LES PROSELYTES DE LA PORTE
Vous semblez pen satis fait de I'antiquite du noachisme et en cela vous ne remarquez pas que I'antiquite est le signe le plus infaillible de la verite. Par consequent plus elle remonte loin, plus elle s'impose a nous. Vous reclamez' des perfectionnements ulterieurs ? On ne vous les conteste pas ; rien ne vous emp&che de les adopter, car il en est de la revelation noachide comme de la revelation mosaique elle-m$me et c 'est la mSme Revelation elle est immuable et progressive a la fois. Vous ne voulez pas d'un simple deisme et vous avez mille fois raison ; je parle du ddisme des philosophes. Quant au de"isme noachide, mais c'est le pur monotheisme de Moise et de nos Prophetes, et, dans une definition dogmatique, il n'y a en rbaliib et il ne saurait y avoir aucune espece de distinction entre le mosaisme et le noachisme. La seule difference qui existe est uniquement d'ordre pratique; elle consists simplement en un pen plus de liberte' iaisse"e dans le noachisme aux speculations m^taphysiques ou me 1 me theolo cliques. Bien loin de la laisser tomber dans le pur rationalisme, noire Tradition fait au proselyte noaohide, appeU plus tard le proselyte de la porte, une condition formelle d'accepter cette me'me religion, non point du tout comme le simple produit de la raison humaine, mais comme un enseignement de la Revelation divine.. En v^rite, que pouvez-vous desirer de plus ?
Je viens de parler du .proselyte de la porte, c'est-ddire du noachide en personne. C'est en effet du noachide me'me que le Pentateuque s'occupe en specif iant que ce proselyte n'est nullement soumis a I' observation de la loi mosaique. Cela est si vrai que la Thora nous fait obligation de lui donner la viande dont il nous est
LE S ANCTUAIRE INGONNU 251
inter dit a nous, Juift, de manger. Nous devons la lui donner au lieu de la vendre au nokhri, c'est-d-dire au gentil, au pawn, preuve evidente que, d'apres le Pentateuque, ce proselyte n'est plus conside're comme un gentil, un pawn, et qu'il n'est pas non plus assimiU purement et simplement a I'Israelite. Or que peut-il Men reprdsenter, si ce n'est pre'cisement ce noachide dont le nom sonne si ttrangement a votre oreille ? Cette difficult^ que vous eprouvez n'empe'che pas que ce noachide fasse partie de I'Eglise universelle ; bien au contraire, ce sont les noachides eux-memes qui constituent les fiddles, le peuple de cette veritable Egllse catholique dont Israel est le prdtre. Israel n'aurait aucune raison d'exister, si ce peuple de Dieu n'existait pas aussi. Qu'est-ce que des prdtres, je vous le demande, sans des laiques ? Que serais-je done, moi Juif, si vous qui n'^tes pas Juif, vous n'etiez pas Id comme fid&le de la grande Eglise de Dieu au service de laquelle je me trouve plac6 ?
UEGL1SE UNIVERSELLE
Vous voyez done bien que vous vous trompez grandement en parlant d'isolement, ^individualisme. Je ne cesserai de vous rep6ter que le noachide est bel et bien dans le giron de la seule Eglise vraiment universelle; fidele de cette religion comme le Juif en est le prttre, charg^, ne Voubliez pas, d'enseigner a I'humanite' la religion de ses laiques, comme il est tenu, en ce qui le concerne personnellement, de pratiquer celle des prdtres. Sans doute tout lalque a le droit de se faire prtitre, c'est-d-dire libre d vous de vous faire Juif, si vous I'exigez absolument, pourvu que vous sachiez bien que vous ri'y foes autrement tenu en conscience et que cela n'est nullement necessaire ni mSme desirable.
Voila V expression exacts 'de. la doctrine du judaisme. Voila un cdte" du judaisme et, a mon avis, c'est le plus grand, bien qu'il ait echappe, fen conviens, et qu'il echappe encore trop generalement a I'attention. Mais ce n'en est pas moins une vente incontestable ; c'est la clef supreme de toutes les difficulty's que Von rencontre dans I'histoire religieuse de I'humanite et notamment dans les rapports des religions bibliques entre elles.
Si vous adoptez la position religieuse oil je vous voudrais voir, vous appartiendrez ^entablement au judaisine en m$me temps qu'au christianisme, celui-ci etant toutefois corrige par le juddisme sur trois points esseniiels : la question de V 'Incarnation, la maniere de comprendre la Trinitt et I' abolition.de la Loi mosalque pour les Israelites eux-me'mes.
J'ai dit que vous etes libre de vous faire pretre, c'estd-dire juif ou de rester noachide c'est-d-dire laique. Mais sachez que restant lalque, vous seriez comme noachide libre et ^Israelite, lui, ne I'est pas de prendre dans la loi juive, dans le mosaisme, tout ce qui convienl en fait de preceptes a votre piete person' nelle, mais cela comme devotion volontaire, comme ceuvre surerogatoire, et non pas comme une obligation, tandis que le Juif, lui, n'a point la liberte de faire un choix ; it est soumis a toute la Lot