‹ Le sanctuaire syrien du JaniculeChapitre 135 sur 144 · LA " PRÊTRESSE " D'ANZIO · texte numérisé non relu

LA " PRÊTRESSE " D'ANZIO

Vue de face.

LA PRETRESSE " D'ANZIO.

Vue de côté.

LA a PRÉTRESSE » D'ANZIO? ^

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Le gouvernement italien vient de prendre possession de la « Prêtresse d'Anzio », qu'il a payée 450.000 francs. La statue a quitté le vestibule obscur du palais Sarsina, où elle était restée trente ans, presque ignorée. Transportée à Rome, au Musée des Thermes, elle est provisoirement installée au fond du cloître de Michel- Ange, dans une galerie largement ouverte aux rayons du soleil levant ^.

Tous les détails de la sculpture (Planches LXIV-LXV) ressortant maintenant en pleine lumière, on s'aperçoit, du premier coup d'œil, qu'elle est loin d'êlre sans défauts. Ce n'est évidemment pas le chef-d'œuvre que l'on avait dit. Si la tête est exquise, et digne du ciseau grec, le corps, tel qu'on le devine sous les draperies, trop vantées,

1. [Comptes Rendus de V Académie des Inscriptions, 1910, p. 40. J

2. Depuis l'envoi de cette lettre, la statue d'Anzio a été transportée au premier étage du Musée des Thermes, dans la salle IV, où elle a été installée avec beaucoup de goût, sur un socle tournant, qui permet de l'examiner sous toutes ses faces, dans l'éclairage le plus favorable.

APPENDICE

qui le masquent, est d'uiie conformation inquiétante, qui autorise tous les doutes sur sa véritable nature.

L'état civil de la statue s'embrouille donc, de plus en plus. On n était pas d'accord sur le sujet qu'elle représente K On se demande, maintenant, si c'est une fille ou un garçon : M. Attilio Simonetti, dans une lettre adressée, le 24 décembre dernier, à la Tribuna^ M. le professeur Hartwig, dans un article publié dans la Woche du 15 janvier 1910, émettent, l'un et l'autre, l'hypothèse que la statue figure un a Camille ». Elle n'avait pas encore de nom: voici qu'elle n'a même plus de sexe! M"^*" Eugénie Strong la traite d'eunuque, et, dans une lettre adressée le 1^'' janvier dernier au Times, propose de l'identifier avec un Galle, du culte asiatique de la Grande Mère ^. La pauvre

1. Voir, notamment, à ce sujet : P. Rosa, Notizie degli scavi, iSTU, p. 16, 116, pl. I, 4; W. Klein, Praxitelische Studien, 1899, p. 39 et suiv., et Kunstwart, XXIII, 5, l'^'™ décembre 1909; Amelung, Berliner philologische Wochenschrift, 1900, col. 623 à 628, et Denkmaeler de Brunn, texte des planches 583-584 ; Furtwaong-ler, Muenchn. lahrbuch, 1907, p. 7 et suiv.; Altmann, Jahreshefte des oester. archaeol. Instituts, VI, 1903, p. 186 et suiv., et planche VII ; E. Loewy, La statua di Anzio, extrait de VEmporium, août 1897; Délia Seta, Bollettino d'Arte, 1907, V. p. 9 et suiv.; S. Reinach, Bévue arch., 1907, II, p. 349; ibid., 1909, p. 472; Bépertoire de la statuaire antique, II, p. 660; III, p. 193, no 6, et Gazette des Beaux-Arts, janvier 1910, p. 84 et suiv. ; Collignon, Bévue de VArt ancien et moderne, 1909, p. 451 et suiv., et planche hors texte ; Lucio Mariani, Bullettino délia Comm. arch. communale, 1909, l'asc. III-IV, p. 167 et suiv., avec 4 planches et 12 figures ; Comparetti, Communication à T Académie des Lincei, dans la séance du 19 décembre 1909; Marzocco, 19 décembre 1909.

2. L aspect physique de la statue ne permet pas d'admettre une telle identification : les formes sveltes et graciles de ce jeune corps, à peine adolescent, n'ont évidemment rien de commun avec les chairs flasques et bouffies et la figure vieillotte du Galle du musée de Cherchel, ou de celui du Palais des Conservateurs, à Rome. D'autre part, Ton ne retrouve ici aucun des attributs très particuliers qui, partout ailleurs, caractérisent les portraits des prêtres de la Grande Mère.

LA « l'RÈl'HESSE » d'a.NZIO

prêtresse aurait vraiment quelque droit de protester. Un savant italien, qui est aussi un homme d'esprit, M. le professeur Savignoni, s'est chargé de le faire pour elle, dans Tépigramme suivante \ qui a toute la saveur des meilleures pasquinades d'antan :

Antiana puella loquitur :

Femina quae i'ueram, et forma spectanda puella, Nescio quo fato vir modo facta fui !

Vix lamen experior mutati munera sexus, Invidit sexum femina docta meum :

« Sis Gallus^ dixit,... sed Mag^nae de grege Matris. » Unde, miser, tantum nomine gallus ero.

Intrigué par ce problème, qui passionne actuellement tout le monde savant de Rome, jé suis allé revoir la statue d'Anzio. Grâce à la courtoise obligeance du Directeur du Musée des Thermes, M. le Professeur Paribeni, j'ai pu examiner longuement, et de près, la sculpture, la palper sur toutes ses faces; et j'ai ainsi pu constater, non sans surprise, que les deux morceaux ~, dont elle se compose, ne sont ni du même marbre, ni du même travail, ni, peut-être, de la même époque.

La tête et l'épaule droite sont sculptées dans une matière très blanche et légèrement translucide, parsemée de gros cristaux, qui rappelle, à s'y méprendre, le plus beau Paros, le lychnite, et à laquelle l'usure du temps

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