CONCLUSION
Le problème de l’organisation du travail est une question.de détails, qui ne peuvent arriver à l’ensemble-, à l’état de système, que par la coordination, l’enchaînement, la déduction.
, .Les.erreurs des socialistes qui ont tenté de résoudre ce problème , nous paraissent, venir, en grande partie, de ce qu’ils ont procédé par des mesures absolues et restrictives, au lieu de procéder par des moyens relatifs et par ex-
tention. Aussi, loin de gouverner leurs idées, ils sont dominés et emportés par elles, jusque dans les régions du désordre et de l’anarchie.
Leur tort a été encore de méconnaître complètement la nature humaine, et de ne pas tenir plus compte de ses imperfections et de ses misères, que de ses beaux sentiments et de son élévation. Les uns ont traité l’homme comme un ange, les autres comme une brute. Il en e^t qui espèrent encore aujourd’hui letransformer peu à peu et en faire un Dieu. Ils semblent ignorer que le cœur de l’homme, ainsi que son corps, est régi par des lois immuables. Il n’est pas moins ridicule de vouloir changer notre constitution morale qu’il léserait d’avoir la prétention de bouleverser noire constitution physique. On parvient à les améliorer ou à les atrophier, mais on n’arrivera jamais à les métamorphoser. Qu’on lise une page de la Bible, d’Homère ou de Théophraste, on y trouvera des peintures du cœur, qui semblent avoir été esquisséés à l’instant même. Il est donc insensé de rêver une perfection qui n’est pas de ce monde. Tant qu'il y aura des hommes sur la
terre, il y aura des vices, des passions, des iniquités et des souffrances. Car la misère est inhérente à notre nature ; et si le plaisir est une réalité, la béatitude est un rêve.
Ainsi ce n’est pas de l’imagination, ni de l’esprit, ni même du génie qu’il faut pour résoudre les problèmes qui touchent au bien-être et à l’intérêt des masses. C’est tout simplement un peu de ce pauvre bon sens, que nous dédaignons, nous autres Français, avec autant de raison que le renard de la fable injuriait la grappe vermeille et succulente. 11 y a eu des utopistes de génie, mais il n’y a pas eu encore de rêveurs de bon sens. Un honnête paysan , qui n’aurait pas assez d’imagination pour inventer des raisonnements captieux, serait plus apte à traiter la question de l’organisation du travail que certains théoriciens ingénieux ou illuminés.
Au reste, les socialistes intelligents et sensés ne nous manquent pas. Seulement il faudrait se donner la peine de les écouter et leur laisser le temps d’arriver, par des efforts successifs, à
une solution qui ne peut s’improviser comme un discours sonore.
Il ne serait'pas moins utile de reqoncer aux misérables préoccupations de parti et d’amour-propre, pour ne plus s’occuper que de la question d’humanité. Ayons enfin la grandeur, la fierté, l’audace de profiter des idées de nos ennemis, lorsqu’elles peuvent être utiles à tous. Arrachons de leurs mains l’arme dont ils voudraient faire contre nous un instrument de lutte et de ruine'. Et, quand ils seront vaincus, vengeons-nous en partageant avec eux les fruits de la victoire! C’est une honte, c’est un scandai» inou'i, et qui soulève l’indignation des nobles cœurs, de voir des ambitieux maladifs s’ériger en autocrates de la liberté, et compromettre la sainte cause de la démocratie par leurs extravagances systématiques! Ah! si tous les adorateurs du faste, du pouvoir et de la fortune, aimaient le peuple autant que son or et ses faveurs , il regorgerait de bien-être !
En résumé, l’avenir de la société ne dépend pas uniquement dequelques changements dans les institutions et dans les hommes. Il dépend
encore de la réforme et de l’épuration des mœurs. Ne nous lassons pas d’exalter le désintéressement, l’indépendance, le patriotisme, tous les grands sentiments dont nous portions naguèrele deuil. L’organisation du travail n’est pas l’organisation de l’égoïsme. Est-ce rjue la révolution des idées peut-être la glorification de la matière! Inspirons au peuple le culte de la pensée, l’amour des hommes, la religion du sacrifice 1 Et n’oublions pas que c’est surtout dans le devoir, le courage, l'ordre, l'économie, la moralité, que se trouve le saluï des ïra-
VAIILEÜRS !