‹ Le sanctuaire inconnu [microform]. Ma "conversion" au judaismeChapitre 28 sur 29 · APPENDIGE III CONCERNANT LE PERE HYACINTHE · texte numérisé non relu

APPENDIGE III CONCERNANT LE PERE HYACINTHE

A partir de 1901, mon intimite avec le Pere Hyacinthe ne fit que s'accroitre et il s'ouvrait a moi de toutes ses preoccupations du moment. II me demandait consei: eni toutes circonstances avec une simplicite touchante chez un homme tel que lui. G'est ainsi qu'il me mi au courant des sollicitations dont il fut 1'objet an 'mo-, ment ou, le Pape ayant interdit aux eveques de France la constitution des associations cultuelles, des politiciens, plus combaiifs que bien inspires, s'imagineren qu'on pouvait lui creer des difficultes et provoquer en Prance a cette occasion une sorte de schisme. II firent appel a M. Loyson, cherchant a le mettre a la tete d'un mouvement dont la cultuelle de M. Villat te fut une manifestation aussi grotesque qu'ephemere

J'ignore si Paul Loyson, pourtant trop intelligen 1 pour bien augurer de 1'aventure, songea a pousser sol)

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pere dans cette affaire. Celui-ci m'ecrivait a son sujet: La, voie oil marche ce cher enfant est peut-etre plus difficile encore que celle de son pere. Le fond de son ame est tres religieux, mais ceux qui 1'entourent ne le sont pas, et la lumiere qui les eclaire tous, dans cette atmosphere troublee, est defectueuse. Mais je sais que Mme Loyson, qui avait toujours fait preuve d'une incomprehension totale de la situation religieuse en France et qui fremissait sans cesse d'un saint enthousiasme a 1'idee de voir son epoux exercer enfim une influence religieuse digne de lui, s'efforea de le decider a accepter les propositions qui lui etaient faites.

Le Pere Hyacinthe me pria d'aller le voir a Geneve. 11 s'enferma avec moi dans son cabinet et me fit part des demarches que Ton multipliait aupres de lui et des scrupules qu'elles lui inspiraient. Je le conjurai de se tenir a Tecart d'une agitation indigne de lui, lui representant qu'il se devait a lui-meme de ne pas compromettre sa vieillesse dans la societe de gens qui n'avaient nullement en vue le bien de la religion. Je fus assez heureux pour le convaincre. Je le vois encore se lever soudain et se diriger vers la piece de 1'appartement de la rue Levrier ou Mme Loyson se tenait a rordinaire occupee en ce temps-la a la redaction de ses Memoires. Elle avait cherche le jour-meme a me gagner a sa cause et elle attendait, confiante, le resultat de 1'entretien, Le Pere parla avec une force et une autorite que je ne lui avais jamais encore connues vis-a-vis de sa femme. II dit sa determination de demeurer etranger a un mouvement dont les instigateurs etaient mus par des sentiments tout autres que les sieris. Ge n'etait plus 1'homme a la parole si aimable refletant avec un charme captivant la douceur et la .profondeur d'nne belle ame, telle que nous etions accoutumes a 1'entendre dans la conversation, c'etait Torateur au verbe

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puissant et qui n'admettait pas de replique. Mme Loyson, atterree, comprit que cette fois elle avait 'perdu -la] .partie et elle acquies<?a sans resistance a la decision; que le Pere venait de prendre. Elle ne me garda point rancune d'ailleurs de cet incident et ne cessa de me temoigner une affection! toute maternelle.

Je n'eus malheureusement pas le meme succes dans une autre circonstance ou 1'honneur du Pere Hyacinthe n'etait pas moins inte'resse que dans la precedente. Je veux parler de la publication relative a 1'abbe Charles Perraud et pour laquelle il s'agissait d'utiliser des-confidences faites a M. Loyson a propos d'une liaison de ce digne pretre destinee certainement dans sa pensSe a demeurer secrete. Le Pere me faisait part de ses hesitations a ce sujet dans une lettre datee a Nimes du 5 novembre 1907 : Dites-moi ce que vous pensez de^ la biographic de Charles Perraux. En elle-meme elle serait certainement utile car 1'histoire de 1'Eglise con- \ temporaine, comme celle de 1'Eglise du pass6, est trop^ souvent Poauvre du mensonige ou de reticences qui> Equivalent au mensonge. Le mariage secret du disciple) privilegie du P. Gratry a ete une faiblesse gue fai toujours blamee, mais cette faiblesse etait tellement amenee par les circonstances et tellement accompagnee de sentiments religieux et purs qu'elle n'altere point la belle m^moire de mon ami. Toutefois je me demande jusqu'a quel poimt j'ai'le droit de livrer, pieces i rappui, ce secret qui n'etait conn a que d'un tres petit nombre, a M. Houtin qui le transmettra au public, s'il le juge convenable, et sous la propre responsabilite .

Historiographe consciencieux et d'une scrupuleuse exactitude, M. Houtin ne voyait dans le . travail en question que la matiere d'unie curieuse biographie et il etait dispose" a 1'entreprendre d'une fac.on tout objec-

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tive, avec une impartialite dont tous ses remarquables travaux historiques font foi. Jamais la passion n'est intervenue chez lui a aucun degre pour alterer son jugement et il eiit. etudie avec la meme independance d'esprit et la meme probite tout autre poinit d'histoire. Mais Paul Loyson de son cote apportait dans 1'affaire des preoccupations bien differentes. Personne ne contestera la noblesse de sa nature et la fougue genereuse avec 'laqiielle.il se portait a la defense de ce qu'il considerait comme la verite. Gertes, il y avait dans son caraetere, qu'il s'agisse de litterature ou de politique, de senitimentalite ou de patriotisme, une exageration febrile et, avec cela, une intransigeance, une aprete peu attirantes et qui ne laisserent pas cependant de lui valoir de durables amities. Mais ce n'est pas un mystere -non 'plus' que son evolution s'etait faite dans un sens n^ttement anii-chretien et qu'il nourrissait en particulier a 1'egard du catholicisme une hostilite marquee, d'autant plus inexplicable que son enfance avait ete petrie de tradition catholique et qu'il professait un culte pour son pere dont la tendresse pour 1'Eglise aurait du lui imposer tout au moins une certalne reserve. Paul Loyson voyait done dans les revelations sur la vie de Charles Perraud une manoauvre de guerre contre Rome, comme disait Monseigneur Lacroix, et cela suffisait pour qu'il desirat la publication de la brochure. Mme Loyson, d'abord hesitante, finit par se joindre a son fils, dans la persuasion qu'il y avait la une documentation 1 en faveur du manage des.pretres.

J'ecrivis au Pere Hyacinthe a plusieurs reprises et j'insistai de vive voix aupres de lui de la maniere la plus pressante pour qu'il abandonnat le projet. J'obeissais en cela au desir d'eviter a mon venere ami les commentaires d^sobligeants que la presse catholique

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ne manquerait pas de faire a son adresse et le jugement severe que de fort honnetes gens allaient eertak nement porter centre ce qu'ils seraient en droit de considerer comme une deloyaute. Mes prieres cette fois furent vaines et I'influence de son fils 1'empprta. La brochure parut et elle eut des effets desastreux. Un ecclesiastique ' de Paris paya de sa situation la con-, fiance qu'il avait temoignee au Pere et il s'enisuivit une : penible polemique dans laquelle celui-ci ne pouvait : riecessairement pas avoir le beau role.. La publication faite, il chercha . tout naturellement a la justifier , Tons mes vrais amis approuvent ma conduite | m'ecrivait-il. G'etait un blame qu'il m'infligeait, car il ; savait que mon sentiment n'avait jamais varie et c'etait inexact aussi, car tous ses amis parmi les catholiques liberaux de Lyon et d'ailleurs furent unanimes a deplorer ces divulgations. Les liens d'affection qui m'unissaient a lui m'eussent interdit en tout etat de cause de prendre ouvertement position contre lui/ mais il faut bien reconnaitre que M. le pasteur Paul Sabatier, qui fut mis en demeure de le faire, exprima tout haul une opinion que beaucoup partageaient tout bas.

Ge fut la le seul nuage qui troubla pendant quelque temps mes rapports d'amitie avec le Pere Hyacinthe, L'iricident d'ailleurs ne changea rien a l r attachement qu'avaient voue au Pere ceux qui le connaissaient bien et qui, a aucun moment ne douterent de son entiere bonne foi. Avec le recul des annees, il apparait deja comme etant d'assez mediocre importance et cela est pour nous donner raison a nous qui eussionis souhaite qu'il ne fut jamais souleve. Personne ne s'avisera, en effet, d'aller chercher dans le douloureux episode de la vie de. Charles Perraud un argument contre le celibat ecclesiastique ou une documentation quelconque

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pour 1'histoire de 1'Bglise de France. Une institution telle que le catholicisme oblige a porter la discussion sur un plus solide terrain.

Le 3 decembre 1911, le Pere Hyacinthe donna, avec une force extraordinaire pour ses 86 ans, a 1'Union des Libres penseurs et des Libres croyants, une conference qui f ut le chant du cygne de 1'irioubliable orateur. II devait m'accompagner a Nice, mais sont fils insista pour que son voyage fut retarde et je partis seul dans le courant de decembre pour preparer son installation. Gependant les jours s'ecoulaient et il m'ecrivait : Je sens, mon ami, que si je veux eviter une grave maladie, je devrais me hater d'aller vous rejoindre . Et il ajoutait ces paroles qu'il avait plusieurs fois prononcees devant moi : Le Pere Hyacinthe ne peut pas' mourir dans les bureaux des Droits de 1'Homme ! faisant allusion aux tendances du journal que dirigeait son fils. Son desir eut ete de f inir sa vie dans un cloitre ou, tout en gardant sa liberte de croyanit, il eut retrouve 1'atmosphere de piete de ses anciens souvenirs, car, disait-il, il y a en moi plusieurs couches successives et en descendant au fond de moi-meme, je retrouve le moine qui disait la messe .

Le 24 Janvier 1912, il m'ecrivit : Vos lettres sont bien bonnes, mais je ne peux y repondre. Je garde le lit... II ni'y a absolument aucun danger, mais vous comprendrez que dans de telles circonstances, il m'est impossible de fixer 1'epoque precise de mon voyage si desire a Nice... Tout travail m'est actuellement impossible, mais je suis votre conseil, je sommeille en la presence de Dieu . Ge fut sa derniere l^ttre. Le samedi 10 fevrier, a la synagogue de Nice, un ami

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m'apprit. la nouvelle, arrivee par la vole des journauxjj de la mort du Pere survenue la veille. Je suis en;droit> de me demander comment il se fait que je ni'aie pas .'1 ete, durant les derniers jours, informe de la gravite de son etat et appele a son chevet ou je.me serais hate^ d'accourir. Le 2 novembre 1911, il ecrivait dans soir journal : Meme si je meurs la main dans la main de mon Paul, je voudrais etre assiste par des croyahts comme Palliere et Abd-El-Kahim ! . Or, Abd-El- Kahim, notre cher ami musulman, etait present et je n'y etais point. La depeche regue de Paul Loyson, quand tout fut fini, etait seulement pour m'informer que je devais abandonner, comme desormais sans objet, le travail dontje m'etais charge a la demande de son pere, la traduction du livre de Mme Loyson : A Jerusalem & travers les pays de VI slam, deja tres avancee. Se peut-il que mon venere ami qui, a la mort de sa femme, n'eut de cesse que je ne lusse arriv^ pres de lui, n'alt a aucun moment exprime le desir de me .voir au cours de sa derniere maladie ? La question a peut-etre une certaine importance pour Thistoire de Hyacinth e Loysoni. \

II me par alt hors de doute que le mystique que j'etais aux yeux de Paul Loyson n'inspirait point al celui-ci une absolue confiance. Le Pere m'avart deman- \ de a. deux reprises : Si je vous prie a ma derniere -j heure de m'appeler un pretre que ferez-vous ? Gertes, \ il n'est rien que je n'eusse ete pret a faire, coute que \ cofite,. et surtout en un tel moment, pour repondre au| desir de cette belle ame que je ch^rissais d'une filiale '; affection. II ne s'agissait sans doute aucunement dans \ la pensee du Pere Hyacinthe d'une reconciliation avec 1'Eglise catholique romaine au moyen d'une retractation prpprement dite. Gette reconciliation, dans 'cer-

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taines conditions, eut peut-etre ete possible du vivaht de sa femme, mais apres la mort de celle-ci, elle 5 lui eut produit 1'eff et d'une rupture par-dela le tombeau, avec cette epouse qu'il avait aimee, apres Dieu, plus que tout au monde. Mais il n'en est pas mpins vrai que, de toutes les prieres qui pouvaient 1'assister sur son lit de mourant, aucune ne lui eut ete plus ohere que celles d'um pretre de son Eglise. Le saint abbe Huvelin lui avait fait un jour la promesse de venir a son appel et de prier a son chevet, sans rien exiger de lui. Huvelin n'etait plus, mais ne se pouvait-il trouver un autre saint de la meme famille ? En 1'absence du pretre catholique, c'est le venerable archimandrite Kibarian de 1'Eg-lise armenienine qui administra au Pere les derniers sacrements.

Je ne saurai jamais si mon venere ami eut pour moi une derniere pensee, ni comment elle se manifesta et je me refuse d'ailleurs a supposer que, dans son entourage, on aurait mis un empechemenit a ma venue si elle avait ete formellement demandee par le malade. Mais j'ai tout lieu de croire que Paul Loyson, qui, depuis le mois de decembre, veilla avec un soin tout particulier sur le grand solitaire de la rue du Bac, eut juge tres redoutable la presence, au chevet du mourant, d'un pretre dans la communion de 1'Eglise. II etait resolu a 1'eviter en raison de 1'interpretation qu'oni n'eut pas manque de lui donner dans le public et de la legende qui, ppur la consolation de bien des ames et surtout de celles du Garmel, se serait pieusement et faiblement etablie.

Le Pere Hyacinthe m'avait ecrit deux ans avant sa mort : Vous aurez une part considerable dans le soin de ma memoire, ou, pour mieux dire, du temoignage je dois rendre apres comme avant ma mort, a la

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verite religieuse pour laquelle j'ai ete baptist dans le christianisme et consacre dans le sacerdoce... Vous n'etes point expose a corifondre avec i mes convictions profondes et persistantes par rapport au christianisme bien compris, les objections et les hypotheses que souleve le travail quotidian de la pensee et que j'ai coutumede. consigner rapidement dans ce que j'appelle mon journal ou mes Memoires, ecrits non pour le public, mais pour mes etudes personnelles .

G'etait r^pondre au desir de mon inoubliable ami que d'aj outer a mon propre r6cit ces souvenirs qui peuvent contribuer ^ mettre en lumiere cette grande et belle figure.

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