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CHAPITRE PREMIER

Dans la nation et dans la paroisse le salut se prépare, s'opère et se consomme par l’Elite. Mais l'homme n'est-il pas tout entièr dans son berceau et d’où viennent la paroïsse et la nation sinon de la Jeunesse? Remontons le fleuve pour l’étudier à sa source.

L'Enfant est la source la plus lointaine, la plus profonde et la plus authentique de l'humanité en matche. Tant vaut l’enfant, tant vaudra l'avenir. Il tient dans sa petite main lès destinées de la famille, de là patrie et de la religion. Quels foyers, quelles paroisses et quelle France nous. aurions demain avec dés énfants aujourd’hui mal élevés ! Si donc nous ne pouvons pas sauver tous les enfants, tâchons au moins d’en sauver quelques-uns, un groupe, une Elite, dans laquelle peu à peu viendront se recruter

le bon peuple de France et lé zélé clergé des pa-

rôissés.

Recruter sainement le peuple de France.

Avoir une Elite parmi les Enfants est la condition qui s'impose pour recruter sainement le peuple de France.

Puisque l’homme est tout entier dans l’enfant, puisque généralement la maturité se couronne des fruits que l’enfance a élaborés, recueillons et méditons le fait suivant, emprunté à nos annales maritimes, Un vaisseau allait sombrer. Après avoir essayé tous les moyens humains, le capitaine ordonne d'amener les chaloupes de sauvetage. Et, comme il sait qu’en pareil moment la bête humaine prend le dessus et que le sauve-qui-peut va devenir le désastre, il se place à l’échelle avec son second, tous deux le revolver au poing, et il crie : « Le premier qui passe a une balle dans la tête. » Puis, profitant du silence qui suit cette déclaration, il commande : « Maiïntenant, en ordre pour le sauvetage. Et d'abord les enfants ! » Oui, d’abord sauvons les enfants. Plus tard, ce serait trop tard! Attendre l’âge adulte pour faire marcher l’enfant, ce serait en faire un bancal et un cagneux. Attendre l’âge adulte pour en faire un être moral, honnête et religieux, ce serait le perdre à jamais. Et puisque malgré tous nos efforts nous ne pouvons pas les sauver tous, sauvons au moins une Elite.

Le sauvetage des enfants est avant tout l’œuvre des

réside la difficulté la plus angoissuhte des temps pré-

sents. Car d’ün côté on ne peut pas faire grand’chose

pour les enfants sans l'intervention des parents, et d’un autre côté on est souvent obligé de se passer des parents et même de les contrecarrer pour sauvêr

leur postérité. Mais en dérogeant à l'ordre naturel,

on ne le supprime pas, et il reste évident que devant Dieu et devant la société les parents sont les premiers ét les grands responsables de l'éducation et de l’avenir de leurs enfants. Ils sont l'autorité, ils n’ont pas le droit d'abdiquer et ils ont le devoir de commander, de surveiller, de cotriger, surtout de donner l'exemple.

Pères et mères, préparez vos fils et vos filles pour la mission qui les attend, faites-en des êtres de choix qui traceront un sillon lumineux pour y entraîner la multitude des indécis et des égarés ! O familles contemporaines, à travers vos portes mal closes et

vos murs décrépits, ne laissez pas souffler le vent

d'indépendance et de licence qui bouleverse aujourd'hui tant de foyers ! Servir Dieu et son pays : c'est la tâche de tout homme en ce monde. Sauvez vos enfants, qui sont la Religion et la France de demain!

Mais les parents ne peuvent pas tout. L'Ecole vient les aider. Le sauvetage des enfants est l’œuvre conjointe de la Famille et de l'Ecole. Quand la famille fait son devoir, l'école n’a qu’à la continuer et à la compléter. Quand la famille est défaillante, l’école est chargée de la redresser et jusqu’à un certain point de la remplacer. En toute hypothèse le rôle de l’école est important, difficile, délicat, laborieux.

Malheureusement l’école publique, en France, se désintéresse de l'idée religieuse et se réfugie dans une neutralité qui lui enlève toute puissance de vie. Il y à bien l’école privée, l’école libre, l’école chrétienne. Maïs elle est rare, elle recueille à peine un … @illion d'enfants contre quatre millions qui vont aux écoles gratuites de l'Etat. Soumis aux impôts pour subventionner ces dernières écoles, les catholiques doivent s'imposer une seconde fois pour subvenir aux frais de l’école paroissiale. C’est une situation | intolérable, inique, qui, si elle dure, finira par. exterminer l’enseignement primaire libre.

Et enfin reconnaissons que l’école par elle-même, fût-elle irréprochable, excellente, ne peut pas suffire au sauvetage de l'enfance. Elle ébauche le chrétien dans l’écolier, elle ne façonne pas le chrétien complet. Elle donne le savoir, elle n’atteint pas la conscience ; elle donne l'instruction qui fait le breveté, elle ne donne pas les croyances autorisées et fermes, les pratiques sévères et nécessaires qui disciplinent la volonté, qui mettent l'esprit du chrétien dans la lumière et son cœur dans la paix.

Pour le sauvetage des enfants l'intervention du prêtre et du catéchisme est indispensable. « Laissez venir à moi les enfants », a dit le Christ, et depuis vingt siècles les Pères et les docteurs de l'Eglise, les papes, les évêques et les conciles répètent la même parole.

Prêtres de Jésus-Christ, nous aimons et instruisons les enfants et nous pouvons affirmer que jamais, que nulle part ils ne goûteront une saveur morale, une ambroisie spirituelle, je ne dis pas supérieure,

mais égale à celle du petit catéchisme que nous leur mettons dans les mains, dans la tête et dans le cœur.

Nous faisons beaucoup mieux encore. Après avoir purifié leur conscience, nous y déposons Dieu luimême comme en un tabernaële vivant. « C’est ce jour-là, a écrit Chateaubriand, le jour de ma pre- . Mière communion, que j’ai été créé honnête homme. » Et pendant la guerre, en route pour Verdun, le 22 mai 1916, le chef de bataillon, Maurice de Gätelier, s'arrête dans un village où il peut avoir la

* messe. « C’est ce matin, écrivait-il, l'anniversaire de

ma première communion. » [Il avait alors cinquantetrois ans. Mesurez ,si vous le pouvez, ce que sont ces journées de l’enfance chrétienne pour l’homme arrivé au sommet de l’âge ! Elles font pour une vie tout entière les beaux yeux nets, les consciences propres, les cœurs délicats, les corps sains et vigoureux, les enracinés de la morale et du devoir. Sans doute ne sont pas sauvés tous les premiers communiants. Beaucoup sont repris par les passions du dedans ou par les séductions du dehors, beaucoup défaillent, Mais nous maintenons fout de même, au sein de la défection du grand nombre, un capital d'honneur et de courage, un groupe qui ne capitule pas, une Elite saine dans laquelle se recrutera la France de demain. En créant une Elite dans l’enfance, nous préparons un meilleur avenir.

Et ici se pose une question redoutable, Je viens de parler des prêtres qui procèdent au sauvetage de

l'enfance et maintenant je demande : Aurons-nous des prêtres? En aurons-nous assez? Oui nous aurons tous les prêtres qu'il nous faut si nous cherchons

les germes du sacerdoce dans les vies qui commen: cent et si nous donnons à Dieu les êtres du sanctuaire, qu'il attend et qu'Il réclame des générations nouvelles.

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Recruter sûrement le clergé de France.

Avoir une Elite parmi les enfants est la condition qui s'impose pour recruter sûrement le clergé de France.

Depuis la guerre: finie on parle sans cesse et partout de la crise agricole, ou de la crise des changes, ou de la crise industrielle, ou de la crise des écoles normales primaires. Parlons un peu de cette autre crise dont l’avenir de l'Eglise de France est l’enjeu, de la crise des Vocations sacerdotales. Si déjà en 1878, celui qui fut plus tard Monseigneur Bougaud, pouvait écrire la célèbre brochure : Le grand péril de l'Eglise de France, quel livre poignant il écrirait aujourd’hui sur le même sujet ! Nous avons si peu de prêtres et il nous en faudrait tant pour les paroisses, pour les collèges chrétiens, pour les œuvres de jeunesse, de presse et de propagande, pour les œuvres sociales, pour les missions à donner soit à l’intérieur du pays, soit au dehors chez les nations infidèles ! Que Dieu donc nous donne, je ne dis pas des vocations ecclésiastiques, car elles abondent certainement dans toutes les classes de la société, mais

que Dieu nous donne des familles et des prêtres qui se préoccupent des vocations, qui les discernent et les favorisent ! Tout l'avenir de l'Eglise de France est là, dans le recrutement du clergé.

C’est Dieu qui choisit les enfants prédestinés au sacerdoce. Au xx° siècle, comme au début de l’Eglise naissante, retentit la parole de la Vérité éternelle : « Ce n’est pas vous qui m'avez choisi, mais moi qui vous ai appelés ! » Ceux donc qui n'ont pas entendu cet appel divin doivent se tenir à l’écart. Toute voca- . tion sacerdotale vient de Dieu. Et quand la vocation sacerdotale est connue, constatée, sérieusement contrôlée, suffisamment authentique, il ne reste plus qu'à se mettre à l’œuvre pour la cultiver et la faire éclore, il ne reste plus à la famille qu'à se conformer à la volonté de Dieu.

Ce sont les parents qui présentent les enfants destinés au sacerdoce. Ils ont soin d’abord de ne pas les détourner du sanctuaire qui les réclame. Ils les donnent volontiers au commerce, à l’industrie, à l’agriculture, à l’armée, à la marine, aux fonctions administratives et aux professions manuelles. Pourquoi les refuseraient-ils à la religion, à l'Eglise, au ministère ecclésiastique, plus obscur, mais incomparablement plus haut que tout autre ministère? Le clergé doit se recruter dans toutes les classes sociales, puisqu'il est appelé à les évangéliser toutes.

Il est bien vrai qu'au point de vue matériel le clergé de France à une situation moins que lucrative. Qu'importe? Dieu qui veut des prêtres saura bien leur donner le nécessaire et les catholiques de France

auront assez d'intelligence et de dévouement pour leur assurer le morceau de pain indispensable. Que les familles chrétiennes fassent leur devoir et la bonne Providence fera le reste.

On ne résiste pas à Dieu. Dès qu’elle apparaît sérieuse dans les premières années de l'enfant, la vocation doit être respectée et les parents évitent de la contrarier, Ils font mieux. Ils n’épargnent rien pour la mettre en valeur, pour favoriser sa croissance et son plein épanouissement. Qu'est-ce qu’un diamant brut? C’est une pierre. Taillez-la ; c’est un joyau. Que font les parents? Ils travaillent et polissent le diamant brut, c’est-à-dire l’enfant qui a la vocation, et ils ébauchent en lui le joyau, c'est-à-dire le prêtre de l’avenir. Au lieu de tuer une vocation naissante, ils la vivifient et la développent et, pour ne pas se tromper en matière aussi délicate, ils demandent à des prêtres expérimentés de les éclairer et de les guider.

C’est le prêtre qui, de concert avec les parents, discerne les enfants destinés au sacerdoce. Au milieu des bonnes familles de sa paroisse, il cherche les jeunes âmes que Dieu a marquées pour le service des autels ; il cherche l’empreinte divine laissée par la main de la Providence sur ces âmes de choix ; il essaie de reconnaitre dans l'enfant les signes de la vocation qui se ramènent à deux : l’aptitude et l’attrait. Souvent dans un jeune chrétien pieux, intellisent et pur, il éveille le désir du sacerdoce ou il provoque le premier aveu d’un désir secret que la timidité avait jusque-là retenu au fond de l’âme discrète et lente à s'ouvrir. Puis, ce travail de discer-

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"nement une fois accompli, il se met à l’œuvre et il prépare avec amour dans l’enfant d'aujourd'hui le prêtre de demain,

C’est le prêtre principalement qui cultive les enfants destinés au sacerdoce. Parmi ces petits qui forment l’Elite de l’école et du catéchisme et qui font concevoir les meilleures espérances, il y en a quelques-uns, deux ou trois, qui sont l’objet particulier de sa sollicitude et de son labeur, parce qu'ils apparaissent à ses yeux comme de futurs prêtres. Il corrige leurs défauts naïssants. Il les forme avec soin aux cérémonies liturgiques. Il développe leur instruction religieuse. Il leur inculque le goût et les habitudes de la piété. Il leur suggère les pratiques les plus propres à augmenter en eux la vie chrétienne. Il leur inspire une profonde dévotion à Jésus-Eucharistie, un vif sentiment de sa présence au saint autel, un amour très éclairé et très intense de la messe et de la communion. Il leur fait comprendre la différence qu'il y a entre savoir sa prière et savoir prier, entre la récitation des formules et l’entretien intime de l'âme avec Dieu. Et surtout il dirige et faconne leur conscience, il leur donne une conscience faite de droiture, de force et d’humilité, une conscience qui met le devoir avant tout, qui s’assujettit librement à la loi du sacrifice et qui va chercher dans la grâce divine le remède à sa faiblesse

naturelle.

Les enfants d'aujourd'hui sont les jeunes gens de demain et les hommes d’après-demain. En cultivant l'Elite parmi les enfants nous accomplissons une

œuvre de capitale importance. Nous concourons grandement au relèvement de nos populations dé- … christianisées. Nous commençons par la base l’éducation populaire et nous ressaisissons un monde qui échappe à la vérité et à la vertu. Nous préparons de vaillantes recrues pour nos œuvres de jeunesse, pour nos paroisses, pour la société tout entière. Nous recrutons sainement le peuple de France. Mieux que cela, Nous recrutons sûrement le Clergé de France. Car nous ne pouvons pas ignorer que les lointains préludes du sacerdoce sent dans les berceaux, dans les enfants, dans l’Elite des enfants.

Tout dépend ici-bas de son commencement, Sur ces premiers matins veillons pieusement !

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