‹ Le sanctuaire syrien du JaniculeChapitre 136 sur 144 · Publiée dans le Marzocco d\\ 16 janvier · texte numérisé non relu

Publiée dans le Marzocco d\\ 16 janvier

2. Il y avait, en réalité, trois morceaux différents. Le bras droit, dont il ne subsiste plus que d'infimes débris, formait, lui aussi, une pièce à part, rajustée par un tenon, dont les traces sont encore très visibles. Cf. Altmann, Jahreshefte, 1903, p. 187 et p. 193, fîg. 112 et 113.

Mélanges Gauckler. 23

APPENDICE

a donné par endroits une apparence saccharine. Au contraire, le corps est fait d'un marbre opaque, que traversent des veines sombres, et qui se délite par écailles au lieu de s'effriter en grains K Cette différence est si frappante, qu'on s'en est déjà préoccupé en haut lieu, et que les laboratoires officiels procèdent, en ce moment même, à l'examen microscopique, et à l'analyse chimique, de quelques parcelles détachées des deux parties de la statue. Quel que puisse être, d'ailleurs, le résultat de l'expertise en cours, il ne suffirait évidemment pas, à lui seul, à prouver l'exactitude de ma thèse. De ce que les deux morceaux de la statue ne sont pas composés du même marbre, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'ils n'aient pas été ciselés par la même main. Les exemples ne manquent pas, dans l'antiquité, d'œuvres de la meilleure époque, et d'une incontestable unité, qui sont faites de pièces disparates, intentionnellement rapprochées ^.

Mais, ici, le travail diffère plus encore que la matière employée. On s'accorde à reconnaître, que l'exécution de la partie inférieure est fort inégale. On admet généralement qu'en arrière, les draperies sont d'un travail assez négligé ; mais on cherche à excuser ce défaut, en l'attribuant à un parti pris de l'artiste. La statue, dit-on, était faite pour occuper une niche. L'on ne devait la voir que de face ; il était donc inutile de pousser l'exécution des

1. Altmann, loc. cit., p. 187, a bien vu ces différences, mais conclut, contre toute attente, à l'identité des deux marbres : der Marmor des Kopfslùckes isisicher identisch mil dpin andern, aber von hessorcr Qualitat iind verschiedener Bearbeitung.

2. Dugas, dans Saglio, Dictionn. dos anliq. grecques et romaines, article Sculptura, p. 1144.

3. Altmann, quia été l'un des premiers à soutenir cette thèse, l'appuie

LA « PRÊTRESSE » d'aNZIO

parties adossées au mur. Mais, alors, le raisonnement s'appliquerait, a fortiori^ à la partie supérieure de la statue. C'est ainsi que, dans l'admirable Niobide des Jardins de Salluste ^, — que les Romains, trop absorbés par la prêtresse d'Anzio, viennent de laisser partir pour Milan -,

— les épaules, la nuque et l'occiput de la jeune vierge, ne sont que sommairement dégrossis, parce que l'écran du fond les masquait. Or, ici, le haut de la statue est d'un fini parfait, aussi bien en arrière qu'en avant. Rien de plus délicatement traité, que l'inflexion gracile de la nuque, la molle rondeur de l'omoplate, la chute progressive de l'épaule droite. Le rendu des cheveux, assez courts au sommet du crâne, et s'allongeant sur l'occiput, comme dans la coiffure traditionnelle des popes russes est particulièrement soigné ; et l'on peut suivre une à une, sur tout leur parcours, les mèches soyeuses et fines, qu'une raie centrale divise d'abord en deux masses, et qui sont ramenées ensuite en avant, ceignant les tempes comme

sur une description tout à fait inexacte de la plinthe, loc. cit., p. 188.

— En réalité, le point de vue le plus favorable pour regarder la statue est à gauche, dans le prolongement de la bissectrice de l'angle correspondant du piédestal ; ce qui permet de supposer que la sculpture, aujourd'hui isolée, faisait partie, à l'origine, d'un groupe d'au moins trois figures. Elle n'a certainement pas été faite pour occuper seule une niche, comme celle où on l'a retrouvée en place, au fond d'une terrasse dominant la mer.

1. Gauckler, La Niobide des Jardins de Salluste à Rome, Comptes Rendus de r Académie des inscriptions, J907, p. 104 et suiv,, et planche hors texte delà p. 105.

2. Voir, à ce sujet, la protestation indignée, mais tardive, de l'honorable Pilade Mazza, député de Rome, dans le Giornale d'Italia du 20 janvier 1910.

3. Ce rapprochement très juste a été fait parle D'' P. Hartwig, dans son article : Das Maedchen von Anzio, ein Knahe ? — qu'a publié la W^che de Berlin, n" du 15 janvier 1910, p. 85-87, et fig. de la page 99.

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une couronne, pour se nouer en krohi//os au-dessus du front.

Ce qui me paraît plus grave encore, c'est que ces deux morceaux, si diversement traités, ne se rajustent pas exactement. Celui du haut, parfaitement conservé au sommet, est rongé à sa base, principalement en arrière et sur le côté. L'on ne saurait attribuer cette érosion au séjour prolongé de Teau de pluie, retenue par le bourrelet saillant delà tunique appliquée contre la chair nue; car, dans ce cas, l'usure aurait dû se produire de la même façon sur la poitrine. Or, tandis que la naissance du sein droit est demeurée presque intacte, les chairs recouvrant l'omoplate ont été, pour ainsi dire, rcibolées, pour les faire entrer de force dans une tunique, dont l'ouverture était trop étroite pour les recevoir telles quelles ; et, sur le bras, on distingue nettement les traces du ciseau, qui a rabattu les chairs du deltoïde, sur un demi-centimètre au moins, pour modifier le mouvement général du membre, lequel devait, d'abord, être plus relevé, et débordait la manche du vêtement.

Enfin, ces deux morceaux hétérogènes, auxquels il a fallu faire violence pour les accoupler, ne sont pas de la même main. C'est là, du moins, l'impression géjiérale des meilleurs juges en la matière, les artistes et les gens du métier. Mais je sais combien il est difficile, de trancher les questions de style. Aussi m'abstieiidrai-je d'entrer ici dans le détail d'une discussion esthétique, qui risquerait d'être stérile. Je me contenterai de vous soumettre une observation technique, que personne n'a faite avant moi, et qui me paraît décisive. Le poli des deux marbres diffère essentiellement, dans les parties les plus

LA « PRKTRESSK » d'aNZIO

exactement comparables, c'est-à-dire dans le rendn des chairs nues. Le visage et Tépaule droite sont lissés avec le soin minutieux des œuvres d'art hellénistiques ; mais le parfait dressage de la pierre n'a d'autre résultat, ici, que d'en faire mieux ressortir le grain. Au contraire, les pieds, à peine dégrossis en arrière, ont reçu en avant un lustre excessif ^ presque huileux, qui fait briller le marbre comme de la porcelaine, mais qui lui ôte tout caractère. Ce polissage de mauvais goût est caractéristique des sculptures gréco-romaines ~. Je ne connais pas une seule statue, d'une époque antérieure à l'Empire, où l'on puisse en relever les traces.

C'est, sans doute, cette particularité, qui décida le premier éditeur de la Prêtresse d'Anzio, l'inspecteur des antiquités Rosa à la dater du temps des Antonins. Ayant d'abord vu le corps isolément, sans la tête, qu'avaient dérobée les pêcheurs, auteurs de la découverte, il l'avait jugé à sa juste valeur, avant que son appréciation ait pu être faussée par l'impression, assez difPérente, que donne l'examen de la partie supérieure.

Celle-ci est, certainement, d'un travail plus habile. Il faudrait, cependant, se garder d'en exagérer les mérites. Ce serait calomnier Praxitèle, que d'attribuer à son école ^ une œuvre, dont le charme ambigu ne doit pas faire oublier les incorrections. Il y a lieu de critiquer, surtout, la mise en place et le rendu des deux oreilles.

I . Altmann, loc. cif.^ p. 188, (/t> Fuesse fùnd glatt poliert.

2. Dugas, dans Saglio, Dictionn. chs antiquités, article Sculpfura, p. 1149.

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