‹ Le sanctuaire inconnu [microform]. Ma "conversion" au judaismeChapitre 2 sur 29 · AVANT - PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT - PROPOS

par EDMOND FLEG

Ne sur les pentes de la pieuse colline de Fourviere, berce par sa mere dans les douceurs de la foi catholique, discipline par les enseignements de 1'ecole religieuse, destine au seminaire et a 1'Eglise par la vocation de son adolescence, M. Aime Palliere est aujourd'hui un des maitres les plus ecoutes du Judai'sme. . Les orthodoxes et les liberaux lui donnient la . parole, les sionistes et les assimilateurs font appel a son concours, les journaux Israelites de toutes nuances accueillent ses articles.

Et non seulemenit il accomplit ce prodige de concilier en lui les aspects les plus opposes d'Israel, mais il realise cet autre miracle d'avoir pu adopter une religion nouvelle sans rompre avec celle qu'il a quittee. Jamais h6r6tique, apparent ou reel, ne fut moins excommunie. M. Palliere conserve a 1'egard de Rome

Tattitude d'un fidele reconnaissant, et les iideles de 1'Eglise ne lui retirenit aucune de leurs sympathies. On a vu des ecclesiastiques, introduits par lui dans les milieux juifs, accepter de parler sous son patronage et une publication catholique reproduire un sermon qu'il avait prononce dans une synagogue.

G'est que, decouvraiit en Israel le porteur d'une idee qui interesse toute I'humanite, M. Palliere, disciple de 1'illustre rabbin italien Elie Benamozegh, a conigu le judVisme comme un veritable catholicisme qui, sans exclure 1'autre, le depasse, car il groupe autour de lui, en une vivante synthese, toutes les families religieuses de la terre.

Mais, comme on le verra en lisant sa tranquille et limpide confession, pour trouver sa verit6, M. Palliere n'a point eu a subir cette crise intellectuelle qui arracha aux bras du Christ le catholique Renan, ni cette illumination soudaine qui jeta aux pieds de la Vierge le Juif Ratisbonne. Sa conversion fut le lent progres d'une constanite experience. La Providence intime, qui guida les apparents hasards de sa vie, modela son ame aux formes les plus variees de remotioni et de la pratique religieuses ; parcourant en sens inverse la route par laquelle le catholicisme etait sorti du christianisnie primitif, et le christianisme primitif du juda'isme, il devint peu a peu le contemporain spirituel de ces grands Remains qui, au temps de la venue du Christ, furent les proselytes d'Israel ; et, insensible-

inent, il s'apercufr que, sans qu'il eut cesse d'etre chre 1 tien, le judaisme 1'avait conquis.

Sur cette routei^ du retour inevitable, ce nouveau proselyte semble n'etre encore qu'un pelerin solitaire. Mais ce n'est peut-etre la qu'une apparence.

En effet, 1'ideal de nos Prophetes ne fut jamais d'imposer a tous les peuples de la terre des rites qui ne sont obligatoires que pour les seuls descendants d' Abraham, formant une race de pretres, et nos Sages nous onit defendu d'interrompre 1'idolatre qui prie, parce que, bien qu'il 1'ignore, sa priere, disent-ils, s'adresse au vrai Dieu. Ge qu'ils ont voulu, ces Sages et ces Prophetes, c'est que, sans reduire a 1'nniformite la diversite des langages religieux, aussi nombreux que les races humaines, 1'esprit de Justice, de Paix et d'Amour revele par ce vrai Dieu a nos patriarches et conserve ici-bas par leurs descendants, vive un jour dans 1'ame de tous les homines.

Et voici qu'aujourd'hui ce vieil espoir semble promettre de s'incorporer aux di verses croyances du monde entier. Ne peut-on dire en ce sens que 1'antique messianisme d'Israel qui est devenu la religion de M. Palliere, tend a devenir celle de 1'humanite ?

Edmonid PLEG.

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