‹ Le sanctuaire inconnu [microform]. Ma "conversion" au judaismeChapitre 3 sur 29 · PREFACE DE LA PREMIERE EDITION · texte numérisé non relu

PREFACE DE LA PREMIERE EDITION

Sur I'une des collines de Rome un pretre et un Juif se rencontrerent un jour d I'heure oil disparaissait le soleil. A leurs pieds le Forum, ou s'entassent dans un, impressionnant desordre tant de vestiges du passt, se remplissait d 'ombre pen & pen et bientdt les steles, les colonnes, les pierres tombales, les statues et les basreliefs ne furent plus a leurs yeux que d'imprecises choses perdues dans la brume du soir. De I'autre cdte cependant les derniers rayons du couchant doraient encore le ddme de Saint-Pierre surmonte de sa crdix.

Et le prdtre donnant libre cours d son Emotion parla ainsi :

Qu'est devenu ce paganisme romain qui se croyait triomphant et qui a rempli le monde de ses orgueilleux emblemes ? Le Forum ou regne maintenant Vobscurite

nous donne la reponse : des mines, rien que des rm-

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nes ! Et Vhellenisme aux mythes poetiques et sensuels, dpris de la beaute" et oublieux de la morale, et ces cultes puissants dont nous retrouvons les symboles enigmatiques dans les fouilles de Ninive, dans les decombres de B alb ek, dans les debris informes de Cartiiage, les religions d' I sis et d'Osiris ou dela deesse Tanit ? Des ruines encore.

Mais votre judalsme lui-m&me dont toute la substance imp eris sable a passd dans la grande religion dont il etaii la preparation et I'attente, qu'est-il done a' present sans temple, sans prdtres, sans autel ? Une ruine aussi, rien de plus...

Void, au contraire, la croix qui brille symbole de cette civilisation chretienne appelee A regenerer le monde : bien aveugle qui ne la voit pas ! lei, ce sont les tenebres qui splendent, la, c'est la lumiere ; id la mort et le silence, IA la vie et ses ressources d'dnergie sans cesse renouvelees ; d'un c6t&, le passe" et Voubli, de I'autre, Vavenir et Vesperance I

Ainsi s'exprima le pretre. Et ceux qui croiraient que de telles idees ne se trouvenl que dans la bouche et sous la plume de Chretiens croyants et pratiquants se tromperaient grandement. Sous une forme ou soud tine autre, elles sont reproduites partout comme des ve'rites indiscutables. En vain voudriez-vous les ignorer ; elles se presenteront A vous dans un article de journal, dans une page de roman A la mode, dans un fragment de discours A la tribune de la Chambre 1 ou & VAcad&mie. Que vous vous occupiez d'art, de science,

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de poe"sie, de lUtdrature, de polilique ou de sociologies vous les rencontrerez inevitablement. Et il n'est pas jusqu'aux libres penseurs qui, tout en professant que le christianisme est aujourd'hui depasse par la science et les progres de V esprit moderne, ne soient prets a reconnaitre que, s'il a fait son temps, le judaisme qui I'a precede est, a bien plus forte raispn, une chose caduque, une conception de la vie et du monde depouillee desormais de touts valeur et qu'il serait par cons6quent ridicule de vouloir ressusciter de nos jours.

Renan, chez qui le prejuge Chretien ttouffa plus d'une fois la clairvoyance du critique, a donne" la formule de. cette philosophic religieuse de I'histoire lorsqu'il a ecrit : Le christianisme une fois produit t le judaisme se continue encore, mais comme un trdne desseche a c6te de la seule branche feconde. Desormais la vie est sortie de lui.

Si cette opinion cornmunerrient repandue ^tait justifiee, I'attitude de Vlsraelite demeurant, malgrd toutj fidele a sa tradition particuliere pourrait s'expliquer encore comme un dernier hommage rendu aux gloires du passe, mais il faudrait juger inadmissible et choquante celle d'un chretien de naissance qui chercherait dans le judaisme, tel qu'il continue d'exister sous nos yeux, wne vdrite pouvant interesser V'humanite tout entiere. Autant vaudrait abandonner le mouvement et la vie d'une cite populeuse et prospere pour aller de gaite de cosur s'installer parmi les tombeaux.

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... Je pgudrais que les pages qui vont suivre pussent ervir de temoignage contre I'anet prononcd par Renan. J'avais. Me sollicite , a. diver ses reprises d'&crire ces souvenirs et fdprouvais a le faire une sorte de scrupule. Je sais bien que les convertis de tons 'partis et de tp.utes Eglises ont coutume de raconter au public la .genese et les phases de, leur Evolution. Us obMssent ainsi le plus souvent au besoin d'expliquer leur conduite vis-a-vis des malveillants et d'exposer d leurs anciens coreligionnaires les erreurs qu'ils ont vqulu abandonner et les lumieres nouvelles dont Us croient avoir ete favorises.

Je me sentdis peu enclin a suivre Vexemple des redacteurs d' autobiographies dans le dessein special de me justifier aux yeux d\'autrui. J*ai tou jours goUte* interieurement } Dieu merci, des benedictions qui s ont un ample dedommdgement au leger inconvenient de n'e'tre point compris de tous. Celui qui est en paix avec sa raison et sa conscience est aussi, an' en pas : douter } en paix avec le del, de quelques bruits que la terre puisse chercher d le troubler. Le seul vrai etyretien ne serait-il pas celui qui se fait juif ? me disait un jour avec son fin sourire un grand croyant qui a fait de I' etude de la< religion la passion de sa vie. Et certes, la pointe d'ironie que decelaient ses paroles n'etait nullement a mon adresse, car mon experience religieuse lui paraissait asses rationnelle, assez conforme en substance a I'ordre voulu par Dieu pour se passer de .justification.

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Quant a I'action que peuvent exercer au dehors ces sortes de confessions publiques, je suis loin de la contester. .

J'estime seulement que toute conversion est un fait essentiellement personnel, dont la psychologie pent offrir plus ou moins d'interet, mais qui, determined par un ensemble de circonstances et de dispositions particulieres, ne comporte pas necessairement un enseignement general. /

II s'agit cependant en la circonstance de quelque chose de plus que d'une conversion individuelle. C'est maiment un sanctuaire inconnu que celui dans lequel fai penetre et je ne crois pas qu'il y ait moins d'utilite pour {'Israelite que pour le non Juif a soulever le voile epais qui le cache a tous les regards. U 'Edifice qui apparatt alors estfincomparablement plus beau que tous ceux qui ont et& construits par la main des hommes. II est assez eleve pour accueillir les plus hautes aspirations, assez vaste pour contenir tous les adorateurs du vrai Dieu et les faire fraterniser.

Si done ces confidences Rentes avec une intention droite et une exactitude scrupuleuse peuvent servir la cause qui m' est chere et aider quelques dmes de bonne volonte dans leur etude du probleme religieux, je ne veqretteroi point d'avoir surmonte les hesitations que ftprouvais & I'idee de ce travail et je serai justifie 1 de l'a,voir entrepris.

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