POUR UN PÈRE QUI A PERDU SON FILS
Père saint, Père éternel, Père divin, notre père! C'est vous qui avez fait le coeur de tous les pères; et les meilleurs, parmi eux, sont ceux qui manifestent plus véritablement et plus édifiemment cette noble et majestueuse souveraineté d'amour dont la source protectrice et consolante n'est réellement et pleinement qu'en vous. Quelle immense douleur pour le coeur de l'homme, pour le pauvre père, de
voir la mort moissonner près de lui celui que votre amour lui avait confié et que vous lui aviez appris, pour sa propre consolation, à aimer plus que luimême. Il n'y a que vous, Seigneur, qui puissiez être le consolant confident dune telle affliction, d'une telle douleur.
Père des pères, celui qui pleure le trésor, la joie que vous lui avez repris, ne pourra oublier de lui-même, et toutes ses forces personnelles, mêmes celles de sa foi, seront impuissantes pour effacer, de sa pensée paternelle, ces regards, ces lèvres entrouvertes, ce front couvert des sueurs de l'agonie, ces traits défigurés qui semblaient appeler son secours et sa défense pour empêcher l'ange de la mort d'achever l'oeuvre déjà si douloureusement commencée! Dieu bon, il n'y a que ta bonté, ta compassion suprême et ton infinie miséricorde qui puissent faire rentrer le calme d'une sainte résignation dans le coeur de ce pauvre père, de cette mère désolée, de toute cette chère famille!
Ah! Père, la seule consolation qui puisse descendre dans l'âme de ceux qui pleurent ainsi sur le
tombeau de leur enfaut ne peut venir que de toi. Père, tu nous as choisis pour pleurer en ton nom avec ceux qui pleurent; pour prier, par les supplications mêmes de ton divin Fils, pour ceux dont la désolation et l'angoisse arrêtaient la prière. Ah! nous t'en conjurons par tout ce que tu as donné de sacré à notre ministère, pardonne à celui que nous pleurons; prends-le dans tes saintes demeures ci permets, pour la plus entière consolation de ceux qui le pleurent, qu'ils sentent dans leur coeur que ce fils tant aimé habite tes divines demeures; que, près de toi, son amour pour ceux qu'il a laissés derrière lui, s'est grandi et purifié, mais qu'il ne cessera jamais de sourire, d'aimer et de bénir celui qui lui lut si doux et si cher sur notre terre.
Père infiniment bon, fais que chaque larme de cet amour paternel, séparé visiblement du cher objet de sa pieuse tendresse, soit un fleuron de plus pour le diadème de ce fils si amèrement pleuré, et que chaque alléluia du jeune délivré soit une nouvelle affirmation, pour le coeur du père pleurant, qu'un jour le fils et le père se reverront et,
ensemble, te béniront joyeusement de nouveau! Amen, amen, amen.