CONCLUSION
De tous les chapitres précédents, il résulte que le salut social est dans le christianisme. Vraie pour tous les peuples, cette conclusion l'est plus encore pour la France.
Mais ce christianisme sauveur doit être sincère, éclairé, agissant, efficace, fécond en œuvres sociales et en réformes, celles que réclament nos besoins et que comporte notre époque.
Les avons-nous indiquées suffisamment dans les pages précédentes ? Ce qui nous le laisse espérer, c'est que nous avons moins exposé des idées personnelles que fait la synthèse des idées approuvées déjà par les plus hautes autorités et confirmées par l'expérience. Syndicats et corporations, retraites ouvrières, mutualités de toute sorte, caisses rurales, Tiers-Ordre et confréries, pèlerinages, association chrétienne du commerce et de l'industrie, protection des faibles et du foyer domestique, création des jardins ouvriers, secrétariat du peuple, restauration de la famille chrétienne, patronages et cer-
des d'études, conférences populaires, œuvre de la bonne presse, enseignement chrétien à tous les degrés, etc. : tous ces moyens de salut social, nous en reconnaissons hautement la valeur ; et le but particulier de cet ouvrage, c'est d'assurer leur efficacité, en les concertant dans la cité chrétienne. Disons même que celle-ci a déjà été esquissée, par exemple au Val-des-Bois, et dans quelques autres établissements modèles, qui font le plus grand honneur aux patrons et aux ouvriers chrétiens.
C'est donc à créer la cité chrétienne et à la multiplier sur tous les points du pays que .doivent s'appliquer immédiatement nos efforts.
L'idéal religieux et patriotique à poursuivre est déjà tout entier dans la première cité, qui sera créée demain si on le veut. Son existence serait la justification de nos espérances et de nos principes, une indication précieuseet un exemple entraînant, donnés à tous les gens de bien. Que de dévouements paralysés par le doute et l'incertitude? Que de for- .ces intellectuelles et morales qui languissent, mais qui trouveraient aussitôt leur emploi !
Car, malgré ses épreuves, ou peut-être même à cause d'elles, la France chrétienne n'a jamais moins manqué de bonnes volontés, prêtes à toutes les œuvres, à tous les sacrifices. Ni les prêtres séculiers, ni les religieux, ni les chrétiens d'élite ne sont
au-dessous des plus ^ijrandes entreprises. La sainteté n'existe pas moins dans la masse du peuple chrétien, à l'état ditVus, pour ainsi dire ; un exemple éclatant, une impulsion surnaturelle peut la concentrer sur divers points et la faire briller de toutes parts.
Nous pouvons donc ne renoncer à aucune de nos espérances, si nous concertons nos moyens de salut et utilisons toutes nos ressources. Or nous y réussirions en restaurant la famille française par les cités chrétiennes.
Trop longtemps peut-être on a vécu des fruits de la famille chrétienne, sans la cultiver, la soutenir et la protéger assez elle-même. Elle a fourni des vocations à l'Eglise et des défenseurs au pays ; elle a conservé à la France l'esprit chrétien et les bonnes mœurs, pratiqué les vertus de probité, de travail et d'économie, qui font la richesse des nations et assurent leur avenir. Epuisée à son tour, menacée dans sa foi, dans ses ressources les plus indispensables et jusque dans sa fécondité, elle est sur le point de faiblir et de tout entraîner dans sa ruine. L'œuvre capitale, tant au point de vue social qu'au point de vue religieux, c'est de la restaurer par les cités chrétiennes.
Et qu'importe que la législation et le pouvoir soient peu favorables en ce moment à cette entre-
prise, pourtant si démocratique ! Il nous reste encore assez de libertés pour y réussir. Et puis l'œuvre ne tarderait pas à s'imposer par ses bienfaits et par ses exemples : elle se concilierait des concours toujours plus puissants et nous aiderait à reconquérir toutes nos libertés.
L'œuvre est grande, sans doute, et paraît même surpasser toute force humaine, si on la considère à son terme et dans son plein épanouissement. Aussi est-ce de la miséricorde et de la puissance divines qu'il faut espérer le succès, qui serait le salut social, la liberté de l'Eglise et la prospérité de la France. Mais le proverbe n'en reste pas moins vrai : Aide-toi et le ciel t'aidera ! Dieu veut bien se servir des efforts de chacun pour accomplir ses plus grandes œuvres. Et puis le commencement n'est-il pas déjà. Dieu aidant, à notre portée? Que faut-il pour faire le premier pas et créer la première cité chrétienne? Le concours d'un certain nombre de familles foncièrement chrétiennes et celui de quelques hommes capables de les diriger et dignes de les soutenir.
Dira-t-on que l'œuvre électorale et de la bonne presse doit concentrer en ce moment tous nos efforts ? C'est aussi notre conviction. Mais avec quel programme, plus démocratique et plus sincère que celui-ci, irons-nous aux électeurs ? Le plus sûr
moyen de mériter leurs suffrages ne serait-il pas d'en entreprendre, avec une franchise indiscutable, la généreuse exécution ?
On nous objectera encore que nombre de catholiques ne sauraient accepter ces idées et conçoivent d'une toute autre manière le salut social, avec la liberté de l'Eglise. Certes, nous ne leur contestons point la liberté d'opinion et d'action que nous revendiquons pour nous-même, à la condition toutefois qu'ils ne prétendent pas faire œuvre de catholiques en refusant de se placer sur le terrain constitutionnel et d'obéir aux autres directions pontificales. Mais les dissentiments particuliers et accessoires qui peuvent nous diviser encore, ne rompent point l'union vraiment libérale qui doit réunir, aux prochaines él-ections, contre la tyrannie des sectaires, non seulement les catholiques, mais encore tous les honnêtes gens. Unis cordialement à ces concitoyens généreux et patriotes, venus de tous les points de l'horizon et combattant pour la même cause nationale, nous ne renonçons point pour cela à aucune partie de notre programme ; et notre espoir est de le faire agréer, par tous nos alliés d'aujourd'hui, voire même par nos adversaires, dans un prochain avenir. Or c'est par l'action et par l'exemple, beaucoup mieux que par la théorie, que nous espérons y parvenir.
Nous livrons ces pensées au lecteur qui jusqu'au bout aura lu ces pages avec bienveillance. Elles ont été écrites par un philosophe chrétien qui croirait manquer à son devoir, s'il ne faisait converger de quelque manière toutes ses études vers ces questions sociales, pour aider à leur solution, quelque faible que soit Tappoint de ses efforts.