CHAPITRE HUITIÈME L'ELITE DANS LA JEUNESSE FÉMININE
Il est évident qu'il faut avoir aujourd’hui une Elite de jeunes gens pour avoir demain une Elite d’hommes qui seront les sauveurs et les reconstructeurs de nos familles, de nos paroisses, de notre pays tout entier.
Mais nous n'avons rien dil jusqu'ici qui s'adresse directement à la Jeunesse féminine. Et cependant ces jeunes filles de 15 à 20 ans ne sont plus des enfants à l’Ââme superficielle et oublieuse. Ce sont des créatures responsables et inquiétantes qui vont devenir ouvrières, épouses, mères, maîtresses de maison, éducatrices et dans lesquelles par conséquent s’enracine et germe tout l'avenir. Il faut aviser. Il faut les préserver, les sauver, les armer. Il faut parmi elles susciter une Elite.
L'ensemble de la Jeunesse féminine.
Considérons d’abord l’ensemble de la Jeunesse fé-
minine, Si nous voulons maintenir nos traditions chrétiennes, dont les femmes de France gardent au-
jourd'hui et jettent dans le cœur de leurs enfants la divine semence, il est absolument nécessaire que se dresse chez nous une Elite de jeunes filles éminentes au triple point de vue de l'instruction religieuse, de Ja piété et du zèle. Parfaitement instruites de la reli-. sion, elles sont capables non seulement de garder leur foi, mais encore de la défendre, de la venger, de la faire respecter et de la propager. Profondément pieuses, elles constituent dans le monde la minorité forte qui rayonne par l'exemple et qui crée l’entrai nement vers le bien. Animées d’un saint zèle, elles arrachent la foule indécise et inerte à la servitude du respect humain et de l'indifférence et elles attirent les âmes faibles au service de Dieu.
Créer une Elite, c’est l'idéal. Mais comment eréer cette Elite? Une mère de famille seraït en pleine illusion si elle s’imaginait qu'il suffit de conduire sa fille à la messe le dimanche pour en faire une vraie chrétienne. I] faut à notre jeunesse contemporaine! plus et mieux qu'une simple messe hebdomadaire. F1 lui faut un catéchisme de persévérance régulier, animé, vivant, intéressant et suivant l’enfant de sa 13° année jusqu’à ses 20 ans. Il dure une heure. Il se compose d’une série d'exercices, dont les deux principaux sont l'instruction et l’exhortation. [La prière en commun ouvre et ferme chaque séance. Des avis multipliés, très courts, très précis, très incisifs, très pratiques sont adressés à l'auditoire. On chante de beaux cantiques. En trois ou quatre ans les persévérantes voient défiler devant elles toute la doctrine chrétienne. Elles écoutent, prennent des notes, font un résumé écrit, une analyse. De temps
en temps le catéchisme a ses fêtes, marquées par une communion générale. Quelle féconde institution ! Est-elle cependant suffisante? Nous ne le pensons pas. Une jeune fille qui serait fidèle au catéchisme de persévérance jusqu’à son mariage aurait bien des chances de rester chrétienne toute sa vie. Mais pour faire partie de l’Elite, il lui faut plus et mieux.
Elle entre dans la Confrérie des Enfants de Marie,
où sa piété reçoit une culture intense et un magni-
fique épanouissement. La Congrégation des Enfants de Marie forme une Elite parmi lés jeunes filles. Elle choisit les meilleures, les plus ferventes et elle les dresse à la pratique des vertus les plus élevées. Par des réunions régulières, par la réception fréquente des Sacrements, par une sorte de gymnastique spirituelle très étudiée et très tenace, elle perfectionne ce qu'il y a de mieux dans une paroisse. Créer une Elite et l’améliorer sans cesse, sanctifier à fond un certain nombre d'âmes et en faire un faisceau puissant, un foyer ardent, une pépinière en pleine sève, une minorité dynamique : telle est la fonction de la Congrégation. « Allumez, dit Mgr Dupanloup, entretenez, activez dans ces âmes la sainte flamme du zèle, et vous verrez des merveilles... Les trois grands moyens pour ressusciter le Christianisme, presque éteint dans de malheureuses paroisses, sont ceux-ci dont je voudrais graver les formules en lettres d’or, dans tous les presbytères des villes et des campagnes :
« Former des groupes d’âmes vraiment et solidement chrétiennes selon l'Evangile : c'est le premier moyen.
« Inspirer à ces âmes chrétiennes l'esprit de zèle : c'est ie second moyen.
« Se faire de ces mêmes âmes de généreux auxiliaires pour en gagner d’autres à Jésus-Christ : c’est. le troisième moyen.
« À cela, je l’affirme, rien ne résistera, et il ne faudra que du temps pour régénérer nos paroisses en y renouvelant, par un progrès lent peut-être, mais certain, le Christianisme véritable. »
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La Jeunesse féminine des classes populaires.
Et maintenant considérons en particulier la Jeunesse féminine des classes populaires. Cette Jeunesse est le nombre, l'immense majorité, et nous savons les périls qui la menacent dans la rue, à l'atelier, souvent même dans la famille.
Dans la rue, ne ferait-elle qu'y passer, la jeune fille du peuple est en danger sinon de perdre son innocence, au moins d'en altérer la fleur.
L'atelier, la plupart du temps, est comme le carrefour où se concentre, en augmentant sa virulence, le poison qui circule dans la rue.
Si la vie de famille existait encore, si le père et la mère s’occupaient de ceux et de celles dont ils ont la charge, si parents et enfants trouvaient le dimanche au foyer l'intimité, les délassements tranquilles et les mœurs patriarcales qui protègent
L'ÉLITE DE LA JEUNESSE FÉMININE 297 contre les tentations du dehors, si la famille était ce qu'elle doit être, les OEuvres de jeunesse seraient inutiles et pourraient même être réputées dangereuses. - Mais nous ne le savons que trop, à cause de la disparition presque totale de la vie de famille, le dimanche est devenu à peu près partout le jour de la dispersion et de la corruption.
Et les temps mauvais que nous traversons n'étant pas près de finir, il est absolument nécessaire, pour éloigner les dangers de la rue, pour neutraliser les influences de l’atelier et pour remédier aux insuffisances de la famille, il est absolument nécessaire d'offrir aux jeunes filles du peuple une protection, un abri, un patronage, une œuvre de persévérance, capables de sauver au moins une Elite.
Là elles se défendent contre les tentations de la rue et de l'atelier, contre l'indifférence ou l’immoralité de la famille, contre les mauvaises compagnies, les bals, les cinémas ou autres endroits de plaisirs publics où une vraie chrétienne rougirait de se
trouver.
Là, pour se défendre plus sûrement, elles se groupent, elles se lient par les liens d’une sainte amitié. Se soutenant les unes les autres et se surveillant pour ainsi dire mutuellement, elles affrontent la lutte et en sortent plus facilement victorieuses.
Là, après une semaine de travail assidu, elles trouvent des délassements honnêtes, des jeux variés et mille moyens de se détendre et de s’encourager. Soirées de famille qui font la joie des parents autant que celle des enfants, réunions hebdomadaires avec jetons de présence, ventes trimestrielles, grande pro-
menade annuelle : rien n’est épargné pour les égayer, les épanouir, les ensoleiller, Maïs tous ces plaisirs sont calmes, innocents, reposent le corps sans inquiéter l’âme et distraient l'esprit sans souiller la conscience.
Car avant tout elles se forment à la piété et à la. vertu et elles reçoivent cette formation chrétienne qu’elles n’ont pas eu le bonheur de recevoir dans la famille. Elles assistent aux oftices de la paroisse, elles font la communion fréquente, elles suivent un règlement, dont l'élément moral et religieux est le fond et la trame obligatoire. Ce qui d’ailleurs n'exclut pas les œuvres annexes, telles que : chœur de chant, bibliothèque, ouvroir, atelier de couture, cercle d’études, enseignement ménager, caisse dotale, œuvre du trousseau, mutualité et le reste.
Autant que possible on leur donne une éducation complète. Dans le sens le plus large et le plus sacré du mot, les Directrices du patronage sont des mères et de vraies éducatrices. C'est une religieuse, une dame pieuse, une châtelaine, une chrétienne qui a du temps, du cœur, du talent, de la foi, de la piété à mettre au service de Dieu et des âmes. Femmes chrétiennes, appliquez-vous à la protection de la Jeunesse féminine et, après des dimanches très chargés où vous aurez donné tout votre zèle et toutes vos forces, on vous entendra dire : « Oh ! quelle bonne journée je viens de passer ! » Vous aurez le cœur dilaté et vous aurez trouvé le bonheur pour vousmêmes en essayant de le donner aux autres.
Lyc
La Jeunesse féminine des classes dirigeantes.
Disons un mot en terminant de la Jeunesse féminine des classes dirigeantes. Là encore, là surtout il y a du bien à faire, et il importe de susciter une Elite. Ces jeunes filles du monde auront plus tard une influence considérable, soit à leur foyer, soit dans la société. Ne pas les éduquer à fond serait un malheur irréparable.
Qu'était-ce que la religion de Georges Sand? Un rêve pieux, une sentimentalité mystique. Elle parle avec émotion du couvent où elle a été élevée comme « d’une vaste et douce prison ». Elle parle de sa dévotion qui avait « tout le caractère d’une passion ». Elle songe même à entrer en religion et elle l’eût peut-être tenté sans la sage prudence d'un jésuite, son confesseur, qui l’en détourna. De même Sarah
Bernhard est pensionnaire dans le couvent de Grand-
champ, à Versailles. « Douée d’une extrême sensibilité, dit-elle, la légende chrétienne me prit à la
fois l'esprit et le cœur. »
Les fantaisies religieuses de Sarah Bernhard et de Georges Sand se retrouvent dans l'éducation de beaucoup de jeunes filles de notre temps. Leur piété
sensible ne repose pas sur une connaissance suffi-
- sante des choses de Dieu, et leur religiosité vague
tantôt s’effeuille promptement comme une fleur dont le vent disperse les pétales, tantôt sombre en une
fois comme un arbre sous les coups de la cognée. On. ne saurait trop déplorer le sort de tant de jeunes.
filles du monde dont la formation religieuse est restée tout à fait incomplète et insuffisante et qui, au premier choc de l’objection ou de la tentation, sont désarmées et vaincues, quelquefois précipitées dans
les derniers abîmes de l'indifférence, de l’impiété,
de la démoralisation.
Il est nécessaire de se préoccuper beaucoup de l'éducation des jeunes filles de la classe dirigeante, de les préparer sérieusement à l’état de vie, aux luttes et aux responsabilités qui les attendent, de cultiver leur esprit et leur cœur, et d’abord de leur donner des convictions religieuses très solides et très éclairées. À 17 ans, la jeune fille qui a ses brevets, qui sort du cours ou de la pension est à un moment unique et incomparable de sa formation intellectuelle. C’est l'heure où toutes ses facultés attendent et appellent une culture plus haute, l'heure où elle est excellemment préparée pour faire profiter son esprit, son imagination et son cœur de tout ce que le génie chrétien a produit d’immortel dans la littérature, dans l’histoire, dans l’art, dans le domaine des idées morales. C’est l'heure de mettre en valeur, en les orientant vers le Christianisme, les facultés que Dieu lui a données pour les perfectionner, non pour les atrophier.
Et puis ,si nous ne faisons pas tout au monde pour que les jeunes filles chrétiennes honorent leur foi par leur science, pour qu'elles tiennent le premier rang dans le grand développement intellectuel au-
quel désormais la femme ne peut plus demeurer
étrangère, pour qu'un enseignement religieux très fort consolide chez elles les idées, les traditions dont les femmes françaises ont été jusqu'ici les incorruptibles gardiennes, nous les aurons mal préparées à l’admirable tâche à laquelle elles sont appelées dans la société et dans la famille, nous aurons laissé conquérir par d’autres, au grand détriment des générations à venir, des positions qu'avec plus de prévoyance il eut été facile de conserver.
D'une façon ou d’une autre, par l’enseignement oral ou pour le moins par des lectures sagement dirigées, sérieuses et variées, donnons aux jeunes filles du monde la culture intellectuelle dont elles ont particulièrement besoin et suscitons parmi elles une Elite, une Elite de science religieuse.
Mieux encore, une Elite de vraie piété, de charité et de zèle. Formons autour de chaque clocher une Elite de femmes chrétiennes qui seront, dans nos foyers et dans notre France, les servantes de Dieu, les ouvrières du bien, la fierté de l'Eglise, le salut de
l'avenir.
} Je les vois pendant les années de leur adolescence et de leur jeunesse, qui sont des années décisives, années du printemps qui annonce la moisson, années du matin qui annonce un beau jour.
Elles prennent au sérieux l’amour de Dieu et elles le réalisent dans leur vie quotidienne, par l’habitude de la prière, par la droïture de l'intention, par la pureté de la conscience, par la fuite du mal, par la pratique intense du sacrifice.
Elles identifient l’amour du prochain avec l’amour de Dieu et elles sont admirablement charitables.
Elles font l'apprentissage de la bienfaisance et du dévouement. Elles apprennent à connaître la misère, à ne point s'endurcir, à ne point se croire inaccessibles aux coups de la fortune, Klles s’exercent, autant qu'elles le peuvent, à soulager les infortunes d'ordre matériel et d'ordre moral. Riches ou simplement aisées, elles s’habituent à ne pas vivre uni-, quement pour elles-mêmes, mais pour Dieu et pour le prochain.
Elles ont du zèle. On les voit avec édification confectionner des vêtements pour les indigents ou des ornements pour les églises pauvres, — rivaliser d’activité avec leurs pieuses mères pour protéger les écoles libres et pour surveiller les jeunes apprenties, — se faire catéchistes volontaires pour préparer Îles enfants à la première communion et les protéger ensuite jusqu'au sein du patronage, — s'occuper de la tenue d’une école ménagère, de la fondation d’une caisse dotale ou d’un syndicat féminin, de la diffusion des bons livres, des œuvres de la Propagation de la foi et de la Sainte-Enfance, — se livrer, en un mot, à toutes les initiatives d'ordre religieux et social qui conviennent à leur sexe, à leur âge et à leur condition.
L'Elite de la Jeunesse féminine à un grand rôle à jouer dans notre relèvement familial, paroiïssial et national. Que Dieu nous aide à façonner et à augmenter cette Elite! Qu'elle croisse en quantité et en qualité ! Et que par elle sonne bientôt l'heure du salut pour les âmes converties et pour la masse : revivifiée !