‹ Le salut du peuple Journal de la science sociale: journal de la science socialeChapitre 2 sur 16 · SALIT DU PEUPLE · texte numérisé non relu

SALIT DU PEUPLE

HTBODUCTIOI.

Nous ne venons rien promettre dans cet avertissement : nous voulons seule* ment dire quels sont nos principes, notre but, nos moyens généraux, l'esprit de cette publication, la nature des sujets qui doivent y être traités.

Le lecteur n'exige rien de plus ; car pour le reste, il attend l'œuvre, afin de la juger non sur ce qu'on affirme qu'elle doit être, mais sur ce qu'elle sera effectivement.

Ce qui est vieux est prêt dette aboli, disait saint Pau! ; nous agirons comme l'apôtre chrétien: nous ne voulons pas ramasser les dernières feuilles de l'arbre dont la sève est épuisée. Nous préférons arroser la jeu^e tige qui promet des fruits savoureux et dont l'ombrage doit abriter la génération prochaine. Nous sommes donc les hommes du progrès, c'est-à-dire du mieux à tous ses degrés, du mieux pour tout le monde.

Nous avons peu de goût pour les causeries littéraires; et réussirions mal k entreprendre une œuvre de style : notre amour est tourné vers de plus grands etdepluspressans intérêts. Nous entendons aborder sérieusement, traitera fond toutes les importantes questions qui agiteut notre époque. Not-e but est de vulgariser la science la plus importante, la plus indispensable, la plus util* pour tous, et même la plus désirée du genre humain : la science du tonheur % car la science sociale n'est pas autre chose : elle comprend, en effet, tout à la fois la philosophie, la religion , l'économie sociale et matérielle , ce qu'on appelle vulgairement les sciences morales et politiques, enfin la philosophie de l'histoire.

Mais, b&tons-nous de le dire, notre constante préoccupation sera de mener de front l'idéal et le réel, la théorie et la pratique, la science et l'app'iration, la critique et l'organisation. — Sur chaque question douteuse, nous entendons faire connaître le pour et le contre, comme doit se le proposer mot écrivain qui connaît les limites de la certitude individuelle, afin d'arriver à convaincre plus encore qu'à persuader; et à toute chance, afin d'éclairer, de permettre à chacun de se constituer, en connaissance de cause, arbitre des différends en litige.

Dans notre Intention, comme dans nos doctrines, tous les intérêts respectables

font sauvegardés; toutes les croyances, fécondes et consolantes, sont eoofirmées et abritées ; aocan des grands biens de l'homme n'est sacrifié ; aucune des légitimes aspirations de l'âme n'est méconnue.

Noos f oyons dans chaque homme on membre indivisible du souv erain et de l'État, prêtre et roi au même titre que les autres citoyens, et aussi bien qu'eu di? in et sacré comme une détermination finie, quoique étemelle, de Dieu dans le temps et dans l'espace.

flous sommes de ceux qui, par rintellijence, le cœur et la volonté, s'élan cent vers le parfait idéal de la vie sociale , et affirment le credo économique des premiers disciples de Jésus-Christ : De chacun selon ses farces et ses -aptitudes; à chacun selon ses besoins; mais en même temps, de ceux qui, sans jamais fléchir défaut la nécessité , se résignent cependant à ses décrets , puisqu'ils ne peuvent les empêcher; et composent pour ainsi dire malgré eux avec ce qui est fatal , avec ce qui est le plus fort.

Dans ce sens et dans ces limites, nous n'oublierons pas que toute science* son art; que dans le monde des passions et de l'ignorance relative, on ne parvient presque jamais à réaliser ce qui doit être, que par les mesures indirectes qui enlacent peu à peu les volontés et les intérêts , et les poussent dans la direction qui mène au bien et au juste. Nous établirons donc une démarcation radicale entre ce qui doit être, ou les principes, et les divers moyens de les réaliser; et parmi ces moyens, ce ne sera pas toujours les plua logiques ou les plus efficaces, qull faudra préférer dans l'application à un état de mœurs donné.

Nous ne confondrons pas le droit ou la justice, avec la charité. Le monde . de la liberté avec le monde de l'obligation , de la loi , de la contrainte. — Il y aie droit religieux, et le droit social ou polidque; or, nous professons que celui-ci ne peut exiger des individus que les moyens et les conditions du perfectionnement et du bonheur collectifs, qui dépendent de la volonté individuelle ; qu'au delà tout doit être laissé au libre arbitre, c'est-à-dire à l'homme dans sa moralité; car dans cette république des consciences, tout se passe entre Dieu et l'individu; et c'est avec un sens profondément vrai que Jésus- Christ disait qu'une telle république n'est pas de ce monde, entendant par là qu'elle ne pouvait être l'œuvre de la violence.

La science sociale dont nous nous efforcerons d'être id les interprètes, ne vient point détruire, mais accomplir % c'est-à-dire perfectionner^ transformer la propriété, la famille, la religion.

La science sociale, telle que nous la comprenons en notre âme et conscience veut si peu attenter— au droit de propriété, qu'elle prescrit impérieusement de le respecter dans le moindre, des humains ; — à la famille, qu'elle déclare monstrueux d'en concevoir seulement la pensée; —à la religon, qu'elle considère comme vaine et stérile toute révolution sociale, toute doctrine, qui n'a pas pour mobile principal le sentiment religieux.

En ce qui nous regarde, le besoin seul d'aider au renouvellement de la foi religieuse, de démocratiser, c'est-à-dire d'universaliser la propriét é

— fila Cunflle, et la religion, nous aurait iniplré la réMlation de publier cet écrit»

Prévenons, toutefois, que nous entendons la propriété autrement que les propriétaires actuels, et la religion autrement que les prêtres et les pharisiens ; qoe si nous respectons les fondemens naturels, nous répudions la vieille forme.

Il est certain que pour être permises à tous, la famille et la propriété devront être modifiées au préjudice de quelques-uns. Il s'agit assurément de sacrifices dans l'avenir où va pénétrer le mouvement social, car l'heure des derniers privilèges a sonné ; mais l'holocauste à la justice, ne doit point faire oublier qu'il faut sécurité pour tous, sécurité pour la vie, sécurité pour les moyens d'existence.

Violence, spoliation, émeutes, guerres, massacres et représailles, tous eipédiens suscités par la colère et la vengeance. Désormais un parti qui prendrait cette devise travaillerait infailliblement lni-méme à sa propre déchéance; l'avenir, la puissance, la gloire lui échapperaient. La démocratie n'a de salut que dans le respect de ses propres principes : elle le sait, et elle. Te déjà solennellement prouvé. Renouveler les sentiment et les idées, voilà son but : persuader, voilà ses moyens. Le reste : le renouvellement des faits» des institutions et des lois, viendra de soi et comme par surcroît.

Qu'avons-nous besoin d'une force brutale et colère qui n'engendre que des générations de combattans, si Dieu est avec nous, c'est-à-dire si nous avons la vérité et pratiquons le bien ? La voie providentielle est toute tracée; et nul guerrier ne doit la profaner en s'y installant.

Exécrons donc désormais de toute notre énergie, aussi bien l'esprit païen qui engendre ou perpétue les soldats-janissaires liberticides, les gendarmes, les polices, les prisons et les bourreaux, que la tradition cléricale et féodale, qui engendre ou perpétue les pharisiens, les autocrates et les puissances par droit divin.

Changes les idées, vous changes les mœurs : changes les mœurs, vous changes les sociétés. Il faut toujours en revenir là lorsqu'on veut bâtira neuf. C'est la seule bonne politique ; c'est celle des grandes générations.

La démocratie doit se proposer d'établir l'équilibre ; mais non de faire passer la balance d'un extrême à l'autre : qui dit démocratie, dit équilibre.

Pour ramener tout le monde au devoir et à l'amour, il faut être juste et miséricordieux envers tout le monde : ce n'est point là un expédient suggéré par la faiblesse ; c'est la morale appliquée à la politique. Par cette foi, nous ne voyons que des frères dans toutes les classes et toutes les conditions ; mais, nous distinguons nettement entre ceux qui aiment sincèrement .'humanité, le peuple; qui, pour preuve de leur bienveillance, lui laissent ses droits et sa liberté; et ceux qui, étant ioduTérens à son sort, l'exploitent et le subjugent. Nous ne haïssons pas le malfaiteur dans son essence ; mais nous combattons le mal en lui; car nous baissons le mal, C'est ainsi que, voulant le salut de tous» nous ne flatterons personne.

Nous écrivons pour ceux qui cherchent la vérité, le bien, dans quelque po*

tition qu'ils soient Que si là v éHtê est frvoïable tu pauvres, c'est apparent» ment parce que de sa nature elle est favorable atout le monde. Qu'on s'en prenne donc i la vérité. Je Tondrais bien qu'on me montrât une seule religion qui, dans sa lettre on dîne son esprit, n'ait pas été fov orable aux déshéritée de la grande famille ? Noua diront donc ce qne nous croyons être ta vérité, aux riches comme aux pauvres ; aux pauvres comme aux riches : la mérité est bienfaisante.

Dépend-U de nous de hâter le renouvellement social? Il faudrait être Turc pour le nier: c'est une œuvre de sincère réconciliation que nous entreprenons. Noua faisons appel h ramour, à la douceur, h la bouté: non pas do tout à la crainte et h la contrainte.

Cependant, à tous prix il faut que les droits consacrés par la morale universelle* soient respectés on recouvrés ; car il est des énormités que nulle charité n'a le pouvoir d'absoudre.

Nous ne dirons pas que la loi future doit indistinctement respecter les droits acquis sous l'ancienne: il faut pour cela que les droits 'acquis par les uns, •oient compatibles avec les droits à acquérir des autres: or, il 7 a encore des privilèges, et (Ténormes,

Sans jamais souhaiter le mal des riches, nous peosons avant tout aux pauvres, à nos frères sans asile, sans pain, sans lumière, sans consolation ! Et ici nous sommes arrêtés par un sinistre pressentiment: marcherions-nous rapidement vers une époque où il ne serait plus question, même jusqu'aux motr, de droit, de justice et d'humanité : ou tont serait cupidité, sensualité, passions odieuses, haine et vengeance, honte et bassesse, besoins grossiers et terreurs paniques?

Le sens moral est atrophié ; le doute a desséché les sources vives du cœur et de la conscience; les caractères sont abaissés; et la politique, comme la religion, n'est plus que l'art de river les fers des peuples sans qu'il s'en doutent

Quant à l'Insurrection , comme moyen de salut et soupape de sûreté pour tin peuple aux abois, nous n'avons pas besoin d'en foire la théorie ni d'y exhorter : le peuple se charge toujours de la besogne, et il serait burlesque de lui en contester le droit', lorsque le moment solennel en est venu ; c'est-** dire lorsque la loi d'équilibre du moode moral ou de la purification générale lait briller ses éclairs et éclater ses tonnerres.

Mais, comment s'épargner l'holocauste, et éloigner le cataclysme social qui ïfrenace la civilisation de l'Occident? Le peut-on encore ? oui , par des concessions intelligentes, opportunes, radicales, de la part de ceux qui seuls ont des concessions à faire ; concessions , qui n'étant que justes , auraient l'apparence d'être généreuses.

La transformation pourra n'être point sanglante, cela dépend absolument de la conduite des privilégiés. L'histoire n'est point obligée de se répéter servilement , et à ce point. On pent obtenir une nouvelle nuit du h août par In ▼oie pacifique et par la seule vertu de la manifestation souveraine du peuple, ; conscient de son droit et de sa force ; on peut obtenir la déchéance

ém deniers privilèges, comme on désarme qwlqnes hommes d'Iniquité, lors* qu'ils se voient circonvenus de tous côtés par une force et nie démonstration accablantes.

La France s'abîmera dans l'anarchie; on l'égalité des conditions sera rét« Usée avant on demi-siècle. Napoléon disait Républicains ou Cosaques : Les Socialistes disent : solidarité, unité économique, on décadence.

Depuis que l'histoire tient les annales dn genre humain, il n'y a jamais en d'évolution sociale sans révolution ; ni de réfolntion sans cataclysme et coq* iagration.

Riches et puissans, faites mentir l'histoire : tous sera bénis et tauvés!.,.»

Pour nous, dans l'attciite douloureuse d'évéaemens extraordinaires et ter* ribJes, nous dirons à nos frères des filles et des campagnes : Quand mugira 1* tempête, précurseur du grand trouble des hommes en Europe, munissons* nous d'une grande foi jointe à une grande commisération : séparons les bouc?» des brebis ; mettons les uns à droite, et les autres h gaucho, non pu pour envoyer les boucs i la géhenne du feu ; non : il finit bisser à Dieu le soin du châtiment Notre devoir, notre droit n'est pas de punir le mal , mais de l'en* pécher; — de châtier le malfaiteur, mais de ramener h amendement et re« pentir, après ravoir rendu impuissant an mal. .

Par la loi et les institutions d'égalité pour tous, détruisons alors radicale» ment les privilèges, mais respectons .les privilégiés dans leur vie, dans leurs droits naturels, dans leur avenir, pourvu qu'ils respectent eux-mêmes les droits, la ?ie et l'avenir égal de tous leurs semblables;, car entre égaux h réciprocité est de rigueur.

Offrons -leur donc ce jour là la condition commune: F jure en travaillant^ Plus de distinctions factices, mais aussi plus de proscriptions systématiques.

Traitons nos frères ennemis en frères égarés: à la haine, à la vengeance, à la Tiolence sanguinaire qu'ils nous enseignent, substituons généreusement l'é* gaBté, la fraternité, la bonté.

Nous ne sommes pas une classe égoïste triomphante, venant se superposer à «ne autre et lui disant : ou toi de là : c'est à mon tour; non, c'est au tour de l'humanité, du peuple redevenu ce qu'il doit être, une famille indivisible étsoIU daire. Les socialistes, qu'on se le persuade bien, viennent faire place au so+ ieil pour tout le monde.

N'oublions pas un seul instant que le mal est moins dans les hommes que dans tes institutions. Les riches sont victimes du préjugé qui consacre les ri* chesses mal acquises. La vieille tradition les a faits ce qu'ils sont; une nouvelle tradition les renouvellera : établissons un nouveau droit; de nouvelles relations* et les hommes se feront à l'image du bon principe.

Avec une pareille intention dans le cœur et une telle conduite dans la réalité .politique, le triomphe du socialisme est certain et prochain. C'est & ce signe que les peuples reconnaîtront qu'il vient de Dieu et qu'il convient aux nom*

Ceux qui, aprèi cela, s'en épouvanteraient encore, prouveraient qu'ils feignent l'épouvante.

A tout prix, maintenons la vérité, assurons loi la puissance et la victoire; attaquons le mal Jusqu'à ses dernières racines; mais arrêtons-nous là.

Maintenant, ce que nous voulons doit être sensible à tous.

Nous foulons les principes} les moyens suivans: les uns comme eut nor* mal et définitif, les autres comme expédiens transitoires :

lions voulons* dit-je, substituer :

Le droit, au mit et à la force;

La paix, àla guerre;

La discussion, à la violence;

U liberté, à la licence;

L'égalité des conditions, au pritilége ;

L'esprit de «mille, h l'esprit de caste;

La fraternité universelle, à l'hostilité et à la diversité de races ;

La souveraineté du peuple, à la souveraineté de quelques-uns;

Le gouvernement de tous par tous, ou ia démocratisation de l'État, au go»* vernement monarchique ou aristocratique ;

Le tra?ail t à l'oisiveté pour les uns, h l'aumône* I résistance pour les

Le nécessaire de tous, au superflu du petit nombre; non, point en spoliant personne, mais par l'impossibilité de fait d'aller à la fortune au préjudice d'au» trui, et par exemple : en pompant, comme fait le capital, les sueurs du travail;

Le bien-être h la misère;

La science, h l'ignorance;

L'Education et l'instruction gratuite, populaire, à l'éducation d'Inégalité;

La fusion des classes et des intérêts, h la séparation, à l'antagonisme ;

L'association, à l'isolement;

L'économie de temps et de reports, au gaspillage ;

L'émulation devenant progressivement concours fraternel, h la lutte, i la concurrence, à la rivalité dissolvante et corruptrice ;

La solidarité universelle des intérêts et des dest : nées, ou la garantie mutuelle des travailleurs,! leur insolidarité, à leur anarchie et à leur abandon tctneL

Le crédit social ou gratuit, au crédit privé et onéreux ;

La commandite collective, h la commandite individuelle ; La production réglementée et régularisée, et l'échange arbitré, à la production et à l'échange licencieux ou arbitraires;

La propriété collective, la socialisation du sol national et des autres instrument de travail, h la propriété particulière de cesinstruvens, au monopole; enfin le <irok à une fonction sociale, — au droit, h l'accaparement, à l'appropriation indi?idodle,;absoiie;et exclusive des capitaux, avec faculté d'usure et d'ab» <de tout genre.

La participation régulière, proportionnelle aux aptitudes et aux forces < Hœuvre de production; et proportionnelle au besoins, dtns le dividende social, — & la participation aveugle, arbitraire, disproportionnée dans les deux cas, grâce an droit légal d'oisiveté et d'usure ; grâce an reveou, an profit, et à l'exploitation des travailleurs par le saisira.

Enfin, comme limite possible à la solidarité, comme gage de la liberté et de la dignité individuelles, et comaw frein mi posions subversives dans tel milieu Imparfait donné , nous concevons la distinction des intérêts dsas la mutualité, mais non la séparation ni absorption on confusion, — U responsabilité personnelle, la possibilité de s'appartenir, enfin l'indépendance dans l'ordre peuvent exiger ces limites à la communauté sociale.

Et tout cela, naos le foulons et te propageons non pas d'hier, mais depuis 10, 15 on 20 ans: que ce soit là notre titre à l'accueil et à l'attention de nos lecteurs.

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