‹ Le salut par l'eliteChapitre 27 sur 51 · IL · texte numérisé non relu

IL

Ce sont des entraîneurs,

Voici groupés autour du clergé une Elite d'hommes chrétiens. Ce sont des entraîneurs. Regardons d'assez près la grande masse des hommes, Ils vivent sans religion, où au moins sans pratique religieuse. Ils ne savent pas, quelquefois ils ne peuvent pas, la plupart du temps ils n'osent pas se mettre en marche vers les autels du vrai Dieu. Est-ce à dire qu’ils sont inconvertissables et que leur indifférence religieuse est immuable et définitive? Nullement.

Il faut d’abord s'occuper d'eux. « Enfin en voilà un qui s'occupe de nous », disait un ouvrier en parlant de son curé qui, nouvellement arrivé dans la paroisse, avait adressé un appel aux hommes. « Nous sommes affamés de vérité, disait un converti, et nous ne demandons pas mieux que de venir entendre un prêtre ,Jmême à l’église, pourvu qu'il nous apprenne quelque chose. » Et puis beaucoup d'hommes, à force d'entendre déblatérer contre la religion, à force d’expérimenter les promesses illusoires par lesquelles on les abuse, ont la noble tentation de réagir contre les menteurs et les sectaires et on les entend murmurer tout bas les paroles de Chamfort à propos des encyclopédistes du xvirr® siècle : « Ils en diront tant qu'ils finiront par me faire alter à la messe. » Les hommes dans leur ensemble ne sont !

pas aussi loin de la religion que nous le pensons. Il . faut d’abord s'occuper d'eux.

Il faut surtout les entraîner. Et qui les entraînera sinon une Elite, l’Elite des vrais chrétiens qui ont la flamme du zèle, la passion du bien, le souci des âmes, la conscience de leur responsabilité et de leur mission? Ce qui mène le monde, ce qui vient à bout de tout ici-bas, ce sont les minorités tenaces, convaincues, imperturbables. Elles marchent de l’avant et on les suit, on emboîte le pas derrière elles . Voicilescollaborateurs et les compagnons du clergé qui participent collectivement aux manifestations religieuses de la vie paroissiale, par exemple à une procession, à une communion générale, à la messe des hommes. Ils posent un acte qui vaut mieux qu’un discours. Leur présence dit à tous que la religion est une réalité, un besoin et un devoir. On les voit, on les regarde et on a la pensée de les imiter.

Les mécréants se disent dans le secret de leur cœur : « Tiens, voilà des hommes intelligents qui s’agenouillent devant Dieu. Est-ce que cette religion qu'on voudrait déraciner n’est pas en train de reverdir? Les tempêtes qui devaient la renverser lui ont gendu une vitalité nouvelle. Est-ce que la vérité ne serait pas là? »

Et les timides aujourd’hui si nombreux murmurent tout bas : « Tiens, voilà des hommes de toutes les classes de la société qui assistent à la messe. Le pauvre est à côté du riche, l’ouvrier coudoie le patron, et tous avec la même franchise et la même indépendance adorent le même Dieu et chantent la même Credo. Pourquoi ne sommes-nous pas avez

eux? Pourquoi serions-nous moins courageux puisque nous sommes aussi croyants? »

Et enfin les chrétiens mous, apathiques, qui gémissent perpétuellement sur les malheurs du temps présent et ne font rien pour les guérir, deviennent eux-mêmes attentifs et se sentent secrètement émus : « Tiens, disent-ils, voilà des hommes qui donnent l’exemple. Quelques-uns ont travaillé durement toute la semaine et trouvent le moyen d’abréger leur sommeil pour assister à une messe matinale. Pourquoi ne sommes-nous pas de cette phalange? Pourquoi n’apportons-nous pas l’appoint de notre présence à cet acte religieux collectif et public? »

Les hommes en très grande majorité, pour les quatre cinquièmes au moins, pratiquent l’abstention religieuse. I1 faut s'occuper d'eux. Il faut les entraîner.

Il faut les concentrer autour d’une Elite, autour de l’Elite des hommes chrétiens. Cette Elite d’hommes chrétiens nous est absolument nécessaire. Les groupements féminins ne sont pas inutiles, certes, et nous avons proclamé assez clairement leur importance. Mais chacun à sa place. Si les femmes sont le cœur, les hommes sont la tête. C’est par eux qu'il faut commencer, continuer et finir l’organisation et le relèvement de l'Eglise de France.

Avec quelques hommes d'élite groupés autour du curé dans la paroisse et autour du doyen dans le canton, on opère une double concentration des forces religieuses, qui fait du catholicisme local et dispersé une puissance imposante et respectée, et la régénération d’une région est en bonne voie.

Et quand tous ces hommes d'élite des paroisses et des cantons font partie d’une fédération diocésaine qui les concentre autour de l’Evêque, l’Evêque est vraiment un chef qui a des soldats et qui avec eux peut livrer bataille et remporter des victoires.

Sans cela, sans l’Elite des hommes chrétiens qui sont l'état-major du clergé et les entraîneurs de la masse, le catholicisme n'existe pas en France, ou il existe si peu qu'il est menacé de ne plus exister du tout.

Ce sont des réalisateurs.

Voici groupés autour du clergé une Elite d’hommes chrétiens. Ce sont des réalisateurs. Quand Jéthro eût appris que son gendre Moïse était devenu un personnage considérable, il vint au désert où campait le peuple de Dieu, et voyant Moïse accablé par des détails d'administration, il lui donna, avec son rude bon sens, cette leçon pratique : « Stulto labore consumeris, la tâche est au-dessus de tes forces, tu ne saurais y suffire seul ; choisis des hommes capables, intègres, établis-les sur le peuple comme chefs de milliers, chefs de centaines, chefs de dizaines. Allège ainsi ta tâche et qu'ils la portent avec toi. » Ceci est une leçon, une méthode de pratique pastorale. Le clergé tout seul ne peut pas suffire à toute la besogne, à la multiplicité des œuvres aujourd’hui nécessaires. ;

Ne parlons ici que des œuvres sociales, Il est impossible en notre temps de les laisser de côté, et il est également impossible d’en imposer toute la charge au clergé. Que faire donc? Il faut faire appel à la compétence et au dévouement de l’Elite des hommes chrétiens, En matière d'œuvres sociales, les prêtres seront les inspirateurs et les chrétiens d'élite seront les réalisateurs. ‘A chacun sa fonction.

Est-ce que les groupements corporatifs n’ont pas été un des plus puissants éléments de la vie catholique au Moyen âge? Aujourd’hui plus encore gu'autrefois il importe de grouper notre peuple dans des Associations d'ordre économique, qui s'appellent Sociétés de secours mutuels, Syndicats, Assurances, Caisses rurales, ouvrières, dotales, jardins ouvriers, habitations et le reste.

Rien n'est plus légitime, rien n’est plus conforme à l'intérêt et aux besoins des individus, de la profession et du bien commun que d’améliorer la condition matérielle des travailleurs et de faire cesser l'anarchie qui règne généralement dans les rapports entre employeur et employés. Et en même temps rien n’est plus nécessaire que de mettre à haute dose et de maintenir à tout prix dans les œuvres sociales l’esprit chrétien qui les préserve de tout excès et en assure l'efficacité, Deux tâches sont ici indispensables : la tâche de formation morale et d'apostolat religieux qui revient surtout au clergé et la tâche d'organisation matérielle et économique qui incombe surtout à l’Elite des hommes chrétiens, compétents et agissants.

Sur le terrain des œuvres sociales le prêtre ne peut pas et ne doit pas tout faire. Il n’a pas le temps de fonder et de mener une mutualité ou un syndicat. Il n'a pas toujours les connaissances techniques qui sont exigées de quiconque veut diriger avec succès des institutions d'ordre économique, professionnel et financier. Souvent même il n’a pas l’aptitude pour résoudre heureusement les questions d'argent ; car il donne plus facilement qu'il ne compte et il est malhabile à manier les capitaux. Là donc où les prêtres, même les meilleurs et les plus actifs, ne réussiraient pas, c'est à l’Elite des catholiques militants d'intervenir.

Et, qu'on y fasse bien attention, je ne parle pas des .catholiques indistinctement, je ne dis pas que tous les catholiques sont capables de comprendre les œuvres sociales, de les fonder, de les conduire et de les répandre. C’est le fait d’une Elite, c’est-àdire de quelques-uns seulement, des plus instruits et des plus dévoués, des meilleurs. Les socialistes n'agissent que par une élite; un très petit nombre conduit tout le troupeau ; la masse suit sans même savoir où elle va. Les œuvres sociales honnêtes et catholiques ne se constituent, ne peuvent vivre et prospérer que par le dévouement et sous la direction éclairée de quelques unités sûres qui s'appliquent à telle ou telle œuvre et la développent au fur et à mesure des besoins et des possibilités.

S'agit-il de discerner l’œuvre sociale qui convient à un milieu déterminé et la méthode qu'il faut employer pour installer l’œuvre opportune? C’est l’Elite qui intervient et qui choisit.

S'agit-il de fonder un syndicat, une mutualité, une

caisse rurale? C’est encore l’Elite qui se met au travail et qui fournit des initiateurs et des fondateurs.

Et si l’œuvre sociale était menacée de déformation, de décadence, si elle risquait de manquer son but en devenant l'instrument d’une politique de bon ou de mauvais aloï, comment pourrait-elle se sauver de la ruine et rester dans sa ligne, si elle n’avait auprès d'elle une Elite clairvoyante, désintéressée, énergique, capable, en un mot, de la conseiller, de la diriger, de la maïntenir dans son intégrité première, de la préserver du naufrage?

Pour l’amélioration matérielle et morale de notre cher pays, que n’a pas fait depuis cinquante ans et plus l’Elite de nos hommes chrétiens? Ils se sont appelés Harmel, de Mun, Milcent, Durand de Lyon, et ils ont fondé de magnifiques œuvres sociales : syndicats, mutualités, conseils d'usine, retraites ouvrières ,caisses rurales, etc... On les trouve presque partout ces soldats volontaires de la bonne cause, et l’un d’eux, arrivé au déclin de l’âge, me disait un jour ces belles paroles par où je termine : « Si on savait comme c’est bon d’être bon ! Quand on est apôtre, on ne vieillit pas ». Utilisons l’Elite des hommes chrétiens et l’avenir est assuré, l’avenir des mes et de la France. Le salut par l’Elite !

Page 1