‹ Le sanctuaire intérieur du CarmelChapitre 28 sur 46 · A LA MORT DUNE MÈRE · texte numérisé non relu

A LA MORT DUNE MÈRE

Mon Dieu, une pauvre mère vient d'être enle-

vée à ses enfants /que leur restera-t-il ici bas si vous ne vous déclarez point leur protecteur? Ah! recevez dans le sein éternel de vos clartés celle qu'ils pleurent maintenant; recevez-la dans les trésors infinis de votre grâce et de votre amour pour qu'elle puisse veiller, avec l'entière liberté de sa tendresse maternelle, sur tout ce qu'elle a laissé en passant, de cette vie d'épreuves et de douleurs, dans cette autre vie où les plus saints eux-mêmes ne trouvent d'appui qu'en votre infinie miséricorde. Oh! oui, mon Dieu, rapprochez les distances que semble mettre la mort entre ceux qu'elle prend et ceux qu'elle laisse; que les enfants ne soient point à jamais séparés de l'amour des mères, et qu'au milieu de leurs luttes et de leurs épreuves, ils aient encore en elles, près de vous, une médiation de plus pour pleurer leurs écarts et leurs faiblesses, ou pour exciter, conseiller et bénir leurs courageux efforts, leurs travaux , leurs vertus et leurs triomphes. Vous êtes bon, Seigneur, c'est pour cela que nos coeurs s'adressent aujourd'hui tout particulièrement à votre souveraine bonté. Soyez-nous propice, fai-

tes pour les chers orphelins que nous vous présentons ce que nous serions, nous qui sommes mauvais, si heureux de faire pour eux.

Vierge sainte, honneur, gloire et fierté de l'amour maternel, nous vous confions notre supplique; présentée par vous, nous sommes certains de son agrément, car tout ce que demandera la douce et divine mère de notre Rédempteur lui sera accordé comme si elle le demandait pour son adorable Fils. Recevez donc, ô très bonne et très secourable Marie, nos souhaits et nos désirs pour la pauvre mère que ses enfants appellent et cherchent en vain. Recevez notre prière pour ses chers orphelins, et daignez la porter vous-mêmes dans le sein fécond et miséricordieux de celui que nous aimons et adorons.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen. .

A LA MORT D'UlNE JEUNE FILLE.

Chère enfant des mortels, les anges des cieux

t'ont regardée à l'heure de leurs fêtes; ils ont voulu parer d'une nouvelle fleur le trône du Seigneur. L'un d'eux est descendu visiter nos parterres; ses mains illuminées tenaient les ciseaux d'or avec lesquels ils coupent les lianes parasites qui empêchent les lis d'étendre leur blancheur, d'épandre leur parfum dans la pure atmosphère où passent chaque jour les enfants de Dieu ; il te vit dans la serre où lès plantes bénies souffrent avant d eclore. L'air de notre monde pesait trop pour toi; le lierfe trompeur t'offrait un secours qui t'eût perdue peut-être; tu n'aurais pas vécu, tu aurais végété. La graveleuse pauvreté n'allait plus à ta sève, il te fallait la rosée féconde et les doux rayonnements de l'astre du vrai jour. Il t'emporte, souriant dans l'espace heureux; ravi et fier, il te déposa près du grand tabernacle de la Reine des fleurs, de la Mère des lis. Les anges de Sion te chantèrent, et les célébrants secondèrent leurs accords par les vibrations des harpes sacrées. Le saint alléluia avertit tout le ciel du moment solennel où la Mère du bonheur allait t'offrir à Dieu. Ah! tu vis maintenant dans le

sein ineffable de la bonté parfaite, de la joie des élus! Tu vois le bien très pur, et la grâce discrète te permet d'étendre tes regards sur ceux qui t ont pleurée et qui te pleurent encore. Tu aimes, là, sans trouble, sans obstacle et sans crainte; les parfums de ta couronne descendent s'unir à la myrrhe bien amère de nos tristes épreuves, de nos multiples douleurs.

Ange à Dieu, notre enfant, notre soeur, notre amie, nos coeurs iront vers toi pour bénir le séjour de ta constante gloire; nos soupirs te diront que nous savons aimer par-delà notre monde et jusque dans les cieux. Toi, aime-nous aussi pour que notre communion de tendresse et de reconnaissance soit toujours et partout une harmonie sainte, digne du Seigneur. Salut, lis béni des parvis de la grâce! salut, ange brillant du divin paradis! Sois la gloire du Très-Haut et celle de Marie; la gloire de notre amour et celle' de notre fraternité. Amen, amen, amen.

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