CHAPITRE VII
L'hygiène collective
L'eau que distribuent les canalisations d’Osséja est très pure.
Elle est captée à deux kilomètres du village en un Heu vierge de toute culture, et de tout pacage.
Elle provient d'une source en profondeur, et donne, nous le croyons, toutes garanties désirables.
Les jardins potagers et les prés sont arrosés de même par un sysième d'irrigation très compliqué, pour suppléer au manque de pluie. L'eau vient de la Vanera, deux kilomètres en amont d’'Osséja, quoique peut-être impropre à la boisson, n’est en tout cas pas souillée par les déjections du village.
D'ailleurs, un système d’égoût va être bientôt terminé. fl suivra le tracé des voies existantes et des voies projetées.
Les canaux, assez petits, n'auront pas plus de 50 cm. de haut, Leur pente sera asséz grande, si
re
l'on considère que le village lout entier est légèrement en pente de l’est à l’ouest : c'est la direction que suivent la plupart des rues. Du nord au sud, il y à également une pente assez forte qui facilitera l'écoulement. |
Après mûres délibérations, le conseil municipal a décidé d'évacuer les eaux d’égoût dans la rivière qui passe auprès d’'Osséja, la Vanera.
Nous ne croyons pas que ce mode de déversement ait des inconvénients : la Vanera est un torrent au cours très vif, aux bords peu profonds. Son débit est assez abondant, même en été ; elle passe loin des villages : elle franchit au moins 10 kilomètres avant de rencontrer une autre agglomération.
Enfin, les puits n'existent pour ainsi dire pas dans la région.
Toutes conditions qui permettent le déversement dans cette rivière des eaux d'égoûts.
= Les ordures ménagères sont brülées dans un champ communal, écarté du village, et à l’ouest de celui-ci, si bien que la fumée ne l’atteint jamais.
À notre avis, ce procédé est insuffisant : les cydures sont brûlées en tas, et la combustion est incomplète. Nous ne croyons pas qu'il soit très coûteux de construire un fouûr rudimentaire en briques, voire même en pierre sèche, dans lequel, par suite d’un appel d'air inférieur, la combustion serait plus compiète. | Le linge est partout lavé d'une manière salisfaisante : la lessive dans une banale lessiveuse, ou une
— bo —
machine à laver, est, croyons-nous, suffisante pour désinfecter le linge.
Dans les sanatoria, on ajoute de l’eau de Javel out au moins au linge blanc. Mais ce procédé aurait, paraît-il, l'inconvénient d’user plus rapidement le linge, et les ménagères du village préfèrent ne pas lemployer.
Telle est la façon dont l'hygiène est observée au village d'Osséja. Certaines améliorations pourraient être apportées. Cependant, l’état des choses actuel est déjà très satisfaisant pour une agglomération réunissant des malades et des bien-portants.
Il est déjà remarquable qu'on ait pu obtenir les résultats que nous avons étudiés ci-dessus.
— Fr
Conclusions
En résumé, nous voyons donc que dans une nation idéale, les tuberculeux devraient être répartis de la manière suivante
1° Tous les malades en activité, au lieu d’encombrer les hôpitaux ou de contaminer leurs habitalions et leurs familles, devraient être réunis dans des sanaloria en nombre suffisant, essaimés, dans les régions favorables du territoire.
2° Les malades stabilisés, ainsi que les malades guéris, devraient s'installer dans des organisations modèles, qu’on a appelées villages sanatoria.
On sait en effet que le tuberculeux guéri, s’il reprend iles habitudes de mauvaise hygiène et de mauvais travail qu’il avait auparavant, redevient rapidement malade.
Le tuberculeux vivrait ainsi en famille, travaillerait, et coûterait moins cher, certes, pour la Société, que lorsqu'il revient ensemencer de bacilles son taudis citadin, son atelier, ou encombrer les hôpitaux.
Mais rien de tout cela n'existe en France : il'n'y à pas actuellement de sanatoria en nombre suffisant,
Do
ni à fortiori de village sanatorium créé de toutes pièces dans le but sus-nommé.
Nous sommes obligés de constater — à notre corps défendant — que les tuberculeux se sont réunis
spontanément en quelques coins privilégiés du territoire, où ils forment des agglomérations parfois importantes dans le genre d'Osséja.
Le médecin a alors le devoir de surveiller ce qu'il ne peut empêcher, et d'éviter que dans ces agglomérations, la guérison des uns ne s'accompagne pas de la contamination des autres.
C'est ce que nous avons voulu étudier dans ce tra-
vail, montrant que dans ce cas, le médecin traitant
« devait être en même temps hygièniste sévère.
« devait soigner avec autant d'application la collectivité que les individus,
« devait enfin préserver les biens-portants contre
leur insouciance ou leur ignorance.
Mis en présence, à notre tour, d’un état de choses que nous n'avons pas créé, nous ne faillirons pas à notre tâche, heureux si nous pouvons, dans notre humble mesure, diminuer la peine de ceux qui souffrent et préserver les autres de la maladie,
Vu, le Doyen, Vu, le Président, BALTHAZARD. L. TANON.
Vu et permis d'imprimer :
Le Recteur de l’Académie de Paris,
CHARLETY.