A LA MORT D'UN JEUNE HOMME
Etre chéri, ta course est finie! Lange du triomphe ta prêté ses ailes! La vallée des larmes est si longue à traverser, ses sentiers sont si rudes, ses fleurs, si trompeuses, ses fruits si amers! Tu as passé au milieu de nous comme passent dans nos nuits les mêmes fantômes qui peuplent nos songes. A cette dernière heure, qu'on nomme celle de l'impuissance, ton âme a tourné ses regards vers les sommets divins, et ton cœur s'est dilaté en souriant à Dieu. Ah! dès lors, la terre pour toi eût été un supplice. Si tes yeux semblaient s'arrêter, tour à tour, sur ceux qui t'entouraient, c'était pour leur dire : Par pitié, ne me rappelez pas! Je vous ai tant aimés, je vous aime tant encore, que je pourrais céder à vos touchantes larmes ; comme l'adoré Jésus , il est bon que je m'en aille. Votre tendresse, vos désirs, ne sont-ils pas pour mon véritable bonheur? Souriez-moi, appelez tout haut les chers ambassadeurs des vivantes lumières. Parents, amis, je ne meurs pas, je m'illumine; je ne tombe pas, je
m élève; je ne suis pas déçu, mes pieds vont dominer l'illusion; mes bras vont saisir la réalité, et ma télé, sous la sainteté de vos prières, va ceindre le nimbe des élus.
Oh! tu as dit vrai, les nuages ont fui; tu as touché le vrai, tu n'es, plus assujetti, tu règnes! Ange à Dieu, quelles lurent tes erreurs ici-bas? Tu aimas comme on aime à ton âge, tu fus croyant quand même; tu espéras toujours. Tu pris certains reflets du beau pour le beau lui-même, quelques semblants de justice pour la justice même; tu donnas, sans compter, les quelques heures que t'accordait le temps; tu ne sus pas haïr. Qu aurais-tu donc pu craindre?
Mon Dieu, nous croyons que votre grâce a couvert ce qui pourrait appartenir aux si faciles erreurs de sa jeunesse; mais s'il fallait encore, pour Fapprocher plus près de vous, une supplication ardente, un sacrifice sacré, nous voici devant vous, parlez à nos coeurs, prenez dans notre amour pour lui le prix qui doit solder l'auréole divine dont nous voudrions couronner nous-mêmes le doux et aimant souvenir qu'il nous a laissé!
Marie, nous vous offrons nos affectueux souhaits, et nous recommandons à votre cœur maternel cet être aimé qui, avec nous, souvent vous nomma sa Mère. Marie, vous n'avez qu'un mot à prononcer pour glorifier notre affection et notre prière; dites, devant le ciel, devant notre adoré Sauveur et devant notre Père : Ce jeune ange est mon fils! Amen, amen, amen*