CONSENTEMENT
Ainsi le point est certain, citoyen, c'est bien sérieusement que tous accuses (Institution de la propriété ( et comment vous faire l'injure d'en douter, puisque c'est à vos yeux un vol); et c'est encore sérieusement que vous pensez à saper la propriété et que vous croyez pouvoir vous passer du consentement des 25 millions de propriétaires pour la détruire, et les forcer à s'en dessaisir.
Je sais bien que vous voudrez invoquer les moyeus indirects, mais toujours est-il que lç but est le même : détruire la propriété, obliger obliquement les propriétaires ai en dessaisir. Vous voilà donc bien C ennemi des proprid» taires> le destructeur avoué duxapital, et vous n'avez plus oe choix
qi'ètttre l'apostasie et le Socialisme. Si vous défendez la propriété comme institution, tous défendez le vol (dans Toire langage), et de plus vous êtes renégat de vos doctrines fondamentales ; si voes maintenez votre fameuse idée renouvelée de je ne sais combien de penseurs anciens et modernes, vous restez Socialiste, et vos élucobrations nouvelles sont des non-sens qui attendent un désaveu solennel.
Toutes ces subtilités sont d'indignes subterfuges. Oui ou non, êtes- vous le Proudfcon qui a dit:
« J'attaque la propriété, non plus par ses propres aphorisme** mais » par le calcul. Que les propriétaires se tiennent donc prêts à vérifier » mes opérations ; car si par malheur pour eux elles se trouvent justes f
» ILS SONT PKBDUS.
» En prouvant V impossibilité de la propriété, j'achève d'en prouver Vin* justice. » Et là-dessus une kyrielle d'impossibilités, et entre autres celles-ci : « La propriété est impossible, parce qutelle est homicide : La propriété est impossible, parce qu'avec elle la société se dévore. »
Allez maintenant, allez comédien philosophe, vous êtes confondu ; et le* plus simples ont cessé de vous prendre au sérieux depuis votre satanique invocation à l'ironie.
« Si certains économistes, a propos de ma critique, ont entassé dilemme » sur dilemme pour me prouver que. si je n'étais pas propriétaire, j'étais né- » cessairement Communiste; c'est faute de savoir ce que c'est que thèse, » antithèse et synthèse. » — Non, citoyen, ce n'est pas cela ; c'est faute de savoir ce que c'est qu'un sophiste, un escamoteur métaphysicien, un danseur de corde transcendentaL
Eh.! mon ami, il y avait un moyen bien simple de les empêcher de se méprendre sur votre pensée et vos opinions réelles; c'était de prévenir l'équivdque en leur disant : Braves Communistes et anti-propi iétaires, n'allez pas me croire des vôtres parce que je déblatère contre la propriété ; car voyez-vous, il y a chez les Allemands, la thèse, l'antithèse et la synthèse; quand je pose ce principe : La propriété c'est le vol f c'est une thèse tout comme une antre ; mais, si je dis : la garantie du travail est un droit antérieur et supérieur à la propriété, c'est une antithèse; or, les deux termes : thèse et antithèse, se font une opposition éternelle ; ainsi, il faut les respecter tous deux également ; cependant, ils ne sont vrais ni l'un ni l'autre, puisqu'ils se détruisent l'un par Pautre; voilà pourquoi il fait un troisième moment que j'appelle synthèse, laquelle, j'ignore comment, est chargée de concilier les contraires, d'exprimer leur commune valeur et leur résultante. — Maintenant, arrangez-vous; tirez* vous de là comme vom> pourrez; pour moi je n'y vois goutte. Tout ce que je puis vous garantir, c'est qu'il y a thèse, antithèse et synthèse ; et que la synthèse a reçu la mission de concilier l'inconciliable, de tenir le grand balancier qui fait et fera éternellement manœuvrer les antinomies de mon maître Kant Voilà pourquoi j'ai expliqué, en lieux volumes de mille à douze cents pages, la thèse, l'antithèse et la synthèse, sans pouvoir jamais mettre la main sur cette magique et diabolique synthèse ; de telle sorte, qu'en déCnilive, je ne trouve rien à vous dir£ sur ce qu'il vous importerait uniquement de connaître ; ce qui lait que je vous tire ma révérence et vous salue de tout mon
Que dira le peuple, citoyen, quand il saura (car il le saura), qu'après avoir ainsi assommé, disséqué, conspué la propriété, et en avoir inspiré, par vos tableaux passionnés, et votre implacable logique, la haine et l'exécration à ses enrans, vous avez osé venir protester en Février dernier, lorsque vous alliez enfanter l'cetwrc mort-née dite Banque du Peuple, faire serment devant Dieu et devant les hommes, sur CÉvangile et sur la Constitution, • qu'en faisant la
• critique de la propriété, ou pour mieoxdire de l'ensemble dlnstitatioas dont
• la propriété est le pivot, tous n'avez jamais entenda ni attaquer les droits » individuels reconnus par des lois antérieures, ni contester la légitimité des
• possessions acquises, ni provoquer une répartition arbitraire des biens, ni » mettre obstacle à la libre et régulière acquisition par vente ou échange, de* » propriétés, ni même interdire ou supprimer, par uu décret souverain, la renie » foncière et l'intérêt des capitaux •
Biais alors, qu'avez-voto dit, qu'aves-vous fait, que voulez-vous, et quel nom vous donner?
Citoyen, devant un pareil gâchis, je ne puis m'empécher de foire un rapprochement. Ecrivante M. Blanqui de l'Institut, vous dites:
« Ne sait-on pas que tout homme est fragile et variable, que son coeur est
• plein d'illusions, et que ses lèvres distillent le mensonge? omnis Homo
• mendqLx. Soit que nous le voulions, soit que nous ne le voulions pas, nous » servons tous pendant quelques minutes d'instrumenté cette vérité dont le
• royaume arrive chaque jour. »
Je vous laisse juge des quelques minutes pendant lesquelles vous avez sa* crifié au mensonge. Est-ce cette fois, est-ce l'autre ?
Citoyen, n'allons point par quatre chemins, je vous somme de déclarer devant le Peuple que vous vous êtes trompé, ou que vous avez" changé d'opinion ; car il n'y a pas de milieu, car il est impossible de supposer que cette formule : la propriété c'est le vol, n'ait été dans votre pensée que l'un des termes nécessaires de vos antinomies, c'est-à-dire l'un des deux leviers dialectiques que vous faisiez jouer pour exposer le pour et \e contre.
Je crains, citoyen, que tout*ela ne sente le charlatanisme, l'industrialisme tel qu'on le respirait aux beaux jours des mines de Saint-Bérain.
Je le sais, pour un nouvel Érostrate le cas était embarrassant, il n'y avait plus de temple de Diane à brûler; tous les bases de la nouvelle science et de la nouvelle foi étaient établies, tous les principes d'avenir formulés. Or, on était infécond (les conceptions nouvelles sont si rares), et cependant on était avide* de retentissement. Que faire donc? Vous le savez, citoyen, vous qui en gardiez le secret, il fallait faire ce que vous avez fait ; et ce que vous avez fait un feuilleton de la Presse l'a divulgué tout récemment au public, avec autant de perfidie, je le reconnais, que d'esprit et d'ironie. Ici, je renvoie le lecteur au feuilleton de la Presse, et je passe. Il faut pourtant que je dise au Peuple comment le feuilleton finit: c'est méchant, mais si c'était vrai?
« Allez, Monsieur Proudhon I.... continuez..... et notre aimiration vous
• suivra; que disons -nous, notre admiration? et notre reconnaissance. Et
• ensuite, vous pourrez partir en paix comme Simon. Votre part sera faite » devant la postérité. Et dans trente ans, je souhaite que ce soit plus » tard , les filles des conservateurs viendront planter des rosiers sur votre
• tombeau. ■
Et toi, Peuple, tu t'imaginais que Proudhon mettrait sa gloire à mériter le pieux pèlerinage de tes filles ; que les rosiers de son tombeau seraient plantés par tes filles, ennoblies grâce à son dévouaient pour ta cause ? Combien était grande ta simplicité 1
Citoyen, la Presse vous a donné un solide brevet de charlatan, d'apostat ou de traître , choisissez. Et si le feuilleton n'est pas prophète , il reste du moins dans les vraisemblances. Encore quelques évolutions , et le radical auteur de la propriété c'est le vol, sera plus conservateur que les conservateurs ; ou plutôt non, il sera ce qu'il est, ce qu'il était, rien, rien, c'est-à-dire sophiste toujours.
Voulez-vous qu'en terminant, je vous dise une vérité qui résume toutes les
autres. Vous a? ex laissé oblitérer ea vous l'organe moral ; tous Bloquez du sentiment de justice , de ce difin amour qui purifie tout » et dont saint Augustin disait : Aimez et faites ce que vous voulez, — Ama etfac quod vis.
Vous prendre an sérieux désormais nous serait impossible. A votre contact, d'ailleurs , on se salit trop ; tous portex scandale chez les plus patiens. Il nous répugne de stationner dans la boue ; il nous tarde de ne plus remuer vos ordures. Mais, nous avons une tâche à remplir, nous la remplirons. — Vous agitez les plus graves questions, vous polluez les plus saintes idées , les plus' nobles' sentimens; et votre parole empoisonnée» a une certaine autorité devant un public encore prévenu. Nous voulons pénétrer dans le sanctuaire où vous sacrifiez aux ténèbres et à la mort, alin de montrer votre néant.
Donc, au prochain numéro, Citoyen.
P. 5. Je viens de prendre connaissance de votre polémique avec Pierre Leroux et Louis Blanc. Toujours le pugilat, n'est-ce pas, citoyen : c'est votre métier. Cependant les coups ont porté cette fois : le Jupiter tonnant et vainqueur se sent blessé au vif, on dirait quelque taureau-cerf aux abois, qui descend à quelque chose comme à une amende honorable. Mais que ce rôle vous sied mal ! — Au moment même où vous apparaissez la branche d'olivier (Tune main, vous brandissez une massue de l'autre ; en demandant la paix» tous déclarez de uouveau la guerre. Soldat : tu voudrais bien les bénéfices sans les charges : attaquer, culbuter, mais rester debout sur tes ruines. — Soldat, tu mourras 6ur le champ de bataille.
Vous êtes donc sensible aux insinuations de Pierre Leroux, vous ne voulez pas qu'il recherche vos intentions? y avez vous pensé, citoyen, vous le grand inquisiteur des mobiles d'auirui ! Les intentions mises à l'écart 1 mais qu'avezvous donc fait toute votre vie, si ce n'est remonter aux intentions de vos adversaires, — et Dieu sait si le nombre en est erand ; — si ce n'est conclure des actes aux arrières-pensées et prodiguer l'insulte ou la calomnie à qui tombait sous vos griffes ?
Et vous ne voulez pas qu'on fasse à Proodhon ce que Proudhon ferait au genre humain tout entier, s'il en avait le-temps?
Vous oubliez donc les intentions que vous prêtez perfidement à Louis Blanc et à Piet re Leroux lui-même ; et vos procès de tendances contre le président de la République» coutre tous les ministres et tous les pactes passés» présens et futurs?
Vous oubliez donc vos invectives quotidiennes à celui-ci (l'abbé Constant) : « Ton cœur est plein de fiel; tes lèvres sont chargées d'écume, et tes
• mains dégouttantes de sang. « — A celui-là. ( l'abbé Chatel ) : « Te* mas- » carades font pitié; tes scandales soulèvent le degoât,... plus tu étale
• d'impudence. »
Vous ne voulez pas surtout que Leroux mette en doute votre républicanisme et votre démocratisme. Il esUacheux, en effet» pour votre popularité qu'on puisse douter de votre attachement sincère à la République, et à la démocratie; mais à qui la faute? A vous dont les actes et les paroles contradictoires ont rendu cette incertitude fort naturelle. Croyez-vous que si votre culte était bien franc , les insinuations de Pierre Leroux rencontreraient de l'écho. Vous êtes démocrate, dites-vous? c'est possible» mais convenez que quand on est tendre dans ses affections on n'écrit pas des phrases comme celle-ci : • Pour » dire tout de suite notre pensée, c'est la déuOcritie que nous avons à 9 démolir comme nous avons démoli la monarchie. ■
Vous accuses Pierre Leroux, l'apôtre de l'humanité, de l'unité et de la solidarité universelle» de ne pas aimer son pays : citoyen» songez plutôt à vous
demander si ce n'est pas vous-même qui ne l'aimez pas ; et qui le trahisses en le divisant, en y suscitant des animosités, des haines» qui tourneront peut-être au tragique dans des temps orageux. Pour aimer sa pairie ; il faut aimer les hommes qui la composent» les hommes en général et en particulier. Or, je ne crois pas vous calomnier en vous disant que vous avez votre espèce en antipathie» sinon en aversion. Je ne veux même pas me prévaloir de cette sentence : « Les hommes ne seront jamais' ni meilleurs ni pires que vous les » voyez et qu'ils furent toujours. « — La chose est assex notoire. , Mais tout ceci a son côté plaisant et vraiment comique. La péroraison de votre dernière lettre est charraaute. Oh ! le plus grand des mystificateurs modernes, que vous êtes fertile en ressources !..... mais quelles ressources !...• Le philosophe Proudhon, de dieu qu'il était devenu, vient de se métamorphoser en Gaulois, sans en prévenirses concitoyens. Depuis longtemps, en effet, chacun eût pu s'apercevoir que vous aviez uc faible pour le progrès rétrograde» En fait de principes, de justice et de civilisation, il vous faut des produits indk
Êmes, autocthones; comme Rousseau, vous allez chercher la liberté dans les rets vierges ; déjà vous sacrifiez à la déesse Velleda, et invoquez saint Vercingétorix, et saint Orçétorix et le saint des saints, le vieux Galcacust tous
amans quelque peu farouches de la liberté sauvage.
Mais, citoyen, que ferez-vous des Druides? J'ai entendu dire qu'ils aimaient médiocrement la liberté d'autrui, et qu'ils ne plaisantaient pas sur le chapitre de la religion et de la morale. — En tout cas, je vous prie, citoyen, si vous restaurez la Gaule primitive, donnez-nous là, bonne et au grand complet, sans élémens aliénigènes; surtout n'oubliez pas le reboisement des montagnes et des vallées, et le rétablissement des sacrifices humains, ces auto-da-fé druidiques, tout ce qui pourra nous ressusciter ce type des types de la vraie liberté : l'état sauvage pur sang. Enfin, donnez-nous r organisation du frovail à la Gauloise, et vous aurez bien mérité de la Patrie et de la Liberté.