‹ Le sanctuaire intérieur du CarmelChapitre 15 sur 46 · POUR LE DEUXIÈME JEUDI DE CHAQUE MOIS · texte numérisé non relu

POUR LE DEUXIÈME JEUDI DE CHAQUE MOIS

En arrivant au pied de V autel :

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Nous voici donc, ô mon Dieu, dans ce sanctuaire que vous avez daigné choisir vous-mêmes. Nous y voici, non comme des étrangers qui viennent s'humilier devant leur dominateur et leur maître, mais comme une famille aimée, heureuse qu'il lui soit permis de s'approcher souvent de celui qui seul fait son bonheur, et qui l'a élevée jusqu'à la gloire de porter son nom.

En entrant dans ce lieu, nous avons adoré votre divine présence et nous nous sommes réjouis en pensant que c'était votre ineffable miséricorde qui nous y attirait. Lorsque nos regards se sont arrêtés

sur cet autel agréé et béni par vous, notre cœur a compris que votre amour lui-même ('tait le principal clément qui nous en approchait. Que vous ries bon, Seigneur, de prévenir ainsi vos pauvres créatures!

O vous tous qui êtes avec nous dans un même esprit de foi et de juste reconnaissance; vous qui venez unir à l'offrande pour laquelle nous nous préparons l'offrande de vous-mêmes; vous, enfin, dont le coeur en ce genre de sacrifice ne fait qu'un avec les nôtres qui vont servir l'implorante sacrificature dont nous avons été gratifiés, ne soyons tous qu'un même Verbe pour criera l'Eternel, à l'infinie Miséricorde : O Dieu bon et clément, depuis que nous sommes éclairés de ta divine lumière, les peines de nos frères, leurs maux, leurs malheurs sont devenus les nôtres. Mais, tu le sais, Seigneur, nous avons été si longtemps dominés par la loi des contradictions humaines, notre vie s'est trempée tant de fois dans le fleuve de la générale transgression; lais, maintenant, nous t en conjurons, que, dans le sacrifice de justice et de répa-

ration que nous nous disposons à t'offrir, nos âmes réfléchissent toutes ces prévenances augustes et paternelles dont nous les avons détournées si souvent. Nous t'en supplions, ô le meilleur des pères, éclaire jusque dans leurs derniers replis, nos consciences empreintes encore si fortement des ténèbres dont notre si longue ingratitude les a couvertes tant de fois! Amen.

Vous connaissez, ô bonté suprême, la grande, la sainte pensée qui nous rassemble et nous domine. Les cieux, dans leurs élévations suprêmes, nous semblent seuls dignes de contempler tin tel sujet, un tel prodige! Mais, ô divine et pénétrante lumière., c'est pour nous, c'est sur notre terre que s'est réalisé, que s'est accompli ce fait inouï de dévoûment et d'amour devant la sainte commémoration duquel nous sentons maintenant si douloureusement la faiblesse et l'accablante aridité de notre coeur! Nul ne sait aimer, ni n'aime comme vous, Dieu d'infinie bonté et d'ineffable miséricorde! Plus nous semblons mettre de soins et d'adresse à consolider l'échafaudage de notre abaissement et de

notre ruine, plus il semble que vos compassions paternelles deviennent pins ingénieuses pour nous relever et nous sauver.

Dans les premiers jours où commençait à se former l'humble et timide berceau de cette grande œuvre que tous .vos envoyés célestes saluaient du nom si consolant et si doux d Œuvre de Miséricorde; avant que la chère vallée de Tilly vît passer dans ses chemins rugueux et solitaires ceux qui l'avaient tant de lois réjouie du chant de leurs hymnes et de leurs cantiques; avant que le vent de désolante dispersion n'ait emporté, loin de ce pieux sanctuaire, comme les débris dune impitoyable tempête, ces frères et ces sœurs que vous aviez établis les vivants témoignages de vos plus miséricordieuses opérations, votre bonté tout ineffable les avait assurés que, chaque semaine ils pouvaient purifier, sanctifier et glorifier toutes les heures compromises de leur passé, et attirer, sur toutes celles qu'il leur restait à servir, une surabondance de grâces nouvelles, réversibles sur l'ensemble de celles qui appartenaient au passé, au présent et à l'avenir

de leurs frères. Pour cette grande épuration du passé, ainsi que pour cette heureuse garantie du présent et de l'avenir , vous leur aviez désigné une heure, chaque mercredi soir, pour être consacrée à méditer, de onze heures à minuit, sur les si douloureuses considérations qui abymèrent le cœur de notre immaculée Mère, lorsque vous lui fîtes comprendre que le temps était venu pour son divin Fils de se donner sans réserve au plus cruel et au plus effrayant des sacrifices ! Vous leur fîtes également connaître la miséricordieuse importance que vous attachiez à la dévotion qu'ils pouvaient mettre à s'unir aux souffrances qui, de onze heures à minuit, après l'institution delà divine Eucharistie, avaient déchiré l'âme et le coeur de votre divin Fils, jusqu'à le faire tomber dans trois indescriptibles agonies. Oh! sans doute, sagesse divine, ceux à qui vous vous étiez adressée alors , n'avaient pas assez bien compris ïa hauteur et la profondeur méritantes de ces grâces nouvelles. Vivant continuellement prévenus par les plus insignes faveurs, leurs jours s'écoulaient dans un étonnement successif; la

merveille du matin semblait leur assurer une nouvelle merveille le soir, et ce qui les avait ravis ou effrayés la veille, leur semblait être la garantie de ce qui les consolerait ou les réjouirait le lendemain. La table de votre prévenance divine était toujours servie à la mesure d'un leslin; ils durent indubitablement s'endormir dans les surabondai] les causes d'une heureuse et reconnaissante admiration : et le fini de cette faiblesse, qui nous est commune à tous, ne leur permit pas de voir toute la solennelle sainteté des innombrables trésors cachés au sein de ces heures vivifiantes et bénies. O sainte et miséricordieuse prévoyance, vous ayez vous-mêmes parai effacer, pour ces premiers appelés, les rites non encore déterminés de ces heures goûtées à peine, et à la sainteté desquelles nos aimés frères semblaient devoir atteindre si fervemment les sommets les plus élevés de l'amour généreux et dévoué que chacune de ces heures saintes les auraient mis à même d'étudier et de comprendre.

Sous la longue et sévère amertume des heures qui composèrent, pour vos chers proscrits, les dix

années si épuisantes et si douloureuses de leur exil, vous semblez avoir agi avec eux comme vous agîtes autrefois avec les enfants d'Israël dans leur désastreuse captivité de Babylone ; toutes leurs semaines vous furent une incessante continuité d'heures de gémissements et de larmes! Vous prîtes en considération leur malheur, et vous donnâtes à la continuité de leur souffrance, tant qu'ils ne cessèrent pas de vous les consacrer, le prix que vous auriez donné aux libres et ferventes méditations, ainsi qu'aux pieuses études par lesquelles vous leur aviez donné le moyen d'embellir et d'augmenter encore la sainteté des jours qu'ils passaient naguère au sein de cette paisible vallée où votre tendresse paternelle les avait si mîséricordieusement réunis. Aujourd'hui vous revenez à nous, et, maître souverain du temps et des heures , vous nous rendez, dans le Sacrifice Pro vie timal, déjà si saintement agréé par vous, cette surabondance de grâces méritantes que vous promîtes, dans la chère vallée de Tilly, à ceux que vous constituâtes alors, au bénéfice de toute l'humanité et de toute la terre,

des adorateurs et des supplicateurs permanents! En remettant, aujourd'hui, sous les regards de notre cœur les mentantes affinités de ces glorieuses considérations qui constituent l'heure sainte, sanctifiée par les trois agonies de notre divin Maître, ainsi que celle qui vous fut si précieuse par tout ce que vous offrit et accepta la divine Mère de notre bon Sauveur, ô bonté souveraine, vous ne nous assigne/ que le premier mercredi de chaque mois pour uni lier nos cœurs plus fructueusement aux déchirantes unifications du cœur de notre immaculée Mère, dans la part si douloureuse qu'il prit aux amères souffrances du cœur sacré de son divin Fils ; vous nous désignez seulement le second jeudi du même mois pour former nos cœurs à compatir plus intelligemment et plus efficacement à ce qu'endura, dans la grotte silencieuse de Gethsémani, la nuit qui précéda sa mort, notre saint et très aimant Rédempteur. Vous laissez à notre ferveur et à notre dévotion, toutes les heures qui suivent, jusquà minuit, la quatrième de l'après-midi des précieux

jours que votre si généreux amour veut lui-même condescendre à nous indiquer.

Soyez béni , Seigneur , et que la grâce que vous daignez si miséricordieusement nous rendre, accompagnée de la forme nouvelle qui doit nous en rendre l'obtention et l'édification si facile, nous serve premièrement à vous en glorifier plus parfaitement et plus saintement que jamais. Amen.

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