OMAN EN ENS LE
d'Hulst étale le côté humain, philosophique et positif de l'Evangile et force les esprits sincères à dire c’est bien, donc c'est vrail
Saluons au passage toutes ces paroles d'élite et tant d’autres qui les égalent ou s’en rapprochent, et ne ménageons ni notre admiration ni notre reconnaissance aux orateurs sacrés ou profanes qui sont icibas les propagateurs du vrai et du bien, qui sauvent en même temps les âmes de la damnation et les peuples de la décadence.
La parole sacrée.
La parole sacrée mérite une mention spéciale, La hiérarchie catholique est une Elite qui parle sans cesse et partout, avec autorité et succès. Les cultes | anciens ne parlaient pas. Les schismatiques grecs sont muets et les évêques anglicans sont plutôt de gros rentiers que de vrais prédicateurs. Les philosophes parlent sans doute et font même beaucoup de bruit, mais ils me s'entendent pas et sont incapables de rédiger un symbole. L'Eglise catholique, au contraire, est une immense tribune ouverte à l’éloquence et jamais institution n'a tant parlé, tant provoqué la réflexion, imprimé à la pensée une activité aussi grande, aussi universelle, aussi féconde. Et chose unique, sa parole est la parole même de Dieu conservée et expliquée, donc infaillible, inva
L'ÉLITE QUI PARLE 65 riable, suffisante et nécessaire à toutes les âmes et à tous les peuples.
Au sommet de la hiérarchie, la parole sacrée émane du Pape qui la fait retentir jusqu'aux extrémités du monde. Qui parla jamais autant et mieux que Léon XIII, notre grand Pape d'hier? Que d'idées 1l a jetées dans le sillon, qui ont paru y mourir, mais pour renaître plus fortes, plus vivantes, plus efficaces!
Au centre de la hiérarchie, voici les Evêques unis au Pape. La parole sacrée s'échappe de leurs lèvres à flots intarissables. Les ennemis de Dieu et du bien ne redoutent rien tant que le son de leur voix. Gambetta, à la mort de Mgr Dupanloup, disait : « C'était le seul homme que je redoutasse, nous en voilà délivrés. »
Enfin, à la base de la hiérarchie, le clergé paroissial se groupe et se presse autour des Evêques. Allez recevoir la parole sacrée de ce modeste prêtre,
| Homme obscur et sans nom, humble vase d'argile, | Mais rempli jusqu'aux bords des sucs de l'Evangile, Où la sagesse humaine et divine, à longs flots, Dans le cœur altéré coulent en peu de mots, Où chaque âme, à sa soif, vient, se penche et s’abreuve….
Oui, chaque âme, âme de tout siècle et de tout pays, âme de tout Âge et de toute condition et de toute envergure. Semblable au soleil qui verse sa lumière et sa chaleur sur le brin d’herbe aussi bien que sur le chêne, dans les plus basses vallées comme sur les plus hauts sommets, la parole du prêtre s’accommode par sa simplicité aux intelligences les plus humbles en même temps qu'elle est capable de captiver par sa grandeur les esprits d'élite, avides de hautes et profondes spéculations,
des choses. En matière religieuse, un simple cur de campagne est généralement mieux renseigné qu’un membre de l’Institut, et même si son intelligence est, modeste, ses affirmations ne sont pas sans valeur. Hiérarchisé comme il l’est, il échappe au péril de l’erreur. Il a une doctrine, Il a toujours quelque chose de solide et de substantiel, de surnaturel
et de divin à mettre sous la dent de ses auditeurs. … Par les vérités qu'il annonce et par l'autorité dont il est revêtu, le prêtre est forcément éloquent, plus éloquent que Platon, Aristote, Cicéron, plus éloquent que tous les orateurs d’Académie et de Parlement, - Dans Ja chaire c’est l’Elite qui parle. La masse ne
trouvera jamais dans son journal dégusté chaque
matin la substance de vérité qui descend chaque di-
manche des lèvres du clergé paroissial. Respect, re- | connaissance, docilité à la parole sacréel
foot
La parole laïque.
Mais si le prêtre a le monopole du sermon, il n’a pas le monopole de la parole chrétienne, et la parole chrétienne peut être et doit être souvent une parole laïque.
Le prêtre fait entendre sa voix à l’église. Or il y a des milliers et des milliers de personnes qui ne | viennent pas au pied de sa chaire et qui, par consés
quent, n’entendent jamais la parole de Dieu. fl fau- drait la leur porter en dehors des églises, dans les salles profanes où l’on aurait quelque chance de les attirer et de les rencontrer. Le clergé n’est pas en nombre pour suffire à une si lourde tâche. Et d'’ail- leurs certains milieux lui sont impénétrabes., Qui
donc ira où le prêtre ne va pas, où le prêtre ne peut pas aller’ Qui donc parlera à . ceux que le prêtre n'’atteint pas, ne peut pas at- » teindreP Les laïques. Le laïcisme est plus que ja- Mais à bannir, et l’action, la parole des laïques est plus que jamais nécessaire.
Sans doute on ne peut pas demander à tous les hommes d’être des écrivains et des orateurs reli gieux. Mais dans la minorité cultivée qui a le bon- heur d’avoir le talent, la fortune, le loisir et la foi, il se rencontre toujours un bon nombre d'hommes - qui n’ont qu'à le vouloir pour mettre leur parole
et leur plume au service de la vérité. De tout temps nous avons eu une Elite de laïques très intelligents, quelques-uns très illustres, qui ont défendu éloquemment la religion. Au xvn° siècle, est-ce que Pascal n’était pas un laïque, un homme du monde, en même temps qu'un effrayant génie et un puissant croyant? Est-ce que Descartes n’était pas un homme du monde aussi, un profond penseur, un philosophe qui creusa les fondements de la certitude jusqu'aux abîmes ? Nous en avons eu dans tous les siècles.
Et nous en avons aujourd’hui plus que jamais peut-être. Hier, au x1x° siècle, on a vu des laïques faire un bien immense à la religion et aux âmes. Ils s’appelaient Chateaubriand, de Maistre, Monta-
lembert, Veuillot, Auguste Nicolas, Chesnelong, Albert de Mun, et ils se présentaient vaillamment sur la brèche pour la défense de nos croyances incomprises et attaquées, ils infligeaient à l’ignorance et à l’impiété de sanglantes défaites, et leur parole écrite ou parlée opérait de nombreuses conversions.
Et la dynastie de nos laïques aptes à manier la parole n’est pas épuisée. Elle se continue sous nos yeux. Nous n’en sommes plus au temps où Louis XVI disait de Ducis succédant à Voltaire à l’Académie : « Enfin nous avons vu un chrétien à l’Académie! » On ne compte plus à l'heure présente les membres de l’Institut qui sont en même temps des représentants de la science et des propagateurs de la religion. En ces temps derniers, au sortir du palais Mazarin, M. R. Bazin entendait deux individus qui se disaient l’un à l’autre : « Que c’est ennuyeux! Il y a trop d’hommes de talent qui sont catholiques en France. » L’apostolat par le verbe des laïques fait partie de nos mœurs nouvelles. On n’entend parler de tous côtés que de conférences données par des jeunes gens instruits où par des orateurs de talent qui subjuguent et entraînent à leur suite les intelligences les moins préparées, les auditoires les plus populaires. Les femmes elles-mêmes entrent dans ce beau mouvement, et partout nous Voyons se dresser des conférencières qui, dominant la timidité naturelle à leur sexe, usent leur âme et leur vie d’apôtres à jeter la semence divine et à répercuter partout les oracles de la parole sacrée.