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15. L'équivalence de Silvanus et de Jupiter Hammon est démontrée par la dédicace que j'ai découverte en 1899 à Carthage : Jovi Ilammoni Barbara Silvano. Cf. Gauckler, Bull. arch. du Comité, 1899, procèsverbaux de la séance du 13 mars 1899, p. clix et suiv. — C. /. L., VI, 692, entre San Gosimato et la Porta San Pancrazio, restauration

LE BOIS SACRÉ DE FURRINA

dea Syria ^, Sol invictus ^, et tous ces dieux solaires, ces Baalims locaux dont la liste s'augmente chaque jour, tous avaient leurs autels dressés au Trastévère. Leurs noms figurent sur nombre de dédicaces latines, grecques, palmyréniennes, recueillies surtout aux abords de la Porta Portuensis^ c'est-à-dire tout près de la villa Sciarra (vigna Bonelli, vigna Mangani, jardin Mattei, environs de San Ghrysogono, de la Porte Portese, et de la Porte Saint-Pancrace

Mais, si l'on a retrouvé beaucoup de ces ex-voto consacrés à des divinités syriennes, l'on n'avait jusqu'ici relevé nulle trace des sanctuaires qui les abritaient ^, Les découvertes faites dans la villa Sciarra viennent de nous révéler l'emplacement de l'un d'eux. C'est dans le bois sacré des nymphes Furrinae qu'il fut installé, à la fin du second siècle de notre ère \ Sauvage et retiré, l'endroit

d'un temple de Sylvain. Cf. aussi la dédicace, datée de 97 après J.-C, découverte en 1859 dans la vigne Bonelli. C. I. L., VI, 642.

1. Ou Atargatis : voir, plus haut, p. o3. Cf. Franz Cumont, dans Pauly- Wissowa, s. v., p. 301,

2. CL L., VI, 708 ; ibid., 709; ibid., 710 =30817 ; ibid., 712 ; ibid.,

3. Cf. Lanciani, Forma Urbh Bomae, pl. 33, 39, 43, et Jordan- Iluelsen, Topographie der Stadt Rom, III, p. 642, note ;U ;p. 645, notes 61, 62; p. 646, notes 63, 64, avec toute la bibliographie des fouilles opérées dans cette région du Trastévère. Sur la propagation des cultes syriens à Rome, cf. Réville, La religion à Rome sous les Sévères, p. 70 et suiv. ; Wissowa, Religion der Rômer, p. 299 et suiv, ; Franz Cumont, Les religions orientales dans le paganisme romain, p. 125 et suiv.

4. Temple de Belos et de Malachbelos dans la vigna Bonelli : C. L L., VI, 50 et 51. Statues d'Aglibolos et de Malachbelos : /. G. ad R. i?., I, p. 27, n° 45. Temple à Silvain, au-dessous de la porte Saint- Pancrace : C. L L., VI, 692.

5. La dédicace de Gaionas à Jupiter Heliopolitanus est datée de 186 de notre ère.

Mélanges Gn ne hier. ■ 5

était particulièrement propre à la célébration des mystères d'un culte oriental. L'on y trouvait de l'ombre, de la fraîcheur et du silence. Une source abondante fournissait l'eau lustrale, indispensable aux ablutions et aux sacrifices ^ L'ombrage épais des bosquets du /wcw.s protégeait le lieu saint contre tout regard indiscret. Les talus escarpés de l'hémicycle, rappelant par leur courbe demi-circulaire le croissant de la lune -, circonscrivaient le temenos de leur enceinte naturelle, exactement orientée vers le Soleil levant.

Tous les Baals syriens vinrent donc s'établir dans le bosquet des Nymphes, mais sans les en déposséder. Recevant leur hospitalité, ils firent avec elles bon ménage. Ils les associèrent à leur culte, partagèrent avec elles les riches offrandes des fidèles, leur laissèrent une place dans le temple que Ton bâtit au milieu du lucus. Cet édifice, nous voudrions le mieux connaître. Les morceaux d'architecture recueillis Tan dernier, ne sont ni assez nombreux, ni suffisamment caractéristiques, pour nous en donner une idée précise. D'autre part, les seules fouilles qui semblent avoir été faites à cet endroit, et qui aboutirent, en 1720, à la découverte d'un « grand

1. L'eau de source était rare au ïrastévère. Cf. Histoire Auj^uste, Vita Aureliani, 45 : Thermas in transtiherina regione facere paravit hiemales, quod aquae frigidioris copia illic deessel.

2. Comme le portique de pourtour du temple de Caelestis à Dougg-a.

3. Sur ces fouilles, cf. Jordan-Huelsen, Topographie, III, p. 641, note 48. Il est permis de se demander si l'aqueduc deVAqua Alsiatina, qui débouchait juste au-dessous delà villa Sciarra, n'était pas alimenté en partie par la source de Furrina. Cf. Lanciani, Forma Urbis Romae, pl. 39 : Eniissarium aquae Augustae [Alsiatinae) quae pervenit in Nemus Caesarum, et Xotizie degli Scavi, 1887, p. 182 ; Jordan-Iluelsen, ibid., p. 640, n» 47.

LE BOIS SACRÉ DE FURRINA

nymphée orné de figures de serpents et de batraciens, de bronzes ciselés et de pierres précieuses » ^, furent menées avec trop de négligence pour que nous puissions tirer, des rares documents qui les concernent, aucune indication utile.

J'imagine que ce sanctuaire devait présenter quelque analogie avec le temple punico-romain de l'africaine Caelestis^ que nous avons fait déblayer en Tunisie, à Dougga ( Thugga ^) : au centre, une cella^ dans un bosquet ombreux, près d'un bassin d'eau vive ; au pourtour, un portique demi-circulaire; sur la façade, une terrasse en ressaut, dominant les approches du sanctuaire, etd'oii l'on pouvait voir partout sans être vu. Le temple du lucus Fiirrinae était petit, à en jnger par les dimensions restreintes des colonnes, des morceaux d'entablement, des dédicaces et des autels, mais d'une facture très soignée, construit en marbre blanc, et richement orné. Il renfermait beaucoup d'autels, des statues ^, sans doute aussi des vases ^ déco-

1. Jordan-Huelsen, ibid.^ p. 641, note 48. — Lanciani, Forma Urbis Romae, pl. 33, donne le plan approximatif de ce nymphée.

2. Gagnât et Gauckler, Les temples païens de la Tunisie, p. 25 et suiv., et pl. XI à XIV ; Gauckler, Bull. arch. du Comité, 1905, p. Lxv. Les statues ou les bustes, ({ui couronnaient le portique en fer à cheval du pourtour, représentaient, pour la plupart, des villes ou des provinces du Levant sémitique : Laodicea, Syria, Mesopotamia, ludaea. — Pour la découverte du Nymphée annexé au temple, cf. Gauckler, arch. du Comité, 1905, p. clxxiii. Procès-verbaux de la séance du 21 mars.

3. Gf. C. I. L., VI, 422 : dédicace d'un signum à Jupiter Heliopolitanus. D'autre part, une base anépigraphe a été découverte Tan dernier dans la villa Sciarra, en même temps que les autels aux dieux syriens. Hauteur, 0^ 10 ; largeur, O™ 43 ; dé à faces moulurées. Sur la table, une rainure demi-circulaire indique la place du socle d'une statue ou d'un grand vase décoratif.

4. Gf. Caniharus cum hase sua, dans le sanctuaire de Jupiter Dolichenus. C. I. L., VI, 407.

ratifs, des figurines votives en bronze \ et des pièces d'orfèvrerie constellées de gemmes précieuses ^. Le tout fut englouti sous les éboulements des talus du ravin, dès que Ton eut cessé d'entretenir les murs de soutènement, qui résistaient à la poussée de Fargile glissant sur les pentes, et l'empêchaient d'envahir l'hémicycle. Mais les apports de la montagne, en recouvrant le sanctuaire d'une couche de terre haute de huit à dix mètres, l'auront sans doute préservé de tout pillage subséquent. L'édifice est certainement en ruines ; mais ses débris, trop enterrés, ont échappé au vandalisme des constructeurs de la Rome moderne. On les retrouverait, probablement, presque intacts, au fond du ravin de la villa Sciarra. Les premiers résultats acquis en sont la preuve.

1. Figurines de bronze, trouvées dans le soi-disant nymphée de la villa Sciarra. Cf. Jordan-Huelsen, ihid., p. 641, note 48. Ex-votos avec Pileus, trouvés dans la vigna Bonelli : Helbig, Notizie degli Scavi, 1886, p. 224 ; Roemische MittheiL, 1889, p. 290.

2. Nombreuses gemmes et intailles, trouvées dans le voisinage de la villa Sciarra. Cf. Jordan-Huelsen, ibid.

LES FOUILLES DU « LUGUS FURPJNAE » ^

Le 15 mars 1907, j'ai eu Thonneur de communiquer à TAcadémie un certain nombre d'inscriptions inédites, qui venaient d'être découvertes par hasard au fond du ravin de la villa Sciarra, au Janicule ^. C'étaient, pour la

1. [Comptes Rendus de l'Académie des Inscriptions, 1908, p. 510].

2. Cf. Comptes Bendus des séances de l'Académie des Inscriptions, 1907, p. 134 et suiv. Ma communication a été insérée dans ce même périodique, 1907, p. 135 et suiv., sous le titre : Le bois sacré de la nymphe Furrina et le sanctuaire des dieux syriens, au Janicule, à Rome [Cf. plus haut p. 1]. Elle était déjà imprimée, lorsque, le 19 avril suivant, M. le prof, Huelsen reprit le même sujet dans une conférence faite à l'Institut archéologique allemand de Rome. J'assistai à cette conférence ; ce qui me permit d'en discuter les conclusions, dans un article que je publiai dans le Bullettino délia commissione archeologica comunale di i?oma, 1907, p. 45 à 81 [Cf. plus haut p. 29]. D'autre part, M. Clermont- Ganneau proposa une nouvelle interprétation de l'un des principaux textes découverts au Lucus Furrinae, dans une communication faite à l'Académie des Inscriptions le 17 mai 1907, insérée dans les Comptes Rendus, 1907, p. 250 et suiv., et reproduite dans le Recueil d'archéologie orientale, du même auteur, VIII, 1907, p. 51 à 59. Les trouvailles épig-raphiques faites, en 1906, dans la villa Sciarra, ont aussi été signalées presque toutes par MM. les prof. G. Gatti et Dante Vaglieri dans le Bullettino comunale, 1906, p. 332, et dans les Notizie degli Scavi, 1906, p. 248 et suiv., et p. 433 ; 1907, p. 88 et suiv. — Enfin, M. le prof. Huelsen a publié, en le développant, le texte de sa conférence dans un article intitulé : Der Hain der Furrina amJaniculum,paiTu dansles Mitteilungen, XXII, 1907, p. 225 à 254.

plupart, des ex-voto, grecs ou latins, consacrés : au dieu syrien Adados ^ ; — à Jupiter Maleciabriidès^ le Baal local de la ville de labruda en Syrie - ; — à Zeus Keraunios et aux Xymphes Furrinae, unis dans une même invocation ^ ; — puis, sur un grand socle carré de marbre blanc, percé d'un trou en son milieu, une dédicace métrique grecque, assez obscure '% paraissant concerner une fontaine monumentale, qu'aurait installée dans un sanctuaire, pour une utilisation religieuse, un certain Gaionas^ portant le titre de deipnocritès

De Tétude de ces textes, j'avais tiré les conclusions suivantes :

1^ Le site de la villa Sciarra actuelle correspond au Lucus Fuj^rinae antique, où Gains Gracchus trouva la mort

2o Furrina, déesse archaïque du vieux calendrier romain est identique aux Nymphes Fuj^rinae^ dont le

1. Gauckler, Comptes Rendus, p. 144 = Bull, comun., p. 61 ; Vaglieri, Xotizie, p. 88, 89 ; Huelsen, Mitieilungen, p. 230 et suiv. ; Clermont-Ganneau, Comptes Rendus, p. 250.

2. Gauckler, Comptes Rendus, p. 145 et suiv. = Bull, comun., p. 64 et suiv. ; Clermont-Ganneau, Comptes Rendus, p. 251 et suiv. ; Vaglieri, Notizie, p. 89 ; Huelsen, Mitieilungen, p. 232 et suiv.

3. Gauckler, Comptes Rendus, p. 149 et suiv. = Bull, comun., p. 69 et suiv. ; Saint-Clair Baddeley, Athenaeum, 1907, p. 417 ; Vaglieri, Notizie, p. 88; Huelsen, Mitieilungen, p. 228 et suiv.

4. Je crois utile de rappeler ici le texte de cette dédicace, dont le sens exact reste encore à trouv(»r:

Xi'j'j.à; o-'jj; x.paTîç.ô; 6j;j.a dîoXç r:ac.£-/0'., "Ov 07] Faiojvàç osi-voxptTr,; ÏOeto.

5. Gauckler, Comptes Rendus, p. 139 et suiv., et Bull, comun., p. 50 et suiv. ; G. Gatti, Xotizie, 1896, p. 248 et 433 ; Clermont-Ganneau, Comptes Rendus, p. 252 et suiv. ; Huelsen, Mitieilungen, p. 233 et suiv.

6. Gauckler, Comptes Rendus, p. 152 et suiv. =: Bull, comun., p. 74 et suiv., avec tous les textes.

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