QU'EST-CE QUE LE SOCIALISE
Pourquoi y a-t-il, parmi les hommes, ignorance et ténèbres» faiblesse et misère , haines, discordes et malheur? Pourquoi la terre est-elle une vallée de larmes?
Parce que les hommes méconnaissent ou violent la loi de solidarité» d'harmonie et d'unité; parce qu'au lieu d'être des planètes décrivant fidèlement l'orbite imposée d'en haut à leur mouvement , ils se font comètes, et s'égarent dans les voies de la rie comme des astres errans.
Tout être a une fin, des destinées à lui spéciales; et devant lui» des lois préétablies qu'il doit respecter, s'il est libre, pour atteindre sa fin et accomplir sa destinée; c'est-à-dire pour être parfait et heureux. Quelle est cette fin, quelles sont ces lois pour l'humanité? Tant qu'elle les ignore, les méconnaît ou lés viole, il est impossible qu'elle soit dans son bien, n'étant pas dans son eut normal, dans sa nature : d'où la souffrance, et la perte du bonheur à elle départi»
Qui peut douter que le développement de l'humanité, son perfectionnement ; les relations des nommes entre eux , leur bonheur» leur puissance , ne soient soumis à des lois et à des conditions, toutes providentielles; qu'il n'y ait un ensemble d'idées, de croyances et desentimens; d'institutions politiques, de moyens économiques, de dispositions morales, dont l'exisience,»la connaissance, l'application et le respect, ne déterminassent aussitôt un changement à vue dans nos destinées collectives, n'inaugurassent le règne de l'harmonie universelle à un degré jusqu'alors inouï?
Eh bien ! ces lois, ces conditions , ces moyens , la science sociale a pour objet de les découvrir et de les vulgariser.
On peut donc la définir :
La science qui nous fait connaître progressivement les conditions
morales et matérielles, internes et externes, do perfectionnement; do Tordre et de la puissance; de l'unité et de l'harmonie, et finalement du bonheur du genre humain.
Tel est Tunique problème éternellement proposé à la science sociale, dont le sort est d'en donner des solutions toujours incomplètes, mais aussi toujours de plus en plus satisfaisantes.
Salut populi, suprêma lex.
Oui, notre loi suprême à tous, notre devoir, notre intérêt, est défaire, de garantir le salut de tous. Cettç maxime fameuse de» Bomains est souverainement socialiste : mais comment sauver le
Kuple, c'est-à-dire, comment le peuple lui-même se sauvera-t-il ? — r la connaissance, l'amour et la pratique des lois et des conditions mises de Dieu à l'harmonie universelle.
Le salut du peuple, que les politiques, les guerriers et les avocats, cherchent dans les hasards de la guerre et les razzia de la violence; dans les ignobles et stériles expédions de la ruse, de la diplomatie oïl de la corruption, et dans les arcanes de la jurisprudence , le salut du peuple, celui des guerriers, des capitalistes et des avocats eux-mêmes, est dans la science sociale, dans la philosophie-religion,
3ul n'est qu'une autre manière de nommer la science sociale, laquelle* 'un certain point de vue, se trouve identique à la science des choses divines et humaines.
Nous définissons le Socialisme par la science sociale. Or, la science sociale, nous venons de le dire, a pour but la découverte des lois qui président aux destinées du genre humain.
Et le Socialisme est précisément l'ensemble des recherches et des efforts qui toot pour .but, non seulement la constitution de Ja science sociale, mais aussi la réalisation vivante des voi/et moyens, / cJ des conséquences de tout ordre, qui découlent des principes et des / lois de cette science.
Le Socialisme est alors comme le prologue et la péroraison de la science sociale. C'est l'art de cette science; la science sociale appliquée.
Le Socialisme est un par ses généralités et par son but. H est divers, multiple, anarchlquepar ses moyens.
Il a pour principes :
L'unité du genre humain, sa communauté d'origine, son union avec Dieu et son identification en Dieu, qui en fait une grande famille dont l'être suprême est le père; là solidarité et l'indivisibilité des destinées ; enfin, l'unité des voies de salut.
Il a pour but:
Le bonheur éternel, plrésent et futur, par le perfectionnement ou
par la tendance indéfinie vers la perfection; la perfection consistant à
aimer Dieu et l'humanité, et à s en faire aimer de plus en plus ; à
respecter les lois de Tordre providentiel, comme condition obligée
de l'harmonie et du bonheur collectif, et comme expression de la loi
du monde moral.
11 y a enfin les moyens : 1* Les moyens spirituels; 2* Les moyens
matériels.
I ù-feittce. Les moyens spirituels sont/la charité» l'abnégation, iç dévoue-
ment, on l'amour de soi et l'amour des antres indivisiblement rattachés, confondus et identiûés par la volonté de frères.
Lt»s moyens maihiels «ont : l'organisation de tous les modes d'ac* tivité, ou du travail social, par l'association et la solidarité des intérêts, le concours des volontés et des efforts, enfin par l'unité économique, la distribution des tâches , en raison, la plus approximative possible, des aptitudes et des forces; et celle des produits, en raison des besoins.
Le socialisme ne consiste nullement dans tels ou tels moyens économiques, comme l'association volontaire, l'abolition de l'usure, le crédit gratuit de producteur à producteur, les banques d'échange, l'établissement de basars, d'entrepôts , de comptoirs, etc.
Suivant notre hérésie ou notre choix , le socialisme, politiquement
ique, la garantie du droit a une fonction sociale et par L
A 1 équitable participation dans les bénéfices collectifs; ou si l'on veut, du droit pour chacun à la délégation d'înstrumens de travail, tu sûr débouché et à l'équitable échange de ses produits.
Il a pour moyens principaux la solidarité matérielle, la mutualité et l'unité économiques par la socialisation du sol et des autres fonds productifs; par la production en grandes réunions et tous autres modes économiques ; par la distinction , mais non la confusion ni la séparation absolue des intérêts et des destinées»
Antipathique au libre travail, à la production arbitraire, à l'échange facultatif, en Un mot à toutes les licences de l'individualisme, il ne souffre point la concurrence, la compétition dépréciacive, qui n'est qu'une autre manière de se livrer à l'antagonisme et de faire la guerre, la chasse aux hommes : mais il admet et organise l'émulation sociale, en donnant un essor normal à la spontanéité , à l'initiative individuelle ; en consacrant la responsabilité personnelle; en transformant chaque citoyen, chaque travailleur en fonctionnaire de la Société; et par conséquent en élevant tout métier, toute occupation , toute spécialité, toute industrie, à la dignité de fonction sociale; — fonction dont l'investiture est soumise à des conditions égales pour tous les prétendans, à des preuves d'aptitude et de compétence relative, au moyen d'examen, de concours devant des jurys spéciaux.
Toutefois, aucune définition du socialisme ne peut être adéquate à sa -compréhension, c'est-à-dire ne.saurait le contenir.
On ne définit point ce qui a force d'expansion continue, ce qui içcèle un germe dont le développement est indéfini. On ne codifie point d'avance la vie collective : jamais elle ne se laisse réglementer. La vie est comme la raison : elle ne se formule point : elle se développe et se complète sans cesse.
C'est pourquoi le socialisme ne peut se définir rigoureusement dans ses voies et moyens ; attendu qu'ils se meuvent avec les ugBurs et les combinaisons nouvelles. Les moyens ne sont pis du ressort de la science, mais de l'art : or, l'art ne comporte aucune formule, et ses voies échappent à nos prévisions et â nos c rcons* eriptions dogmatiques. .
— ia- 11 suffit qae h science sociale explique l'immense majorité des faits humains» en donne la loi générale; que ses principes répondent aux désirs naturels, aux besoins, aux tendances persistantes de l'humanité.
Quant aux moyens qui peuvent successivement acheminer les peuples vers la réalisation parfaite de l'idéal; quant aux détails, à la formulation en articles de lois, ou de statuts, nul ne peut les pré» déterminer ; car c'est l'œuvre réservée, la part des générations successives; et ce n'est pas trop que l'acte de présence de la vie actuelle statuant sur son sort actuel dans le temps et dans l'espace. Il faut donc soigneusement distinguer entre la 'science sociale spéculant sur ce qui doit êlre, abstraction faite des époques et des lieux, et la science sociale devenant l'art social, c'est-à-dire tombant an sein de la réalité et venant s'emparer des faits ; car s'il y a la science du parfait, il y a aussi la science du possible, la science de ce qui est en puissance de développement et oui devient. ,
Le mot Socialisme est une expression que le charlatanisme contemporain a livrée à la plus scandaleuse promiscuité. Il est devenu tellement élastique dans ces derniers temps, qu'un ennemi acharné do vrai socialisme, qu'un écrivain dont les principes, le but et l'esprit sont la négation même de ce qu'il y a de plus caractéristique dans la bonne nouvelle, a pn s'en emparer et l'escamoter au profit de ses doctrines dissolvantes et licencieuses sous le nom de liberté illimitée.
Après un tel abus, ce mot, d'ailleurs mal fait et mal appliqué,
Krd toute valeur : c'est le motif qui nous le fait remplacer ici par xpresftion : tcience sociale.
Jusqu'ici la diversité anarchique du socialisme autorise certes le choix, l'hérésie ou l'éclectisme.
La science sociale d'ailleurs ne nous parait identique à aucune des nuances ou écoles du socialisme; cependant, nous croyons que toutes ensemble, elles n'ont méconnu aucun des éléroens de cette science, et que, des nombreux matériaux qu'elles ont élaborés ou dégrossis, 1 avenir composera les bases solides du nouvel édifice social.
Voilà pourquoi, au lieu de faire connaître d'abord les écoles et les doctrines, nous trouvons plus utile d'établir et d'exposer les principes, le& corollaires, l'esprit général de la science sociale, tels que nous les comprenons, indépendamment de tout esprit de secte.
.Mais nous avons i défendre l'esprit du socialisme en général, et à redresser les fausses idées qu'on s'en est faites.
Le socialisme est fondé sur cette grande donnée, dérivant de l'es* sence des choses humaines, que nous sommes tous les membres d'un même corps, tous nécessaires les uns aux autres, tous incomplets,, imparfaits dans notre liberté, dans notre développement, dans noire bonheur, les uns sans les autres; tous les enfans d'un même père: Dieu.
Ainsi, l'idée et le sentiment de la solidarité, de h familiarité et de l'uniié du genre humain est si essentiellement ie socialisme lui-même, qu el'e en demeure à toujours avec la liberté, l'égalité et la fraternité
(qui n'en sont que l'expression ou le contenu), le point de départ, te but et le moyen.
Le mot socialisme a été instinctivement créé poui* mieux affirmer l'unité et l'indivisibilité de la République universelle ou de l'Huma»
nité, par opposition à l'individualisme, qui était venu de nos jours nier effrontément tout lien social.
Si les passions, aidées d'une fausse science, n'avaient jamais contesté l'unité du genre humain, la solidarité des destinées, la fraternité et l'égalité des hommes ; jamais, ce pléonasme, ce synonyme du mot société, n'eût trouvé sa raison d'être.
L'individualisme, dont le passé avait trop méconnu l'essor légitime, disait depuis quelques siècles: Chacun chez soi, chacun pour soi et s'efforçait ainsi de délier de mauvais liens.
Le bon socialisme, qui veut faire contrepoids sur cette pente mortelle, dit : Chacun pour tout et tout pour chacun, et s'efforce ainsi de reformer les vrais liens, qui doivent unir les membres du corps social et lui garantir le bonheur par la perfection.
Communisme est encore un mot oui fait peur, et même plus peur que le moi socialisme , et pourauoi ? inon Dieu ! uniquement parce
3ue quelques-uns en ont abuse, ou l'ont transporté hors de son omaine.
Mais eu soi, c'est-à-dire dans sa signification originelle et traditionnelle, le mot Communauté avait toujours été appliqué par les grands hommes de l'antiquité grecque et romaine comme synonyme de société.
Mous demandons de nos lecteurs, et nous avons droit d'exiger de leur bonne foi, qu'ils nous laissent employer ces mots, et qu ils nous accordent le temps de les leur définir par tout l'ensemble des idées théoriques et pratiques que nous y rattachons.
Le Communisme, a-t-on dit, avec une certaine enflure, n'est qu'un sentiment; mais précisément ici le sentiment, l'amour est tout; car il a derrière soi la fraternité, laquelle est l'expression d'une immense, d'une aimable et majestueuse idée, l'idée de l'unité du genre hnmain, de la haute parente des membres de la grande / société, de leur union substantielle swm Dieu, de leur origine et de /-£/*<leur fin commune, qui fait une seule et unique famille de toutes les ' familles, des frères de tous les hommes, des sœurs de toutes les nations.
Et cette vaste et consolante notion est à son tour toute la science sociale en germe très apparent.
Veut-on palper pour ainsi dire le Communisme, et en avoir fa définition par 1 exemple?
Un acte notarié qui établit une solidarité générale entre toutes les associations égaliuires et fraternelles de Paris vient d'être sigué «aujourd'hui mois de novembre 1849 par les délégués de ces associations.
Voilà le Socialisme en action : le Socialisme orthodoxe, celui qui tendant à l'unité comme à l'idéal complet, établit la solidarité non seulement entre les individus membres d'une même association; mais entre toutes les associations ; et leur donne peur esprit, pour
principe, la fraternité; pour mesure l'égalité; pour but la liberté véritable, le bonheur par la perfection.
Prenons date de ce grand événement : il inaugure en quelque sorte l'ère des transformations économiques, l'ère de l'abolition du salariat, de l'affranchissement des prolétaires, ces. derniers serfs du moyen-âge. S'il se généralise, et comment en douter,, il sera d'une portée incomparable : il sauvera la société européenne!...
Vraie Société, vrai Socialisme, vrai Communisme, trois dénominations identiques, d'un même fonds de principes, d'un même esprit, d'un même but, sinon des mêmes moyens.
On s'est beaucoup récrié contre ce dernier mot ; il a soulevé les plus vives antipathies : cela te conçoit : on le faisait synonyme d'une immense promiscuité des femmes et des biens: chacun imaginait un vaste caravansérail où tout : intérêts, affections, intimités électives, était confondu; où la responsabilité personnelle était niée avec le libre arbitre.
Heureusement, pour la dignité et le bonheur de notre peuple, il n'en est rien. La peur de l'égoîsme a engendré la calomnie, et la calomnie a triomphé un instant auprès des ignorans.
En fait le Communisme est compatible avec la responsabilité personnelle et par conséquent avec la liberté individuelle. S'il ne l'était pas il serait souverainement immoral et n'aurait d'ailleurs aucun attrait pour personne.
Le Communisme, avoué par la science sociale, c'est l'unité et la multiplicité, la liberté et l'autorité, la conservation et le mouvement, ou le progrès dans l'ordre, c'est le milieu où les antinomies sociales se trouvent dans leur état normal de conciliation et de simultanéité; sont ramenées à leur mesure, à l'équilibre, au juste balancement, à l'harmonie.
Le Communisme , tel que nous le concevons, n'est pas autre chose, au point de vue politique, que la théorie de l'équilibre social, du balancement des individualités humaines : science ou théorie & jamais variable et progressive, à mesure que les générations se développeront en intelligence et en sagesse; c'est-à-dire à mesure que la Providence incarnera ses idées ou ses révélations dans l'esprit et le cœur des hommes et des peuples.
Sans séparer absolument comme aujourd'hui les intérêts, et les
dans
, , est
I>oint s'identifier, s'absorber comme les fragmens d'un même poype; c'est au contraire augmenter sa vie , sa puissance , son bienêtre, de toute la vie, la puissance, de tout le bien-être de ses semblables.
L'unité absolue et forcée d'un couvent de Bénédictins serait la mort, tout comme la multiplicité absolue d'une borde sauvage; point d'unité sam? variété, comme point de variété sans unité. Or,
de vue politique actuel, que la réalisation du droit strict, ou de la justice aistributive.
Sur ce terrain, le Communisme est invincible. S'il exigeait, dès demain, le règne de la charité, de l'idéal absolu ; s'il confondait la morale avec le droit, c'est-à-dire s'il demandait , au nom de la loi coercitive, au-delà de ce qui est dû strictement par chacun à tous et par tous à chacun; alors, oui, le Socialisme tomberait en pleine utopie, en pleine chimère. Mais, pour ce qui est du droit , il est toujours opportun, toujours utile, toujours permis d'en revendiquer le respect oe la part de tous, à plus forte raison, il est-toujours possible et salutaire de le faire.
Les chrétiens ne seraient point autorisés à exiger h réalisation de la morale du Christ; ils le sont à réclamer de chacun la réalisation du droit, c'est-à-dire des conditions et des moyens extérieurs du plus grand développement moral et physique de tous.
Ainsi, toute la question est là : Qu'est-ce que le droit? Où est-il pour le cœur, la pensée et les besoins des générations contemporaines? En quoi consistent les moyens et les conditions externes du développement et du perfectionnement de la société?
c L'idée fondamentale quejl'humanitéest appelée à réaliser, dit un philosophe allemand, c'est de fixer tous les rapports de l'homme avec ses semblables, d'après les prescriptions de la raison , sans nuire à la liberté! ou bien, en termes abrégés : c Réaliser sur la terre la notion du droit. »
Cettp parole de Fichte n'est qu'une partie de la vérité. L'humanité est également, est surtout appelée à réaliser la charité, l'idéal de perfection , d'harmonie et de bonheur qu'entrevoit son intelligence, que désire son cœur, auquel tend irrésistiblement sa volonté. Seulement il reste vrai que cette grande et sublime fin veut être obtenue et recherchée par la persuasion et par la liberté.
Le vrai Communisme contient implicitement la communion. Ce n'est pas seulement une économie, une politique, c'est aussi , c'est d'abord, c'est au-dessus de tout, uni philosovnie+eligion , la seule vraie et définitive dans sa base; celle au-delà de laquelle du moins l'humanité, jusqu'à ce jour, n'a rien conçu.
De l'aveu de ses antagonistes même, le Communisme est l'idéal de perfection : C'est trop beau, disent-ils. Je réponds : Donc c'est la vérité; donc c'est notre loi, notre devoir dès à présent, et maintenant : hinc et nunc ; c'est au moins le phare planté aux dernières stations du pèlerinage de l'humanité à travers la vie terrestre , la destinée finale à laquelle nous sommes appelés ,1a destinée dont nous pouvons hâter la réalisation si nous usons bien de notre libre arbitre.
Voilà pourquoi le Christianisme a tant de valeur : c'est qu'il est l'expression avancée, sinon parfaite encore, de cet idéal religieux et social.
La science sociale, identique au Socialisme, identique au Communisme conditionnel, comprend nécessairement dans sa sphère la charité comme la justice; le devoir et le droit sous leur face religieuse, et le devoir et le droit sous leur face purement politique ou stociaje. Elle comprend, et ce qui étant du domaine de la conscien-
ce , tombe dans le inonde de la persuasion et de la liberté , et échappe à touie coercition ; et ce qui étant du ressort de ta morale nniverselle stricte, ou des actes extérieurs nécessaires à la vitalité sociale, tombe dans le monde de la contrainte, qui est celui du droit strict ou de la justice publique, coercitive, répressive et pénale. La science sociale ainsi comprise, est donc tout à la fois philosophie et religion, ration et sentiment, certitude et foi, politique et économie; car le Socialisme recherche, au-dessus de tout, ce que nous sommes, d'où nous venons, où nous allons. Il dit notre origine , notre 6n et nos moyens ; il est donc philosophie ; et il ne se contente pas de, dire, de professer, il pratique, il organise, il est vivant ; il est donc aussi religion ; et non seulement il contemple et adoré l'idéal, le parfait, et celui qui le donne ou le révèle, Dieu ; mais il se fait, lotit à tous, dans le temps et dans l'espace, envisage le possible, subit la nécessité sans cependant la légitimer; se transforme donc en législateur, en juge, en ministre , et par là, il est aussi politique et économie.
Le Christianisme primitif est certes la plus haute expression, jusqu'ici, de la science sociale et du Communisme.
Toutefois, le Communisme absolu des premiers Chrétiens, correspond à la réalisation de la morale et de la religion dans toute sa rigueur, c'est-à-dire, de la perfection ; ce qui suppose la liberté» car on ne contraint point au nom de la loi à être parfait. Par consé-.
Îuent, il faut la faculté permanente devant l'État ou la Société, 'entrer et de sortir du milieu où se réaliserait cette vie parfaite devant Dieu ou notre conscience.
C'est ici une République de liberté, une cité de Dieu, à laquelle la loi coercitive n'a rien à voir.
Le Communisme conditionnel, relatif, limité ou bien entendu, correspond, au contraire, à la réalisation du droit ou de l'égalité ; H n'exige, il ne comporte même que l'ensemble des moyens et conditions du plus grand développement moral et physique de tous.
Ainsi il faut toujours distinguer entre la Communauté parfaite ou facultative, qui est la République dont Jésus-Christ a pu dire qu'elle n'était pas du monde de César, et la Communauté obligatoire, celle dont toutes les sociétés, jusqu'ici, sont l'image très informe.
Dans notre foi et notre amour, le Communisme conditionnel que la science sociale affirme et justifie, n'est pas autre chose que l'unité et l'indivisibilité de la République nationale et universelle. . C'est la traduction sociale de cette devise immortelle du Christianisme et de la Révolution française :
Liberté, Égalité, Fraternité, Unité, Indivisibilité.
II est, dans l'intention de tous ses adeptes, le seul milieu où Ja vie puisse recevoir son développement, sa culture, son irradiation maximum.
Tout ce qu'il y a d'amour, d'intelligence, de puissance et de richesses, en un point, est aussitôt communiqué avec équité, mesure, opportunité, à tous les lieux, à tous les citoyens; de telle sorte que l'essor de toutes* les vies s'effectue parallèlement, simultanément, .selon qu'il est dans la nature des choses.
Les racines du Communisme plongent en quelque sorte dans le
berceau de l'Humanité, tant elles sont antiques, et inhérentes à l'arbre social.
Partout, dès qu'il y a ombre de société, il y a nécessairement fonds commun de sentimens, d'idées ou de croyances, d'activité, d'oeuvres et de richesses ; or, c'est par cette portion commune que la pratique ou communion des hommes entre eux est possible et' s'effectue. Chacun en effet participe plus ou moins également à ce fonds commun.
Celte seule observation prouve que la Communauté est l'essence même de toute société, et que le genre humain est né et mourra Communiste.
11 est clair que plus chacun participe avec poids, nombre et me* sure, c'est-à-dire, harmoniquement, également à ces sentimens, à cette science, à ces biens communs, plus tous croissent en perfection et en bonheur, puisque, par cette participation, ils réalisent l'état normal des destinées, la loi de développement moral et physique.
Or, l'idéal de Communauté ou d'Association universelle, est précisément le milieu où cette participation, cette harmonie, ce perfectionnement et la félicité de chacun et de tous, recevraient toutes leurs conditions et leurs garanties.
Chez les sauvages, le premier sentier établi entre deux huttes, la réunion fatale de deux hommes ou de deux familles pour la recherche de leur proie, est déjà la proclamation solennelle, toute providentielle, de la Communauté voulue par la nature des choses humaines.
Seulement, c'est ici ta Communauté à l'état embryonnaire: mais aussi, c'est le premier gland, qui déposé sur la terre, va bientôt la couvrir de ses vastes forêts de chênes. Et ce germe de la société normale va donc grandir, s'élancer avec et par le progrès de la civilisation ; car la civilisation c'est la Communauté elle-même se développant et se constituant graduellement.
Pourquoi, dès lors, oh! civilisés, vociférer inhumainement contre le Communisme?
Est ce que les mots Patrie et Fratrie, désignent autre chose que l'idée d'une graude faroHIe? La patriarchie, qu'est-ce, sinon l'idée d'une filiation qui procède de chef de famille à aines et à puînés? Or, une grande famille, qu'est-ce de plus ou de moins qu'une grande Communauté?
C'est pourquoi les mots Société, Communauté, sont indifféremment (fris dans le passé grec et romain pour exprimer ce fait fatal, naturel de la réunion des hommes en corps de nation, ou en une seule et unique association du genre humain.
On trouve des preuves' nombreuses et frappantes de cette synonymie, dans Socrate, Platon, Aristote, Sénèque, Cicéron, etc
Le Socialisme, le Communisme n'est donc pas nouveau : il est aussi vieux que le monde ; lui seul a force de développement, car lui seul est dans l'histoire.
Jamais
iais l'avenir ne sera plus socialiste quene le fut le passé ; l'Euplus que ne le furent l'Inde, la Chine, l'Egypte, la Judée, la
rope
Grèce et Rome.
L'HnmaniU future le sera autrement, elle le sera mieot; toute la différence consistera dans l'intelligence, non dans l'intention.
Certes, Brahma et Manon, Minos, Moïse, Confucius, Lycnrgne, Solon, Huma, Jésus-Christ, sont de grands, d'incomparables socialistes par leurs principes générateurs.
L'unité, la solidarité, la prévoyance, la mutualité, l'ordre, sont an berceau de toutes les nations.
A toutes les époques normales on organiques, chaque caste, chaque tribu, a ses droits, son crédit gratuit on social, ses instrumens de travail garantis en droit sinon en fait; sa rétribution, sa destinée toute tracée; ses conditions d'existence, sinon toujours de développement. '
L'individualisme, l'isolement, l'anarchie des intérêts, l'insolidarité des destinées, le brisement du lien social, la fausse liberté qu'on appelle laisser-faire, eu un mot la négation du Socialisme, île la Communauté, ne vient qu'aux époques maladives ou critiques/alors que les sociétés se transforment ou se décomposent.
C Mais le Socialisme ne meurt point, lui. il se développe, il s'amine, s améliore et se consolide à mesure que les voies et moyens de richesse, de la solidarité, de l'assurance mutuelle, delà fusion des intérêts, de la iberté de tous, de l'égalité de tous et de la fraternité de tous, sont plus efhraces; et qu'ainsi tous les fils de l'homme participent plus également et plu» abondamment aux bienfaits delà grande et éternelle Commuoauté.
Qu'il le sache ou non, tout socialiste, tout démocrate est Continu-
™îiL : k.» 1 d , e8 . deu 5 P 3 ,?!* ,e ■*■• es P"t, le» mêmes principes, le
Uc™tion " y d,fférence q«« dans le degré, que danV l'ap-
Le fouriérisme fait du Communisme, timidement et comme a la £?,- *!5. e i réciproquement, tout communiste est socialiste; démo- 25 ffla divS 88 W ** m0yeM *"*"* : ici enc ™ *
,vi? e8t V * n effe i "."'y a P 88 d ' Mlre8 voie » d <» ««lot pour les peupies, que celles de l'association et du concours, de IVdre delà
Bo« 2^'^ ^^"butive, de la Parité et dÏÏunité! Hors de là , il n y a plus que la licence, 'anarchie sous le nom dé
etTWers? q " e " qui •"• "««^«me'liiiéral: Malthus
On se fait gratuitement dans le monde boureeois des imam* m.
poussantes de l'idéal socialiste, qu'on necïnXJeWTs*^*
perfides de la calomnie; et puis «r nous répond il neveux p?s de
révèle mon cœur, ce que désire ma nature : elle v serait r^-TrX aplatie comme entre deux éiaux 7 ' r ***"**>
JSfln?Xl*i COn î P r ndronl *> ue ,e frai Communisme est leur SmJïïfJ.. ^ ° r8 d « ac fT erow : c'est donc pure aflaire d'intelligence et de temps. Vos habitudes, vos préjugés, vos passionT
JSS^SS^ST^ ™" •^-dJS» îîusîoïme I- Z SSS^éïS^^i - ,e q W »PPO"e«e J»oi indompuble aet siècles et du progrès. L invisible n'est pas facile à démontrer ;
eroyex-Yoos que tant d'hommes honorables qui professent déjà ee nouveau Credo, voudraient plus que vous la perte de cette liberté, et de toutes ces conquêtes de la civilisation pour lesquelles ils ont précisément milité toute leur vie?
C'est donc au nom de votre bien à vous et du salut de tous, que nous vous convions à l'étude sérieuse et s : ncère d.e doctrines qui ne sont que l'accomplissement de l'Évangile de Jésus-Christ.
Le Socialisme pur, a un dogme fondamental bien l'ait pour rassurer les esprits les plus prévenus, les positions les mieux assises, c'est sa formule sacramentelle : droit au travail , à une fonction; droit égal de tous les citoyens, de toutes les familles , de toutes les classes actuelles f aux conditions de leur développement moral et'phg* tique.
Il est évident que nul paysan, possesseur d'un coin de terre, nul petit capitaliste ou rentier, nul petit fermier ou boutiquier , fût-il le plus ombrageux de sa tribu, n'a rien à perdre, rien à risquer à la réalisation du Socialisme, surtout du Socialisme le plus avancé; mais au contraire tout à gagner, puisque l'essence du Socialisme consiste dans la garantie du droit au crédit, à r instrument de travail , au débouché et à [équitable échange ; puisque chacun, dans ce nouveau milieu, a la certitude mathématique d'arriver au bien-être , à l'aisance, à toutes les jouissances de lu civilisation, moyennant travail, probité, prévoyance, ordre, économie, et en raison même de son degré d'activité, d'aptitudes et de vertus sociales. , Beaucoup de personnes eu province se sont imaginées que la garantie du droit au travail était promise au peuple sans au eu ne condition de la part de ceux auxquels la promisse était faite. Il importe de les éclairer à cet égard. Evidemment , cette garantie présuppose l'organisation du crédit social ; et l'adb&ion des travailleurs qui la désirent au pacte de solidarité et de mutualité entre tons les centres de productions ; et aux réglemens, aux statuts qui doivent accompagner la réalisation.
Quant aux citoyens que leuraisance, leur superflu, leur position privilégiée, rend craintifs et ombrageux, ils peuvent être en pleine sécurité: le socialisme ne se propose la spoliation de personne: c'est Tordre qu'il apporte et non le désordre. &i jamais le législateur souverain vient à demander à chacun des sacrifices, ils ne demeure» ront point sans une convenable compensation. La grande loi de l'indemnité préalable dans tous les cas où l'utilité publique réclame l'aliénation ou l'expropriation, sera certainement appliquée avec la plus grande fidélité par le socialisme lorsque ses principes et ses représenta ns seront appelés à sauver la société. Tout dépendra à cet égard de l'intelligence, du bon sens des classes riches : si elles savent, je ne dis pas faire des sacrifices, ni même des concessions, mais seulement consentir aux voies et moyens, aux mesures et aux institutions destinées à garantir à tous la possibilité de se donner bien • être et sécurité, elles seront émerveillées d'en être quittes à si bon marché. La violence, s'il y en a, te désordre et la conflagration universelle, tant prédits et redoutés, ne viendraient que de leur aveugle et coupable résistance, à tout progrès efficace.
Que la bourgeoisie grande et petite, étudie donc comme nous là
science sociale, qu'elle s'initie à tout ce qui' a été dit, à tout ce qui se propose chaque jour pour sauver la société, les riches comme les pauyres; ou la société est perdue, et avec elle tous ces biens auxquels ils accordent, avec raison, tant de prix.