I. La Maison à bon marché
(La Cité Gabrielle)
La Cité Gabrielle, fondée par M. Féron, à la générosité duquel tout le monde rend hommage à Dunkerque^
DOCTEUR GUSTAVE LANCRY
s’inspire du « principe mis en pratique a Paris par la Société Philanthropique : Fondation de MM. Heine, Capitalisation des loyers pour arriver à des constructions successives ». 11 lui fallait, pour aboutir, le concours d’une personne morale le fondateur trouva en l’Administration des hospices de Dunkerque. Cette Administration mit gracieusement à la disposition de M. Féron les terrains nécessaires, sous promesse de devenir par la suite propriétaire des maisons.
Je ne puis mieux faire pour exposer l’économie de la Cité Gahrielle que d’emprunter le texte du discours de M. Féron lors de l’inauguration solennelle
Le Lundi 19 Juin 1893, à trois heures, M. Féron, membre de la Commission Administrative des Hospices, a remis officiellement à M. le Maire de Dunkerque les huit maisons qu’il a fait construire à Rosendael.
Etaient présents : M. G. Picot, Président de la Société Française des Habitations à bon marché ; M. Gustave Lemaire, Maire de Dunkerque, ses Adjoints, un grand nombre de Conseillers Municipaux, des Membres du Tribunal et de la Chambre de Commerce, les architectes MM. Lecocq et Morel, les notabilités de la ville et beaucoup de dames.
M. Féron reçoit les invités et leur fait visiter les divers groupes de maisons qui offrent un coup d’œil charmant et dont les façades en briques ne manquent pas d’un certain cachet artistique.
Après la visite de ces habitations, l’assistance s’est rendue dans l’une des salles du nouvel Hospice, situé en face de la cité ouvrière.
» Habitations ouvrières de la Cité Gahrielle pages 26 et 27.
M. le Maire prie M. G. Picot de prendre la présidence.
M. Picot déclare la séance ouverte et donne la parole à M. Féron.
M. Féron commence par remercier les personnes présentes et particulièrement M. le Président de la Société Française des Habitations à bon marché, qui n’a pas reculé devant les fatigues de ce voyage pour venir présider cette inauguration.
« Je ne vous ferai pas de discours, ajoute-t-il ; je vous demande seulement la permission de vous citer quelques faits et quelques chiffres.
Il y a des vérités incontestables, incontestées aujourd’hui : Le ^ogement insalubre est le pourvoyeur du cabaret. Le cabaret détruit la vie de famille.
L’ouvrier doit réserver chaque semaine pour son loyer la valeur d’une journée de travail (Le loyer de ces petites maisons a été en conséquence fixé à quatre francs par semaine).
il faut un jardin d’au moins 8o mètres carrés pour occuper les loisirs du père de famille. (Nous affectons à chaque maison un petit jardin de 150 mètres carrés environ)..
Voici comment j’ai été amené à m’occuper de cette œuvre :
En visitant l’exposition de 1889, j’ai remarqué le type de la maison de M. Fanien, qui a obtenu l’une des premières récompenses.
Quelques mois plus tard, je lisais un article de journal rendant compte de la fondation de M. Heine. (Habitations économiques de la Société Philanthropique et Capitalisation des loyers pour arriver à de nouvelles constructions successives).
En 1890, j’ai pris des renseignements à Paris, et tout le monde m’a dit : adressez-vous à M. Picot. Je me suis adressé à lui et j’ai rencontré un accueil si bienveillant que je ne puis en souhaiter de meilleur à toùs les solliciteurs.
DOCTEUR GUSTAVE LANGRY
M. Picot a bien voulu m’encourager et je me suis mis à l’œuvre : j’ai visité beaucoup de cités ouvrières ; j’ai surtout admiré celle de M. Thiriez, à Loos, puis la maison de M, Ch, Lagasse, Directeur des Ponts-et-Chaussées, à Bruxelles ; enfin, dans La Misère (de M. I. Siegfried), j’ai trouvé les plans de la Cité Hâvraise.
J’ai fait exécuter 4 groupes, d’après ces 4 types, afin qu’on puisse les comparer facilement et choisir ensuite le type qui sera reconnu le plus avantageux pour de nouvelles constructions, MM, Lecocq et Morel ont bien voulu m’y aider, en apportant certaines améliorations aux dispositions primitives.
Le loyer de la maison et du petit jardin (200 mètres carrés, dont 150 pour le jardin) sera de 4 fr, par semaine, soit de 208 fr, par an, ce qui fera 10,000 fr, par hectare, tandis qu’actuellement cet hectare est loué à peine 300 fr, pour la culture maraîchère.
Dans 12 ou 14 ans les loyers capitalisés permettront de construire huit nouvelles maisons, et si nos successeurs persévèrent, il y aura ici dans soixante ans 500 maisons qui n’auront rien coûté à l’Hospice et qui lui rapporteront 100,000 fr, par an.
J’avais un second but : la moralisation. Celui-là sera atteint évidemment aussi , et ce sera pour moi une bien grande satisfaction, »
M, Féron remet ensuite à M, le Maire un exemplaire du Livret des conditions et la Police d’assurances des maisons,
M, le Maire prie M, G, Picot de prendre la parole,
M, Picot s’exprime ainsi :
Il me paraît inutile de reproduire ici le discours de M. G. Picot, membre de l’Institut, président de la Société
française des’ habitations à bon marché. Je cite simplement le passage suivant :
« L’habitation normale de l’homme, vous le savez, c’est la petite maison avec jardin. C’est là l’idéal. Nous le trouvons à l’origine des sociétés, nous le voyons dans les campagnes ; puis l’homme vient habiter les villes et il perd une des conditions les plus précieuses de la vie : l’air, l’espace. Dans les agglomérations urbaines sans cesse accrues, l’homme vit entassé. Les distances entre son travail et son logement sont énormes ; il veut économiser ses forces, il sacrifiera l’hygiène à la proximité. »
Et j’ajoute que la « Cité Gabrielle » remportait une médaille d’or à l’Exposition Universelle de 1900. Je ne pouvais donc point prendre un exemple plus qualifié pour donner une idée des « habitations ouvrières à bon marché.