II. La maison gratuite
(La maison des douaniers de Rexpoëde)
Un dimanche de ce dernier été, j’étais parti avec des amis faire une promenade à bicyclette. En passant à Rexpoëde, nous rnettons pied à terre pour nous reposer, et j’en profite pour demander à visiter la caserne- des douaniers, un vaste bâtiment longitudinal, partagé en neuf tranches dont chacune est une maison.
— Avez-vous un jardin ?
— Oui, de 1100 à 1200 mètres.
— Peut-on voir votre maison ?
DOCTEUR GUSTAVE LANGRY
— Volontiers, du reste je vous reconnais, J’ai habité Dunkerque.
— Superbe, magnifique, splendide, votre maison ! Et même, si vous permettez, j’en ferai prendre,1e plan par un architecte,
— Je n’ai rien à vous refuser.
— Merci, vous êtes bien gentil. Et combien payezvous de loyer par an ?
— 10 francs par mois, c’est-à-dire 120 francs par an.
—^ Pour la maison et le jardin ?
— Oui, pour la maison et le jardin.
— Et votre jardin, combien vous rapporte-t-il, par an? .
— Vous pouvez compter facilement deux cents francs par an. Il est vrai que a la femme » élève des lapins pour porter au marché.
— Vous en mangez bien quelques-uns de vos lapins ?
— Oh ! oui, souvent ; de même que nous gardons les légumes nécessaires au ménage.
—- Vous avez des enfants ?
— Oui, quatre, déjà tout élevés.
— Votre maison appartient à l’Administration ?
— Pas du tout, tout le bâtiment appartient à un propriétaire qui vit de ses rentes.
— Et qui trouve bénéfice à vous louer cent vingt
LE sanatorium a ÉoMIGÎLE PAR LE JARDIN OUVRIER 23
francs une maison dont le jardin vous rapporte en légumes et en lapins deux cents francs par an?.
— Parfaitement. Cela vous étonne?
— Un peu. Donc, ce n’est pas une maison à bon marché que vous occupez, c’est une maison gratuite ?
— C’est mieux qu’une « maison gratuite », c’est une « maison profitable » puisqu’elle me fait, sur le prix de mon loyer, quatre-viogt francs de profit par an!
Vive Dieu ! mon brave ; je vous paie une bouteille de vin. Vous venez, sans vous en douter peut-être, de me résoudre le problème de l’habitation ouvrière et du Sanatorium à domicile.
Depuis vingt ans on se félicite, on se congratule d avoir bâti les habitations à bon marché ! Désormais rhabilalion àbon marché sera « vieux jeu », et la formule de l’habitation ouvrière à promouvoir, à vulgariser, à encourager, à répandre, sera la maison gratuite qui devra tout au moins satisfaire à la condition fondamentale suivante : Avoir un jardin assez grand pour que son rapport tout au moins équivale à la valeur locative de l’immeuble.
En d’autres termes : « La maison gratuite est celle dont le loyer est payé par le revenu du jardin, m
Et, à titre de renseignement pratique, sept ares de terre suffiraient pour rendre gratuite la maison des douaniers de Rexpoëde.
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