-il. Oui, en effet, nous sommes de vieux amis, et vous me prouvez, par l'offre que vous venez de me faire, que vous êtes un ami fidèle. Habitez- vous toujours Malaga?

— Toujours ; et vous savez que, de loin comme de près, à Malaga comme à Grenade, vous pouvez disposer de moi.

Don Ruiz s'inclina.

— Y avait-il longtemps , quand vous quittâtes Malaga, que vous n'aviez vu mon vieil ami — et le vôtre, je crois, — don Inigo ?

— Je le voyais tous les jours. J'ai entendu dire par mon fils, don Ramiro, que don Inigo et sa fille étaient arrivés hier ici, après avoir couru de grands dangers dans les montagnes , où ils avaient été arrêtés par le Salteador.

Don Ruiz pâlit et ferma les yeux.

— Mais, enfin, dit-il, au bout d'un instant pendant lequel, par une grande puissance de volonté, il avait

rappelé sa force près de s'évanouir ; mais, enfin, ils lui ont échappé.

— C'est-à-dire que ce bandit, qui a l'audace de se dire gentilhomme, a agi vis-à-vis d'eux en prince, à ce que m'a raconté mon fils : il les a renvoyés sans rançon, et même sans promesses; ce qui est d'autant plus beau que don Inigo est le gentilhomme le plus riche, et dona Flor la plus belle fille de l'Andalousie,

Don Ruiz respira.

— Il a fait cela? dit-il. Tant mieux.

— Mais je vous parle de mon fils don Ramiro, et j'oublie de vous demander des nouvelles de votre fils don Fernand ; il est toujours en voyage?

— Oui , répondit don Ruiz d'une voix presque éteinte.

— Voici une belle occasion de le placer à la cour du nouveau roi , don Ruiz. Vous êtes un des plus nobles gentilshommes de l'Andalousie, et, si vous demandiez quelque grâce au roi don Carlos, quoiqu'il n'ait d'yeux que pour ses Flamands, je suis sur que, par politique, il vous l'accorderait.

— J'ai, en effet, une grâce à demander au roi don Carlos, répondit don Ruiz; mais je doute qu'il me l'accorde.

En ce moment, deux heures sonnèrent à la tour de la Vêla.

Ces deux heures , qui d'habitude, en vibrant dans l'air, annonçaient seulement que la distribution des eaux allait avoir lieu, avaient, ce jour-là, une autre signification. Non-seulement toutes les eaux s'élance-

rent comme d'habitude dans leurs canaux, jaillirent de leurs fontaines, tournoyèrent dans leurs bassins ; mais, comme en même temps toutes les trompettes sonnantes annonçaient que le roi don Carlos montait la rampe de l'Alhambra, chacun se précipita vers la porte de Yusef, pour se trouver là au moment où il descendrait de cheval.

Don Ruiz de Torrillas resta seul à la place où il se trouvait ; seulement, il se leva. Don Lopez, lui-même, avait suivi les autres seigneurs.

Les fanfares redoublaient, annonçant que le roi montait la rampe, et s'approchait de plus en plus.

Tout à coup il apparut, monté sur son grand cheval de bataille, tout bardé de fer comme pour le combat. Lui-même était couvert d'une armure entière damasquinée d'or.

La tête seule était nue, comme s'il eût voulu frapper les Espagnols par la vue de ce qu'il y avait de moins espagnol en lui.

En effet, ainsi que nous l'avons dit, le fils de Philippe le Beau et de Jeanne la Folle n'avait rien du type castillan dans son visage, fait tout entier, si l'on peut s'exprimer ainsi, des quartiers de la maison d'Autriche. Petit de taille, trapu de membres, la tête un peu enfoncée dans les épaules ; forcé, pour relever cette lête aux cheveux blonds coupés courts, à la barbe rousse, aux yeux bleus clignotants, au nez aquilin, aux lèvres vermeilles , au menton avancé, de la porter droite etroide comme si elle était maintenue danscette position par un gorgerin d'acier, il avait, surtout lors-

qu'il marchait à pied, quelque chose de guindé qui disparaissait lorsque, excellent cavalier, il maniait son cheval ; car alors, plus le cheval était fougueux, plus le cavalier était beau.

On comprend donc qu'un pareil prince, qui n'avait rien, physiquement parlant, des don Pèdre, des Henri, des Ferdinand, — car, au moral, il était aussi justicief que le premier, aussi cauteleux que le second, aussi ambitieux que le troisième, — mais qui, au contraire, à la première vue , était tout Habsbourg, ne fût pas, de la part des Espagnols, et surtout des Andaloux, l'objet d'un enthousiasme bien frénétique.

Aussi, à son arrivée, les trompettes redoublèrentelles leurs clameurs de cuivre, moins encore peut-être, pour faire honneur au petit-fils d'Isabelle et de Ferdinand que pour faire oublier, par leurs bruyantes fanfares, le silence de la voix humaine.

Le roi jeta un regard froid et terne sur les hommes et sur les localités, ne témoigna aucun sentiment de surprise, quoique les uns et les autres dussent être et fussent, en effet, complètement étrangers pour lui, et, arrêtant son cheval, mit pied à terre, non pas instantanément, non pas pour se trouver en contact plus rapproché avec son peuple, mais parce que le moment commandé par le cérémonial arrêté d'avance, de met* tre pied à terre, était venu.

Il ne leva pas même la tête pour regarder la belle porte moresque sous laquelle il passait; il ne détourna pas même les yeux pour lire, dans la petite chapelle latérale, l'inscription indiquant que, le 6 janvier 1492,

LE SALTEADOR Hi

son grand-père Ferdinand et sa grand'mère Isabelle avaient passé sous cette porte, lui traçant triomphalement , et au milieu de toute l'Espagne enivrée du triomphe de ses rois, le chemin que, vingt-sept ans après, il suivait grave et sombre, au milieu de ce respect taciturne qui accompagne la marche des rois dont on ignore encore les qualités, mais dont on connaît déjà les défauts.

C'est qu'une pensée incessante bouillait dans ce cerveau, comme bout une eau fiévreuse dans un vase d'airain, sans que rien de son agitation transpire au dehors ; cette pensée, c'était l'ardent désir de l'Empire.

Que pouvait voir cet œil ambitieux, fixe, à travers l'espace, sur cette ville de Francfort, où, dans la salle des élections, se tenait cette grande assemblée des électeurs, sur laquelle le pape, les rois, tous les princes, tous les grands de ce monde, enfin, avaient, comme don Carlos, les yeux tendus et les oreilles ouvertes?

« Seras-tu empereur , c'est-à-dire aussi grand que le pape, plus grand que les rois? » murmurait éternellement la voix de l'ambition dans le cœur de don Carlos.

Que lui importaient les autres voix humaines, quand cette voix frémissait en lui?

Ce fut donc, comme nous l'avons dit, pour obéir à l'étiquette, et non par un élan spontané de son désir, ni pour se rapprocher de tous ces gentilshommes qui l'entouraient, que le roi don Carlos mit pied à terre.

A l'mstant, toute sa suite flamande en fit autant.

Cette suite se composait particulièrement du cardinal Adrien d'Utrecht , son précepteur, du comte de Chièvres, son premier ministre, du comte de Lachau, du comte de Porcian, du seigneur de Fumes, du seiseigneur de Beaurain et du Hollandais AmersdorfiP.

Mais, du haut de son cheval, don Carlos, de son regard qu'on eût dit vague et perdu, avait cependant remarqué un groupe de gentilshommes qui restaient la tête couverte, tandis que tous les autres avaient la (ête nue.

Ce fut ce groupe seul qui parut attirer son attention.

— Ricos hombres ! dit-il en faisant de la main signe à ceux auquels il s'adressait de prendre rang à sa suite, mais après les gentilshommes flamands.

Les seigneurs andaloux s'inclinèrent, prirent la place qui leur était désignée, mais en hommes qui obéissent purement et simplement à un ordre donné.

Puis le roi, marchant le premier, s'achemina vers le palais de l'Alhambra, qui, vu de la place des las Algives, n'offre au premier coup d'œil que Taspect d'un grand bâtiment carré, avec une seule porte, mais sans fenêtres.

Don Carlos marchait nu-tête ; un page portait son easque derrière lui.

La route était libre, chacun, selon son rang, ayant pris place à la suite du roi.

Un seul homme se tenait debout sur cette route, son chapeau sur la tête.

Le roi, tout en ayant l'air de ne point le remarquer, ne le perdait pas de vue, et peut-être eût-il passé près de lui sans ? à tourner de son côté, ni sans s'arrêter une seconde, si celui-ci, la tête toujours couverte, n'eût mis à l'approche du roi un genou en terre.

Le roi s'arrêta.

— Vous êtes rico hombre? demanda-t-il.

— Oui, sire.

— D'Aragon ou de Castille?

— D'Andalousie.

— Sap" alliance avec les Mores?

— De vieux et pur sang chrétien.

— Vous vous appelez?

— Don Ruiz de Torrillas.

— Relevez-vous et parlez.

— Ce sont des oreilles royales seuN-s qui peuvent entendre ce que j'ai à dire au roi.

— Écartez-vous, fit don Carlos avec un signe de la main.

Et chacun, s'écartant, forma hors de la portée de la voix un demi-cercle en avant duquel se tenaient le roi don Carlos et le rico hombre don Ruiz de Torrillas.

— J'écoute, dit le roi.

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