‹ Le sanctuaire syrien du JaniculeChapitre 39 sur 144 · Iluelsen, Mitteiliingen, p. 252 et suiv · texte numérisé non relu

Iluelsen, Mitteiliingen, p. 252 et suiv

2. Huelsen, Ibid., p. 253 : (( M ir werclen nach den Vorstehenden gui tun^das poetische Bild, welches Gauckler von dem Tempel mit dem heiligen Quelle im Haine entwirft, in daa Reich der Phantamie zu verweiaen »

Pl.V.

LES FOUILLES DU LUCUS FURRINAE

mages, résultant du percement récent du Viale glorioso^ lequel avait coupé en deux, à mi-côte, l'ancienne villa Sciarra, et traversé par le milieu la canalisation souterraine que suivait la source au fond du ravin, isolant ainsi le puits de captage, situé en amont, du bassin qui recueillait les eaux en aval, à l'endroit où l'aqueduc débouchait à ciel ouvert (Planche V). On avait, il est vrai, raccordé ensuite, tant bien que mal, les deux tronçons mutilés, par une conduite métallique passant sous le nouveau boulevard ; et le système, ainsi réparé, aurait pu de nouveau fonctionner comme auparavant, si l'on eût veillé à son entretien. Par malheur, juste au même moment, don MafFeo Sciarra, qui était jusqu'alors seul propriétaire de tout le domaine, se décida à en aliéner la majeure partie. Il conserva pour lui le haut de la colline avec la villa, le parc et le ravin, et vendit les terres basses, au-dessous du Viale glorioso, à des spéculateurs, qui projetaient d'y bâtir un nouveau quartier. Il leur abandonna, en même temps, la jouissance exclusive de la source. Peu après, il se vit contraint de vendre à une autre société financière le lot qu'il s'était réservé tout d'abord. Les deux parcelles, ainsi séparées, passèrent ensuite de main en main, sans que personne prêtât la moindre attention à la source. Elles furent acquises, en fin de compte, la première par la Société immobilière du Janicule, qui devint ainsi propriétaire exclusive des eaux découlant du ravin ; la seconde par M. Wurts, auquel, de par les conventions précédentes, il était interdit d'utiliser ces mêmes eaux. Personne ne savait plus, d'ailleurs, en quoi consistaient celles-ci. Aussi, M. Wurts, ayant trouvé au fond du ravin, qu'il venait d'acheter, un puits abandonné dont il ne pouvait se ser-

vir, et dont il ignorait le rôle, le fit-il tout simplement combler, sans se douter qu'il aveuglait la source appartenant à ses voisins.

Ceux-ci virent aussitôt la fontaine, qui alimentait leur bassin, se troubler et diminuer, au point d'être bientôt réduite à un simple filet d'eau ; mais, comme ils en ignoraient la provenance exacte, ils n'arrivaient pas à s'expliquer la cause de ce tarissement subit, qui leur portait un grave préjudice.

L'étude approfondie que je venais de faire de l'emplacement du Lucas Funnnae^ me permit de les éclairer. La source avait évidemment été obstruée par les matériaux jetés dans le puits. Il n'y avait, pour la dégager, qu'à déblayer celui-ci, et à curer la canalisation souterraine avec laquelle il communiquait.

Les travaux commencèrent, le 15 avril 1908, conformément à ce programme, et aboutirent vite au résultat souhaité. Un simple sondage, pratiqué au point précis où j'avais repéré l'emplacement du puits antique, en atteignit l'orifice à 5 60 au-dessous du sol actuel ; et l'on n'eut plus dès lors qu'à décombler la cavité pour retrouver tout le captage antique (Planche V).

Ce puits, de forme circulaire, mesure 1 25 de diamètre et 7 mètres de profondeur. Il était garni jadis, au sommet, d'une margelle octogonale en peperino^ dont nous avons retrouvé en place l'un des éléments, et dont la mouluration caractéristique prouve l'origine antique. Lorsqu'on l'eut entièrement vidé et qu'on fut descendu au fond, l'on se trouva en présence d'un carrefour cruciforme, d'où partent quatre galeries, orientées à angles droits vers les quatre points cardinaux .

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Deux d'entre elles, celles du Nord et du Sud, perpendiculaires à Taxe du ravin, s'arrêtent brusquement à 2 mètres du puits, sans avoir rencontré de source. Il faut j voir de simples sondages, que l'on abandonna aussitôt que Ton se fut aperçu de leur inutilité. Les galeries de l'Est et de l'Ouest, au contraire, qui se prolongent exactement, en amont et en aval du puits, dans Taxe même du thalweg, ne forment en réalité qu'un seul et même conduit. Elles utilisent le tracé de la fissure souterraine qui, avant tout captage, servait d'émissaire à la source, et que les ingénieurs antiques eurent la chance, ou l'habileté, d'atteindre du premier coup en forant leur puits de sondage. Ils eurent, semble-t-il, peu de chose à faire pour aménager cette faille ; ils se contentèrent d'en égaliser les parois, d'en élargir les étranglements, et d'en régulariser la pente ; puis ils installèrent à la base un aqueduc maçonné, recouvert d'un toit de tuiles contrebutées, qui servit de déversoir à la source, et en protégea le cours depuis la nappe d'origine jusqu'au bassin récepteur. Ce caniveau traverse donc le puits d'accès à sa base. Il prend naissance un peu plus haut, à 2 mètres seulement en amont, au milieu d'une vaste grotte toute tapissée de stalactites, antre obscur et secret, où les premiers explorateurs de la source avaient sans doute cru découvrir la mystérieuse retraite de la divinité du lieu.

C'est un réservoir naturel, où converi^ent divers affluents souterrains qui s'y rassemblent et s'y confondent, avant de se déverser au dehors par un émissaire unique (Planche VI). Il est de forme trilobée, et se compose de trois poches, à peu près pareilles, A, B, G, qui se réunissent, au miheu, en une cavité centrale d'où part la faille du thaltreg que suit l'aqueduc de captage.

La grotte G, orientée au Nord-Est, descend en s'inclinant vers l'aval. La voûte s'abaisse en même temps, et, haute à l'origine d'un mètre environ, n'est plus distante du sol que de 0 40 à peine, au point où la cavité se termine en cul-de-sac. Elle se trouve donc, à ce moment, à un niveau plus bas que la galerie d'exploration II, qui avait été percée à sa recherche depuis le fond du puits, et qui l'a croisée sans l'atteindre.

Aucune source ne débouche dans cette grotte, qui se borne à recueillir le trop plein des deux autres. Elle joue, dans l'ensemble du système, le rôle passif et modérateur du volant dans un moteur mécanique, ou de la soupape de sûreté dans une chaudière. En temps de crue, elle emmagasine l'excédent de liquide ; en temps de sécheresse, elle supplée au déficit.

Les deux autres grottes (A et B), au contraire, reçoivent pkisieurs canaux aquifères. Elles remontent les pentes du thaliveg^ l'une (B) au Sud, perpendiculairement à l'axe, l'autre (A) à l'Ouest, dans son prolongement; mais leur sol est peu incliné.

La grotte B conserve encore aujourd'hui un aspect tout à fait sauvage. Les dépôts calcaires qui la tapissent, tout hérissés de longues aiguilles et de rognons cristallisés, y sont plus épais et plus denses que partout ailleurs. Elle est vaste, et l'on peut s'y tenir debout sur presque toute son étendue. La voûte, haute de 1 10 à l'entrée, s'élève progressivement ensuite jusqu'à 2 30. Du haut de paroi verticale, qui limite la grotte au pourtour, deux sources tombaient autrefois en cascade. Elles existaient encore il y a trois ans; car un jardinier delà villa Sciarra, qui descendit à cette époque dans le puits, m'a dit avoir

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entendu, de l'entrée de la caverne, le bruit que produisait au fond une forte chute d'eau. Depuis, elles ont à peu près tari, l'obstacle apporté à leur épanchement naturel les ayant sans doute forcées à se frayer ailleurs un passage.

La grotte A, plus régulière que les deux autres, porte des traces évidentes d'un aménagement méthodique : les parois ont été retaillées ; le sol, aplani ; la voûte, qui était trop basse, dépouillée de ses stalactites, afin de faciliter l'écoulement d'une source abondante et pure, qui jaillit au fond de la cavité, tout près du sol, dans l'axe même du thalweg.

C'est là le principal affluent du réservoir souterrain. Il ne semble pas avoir beaucoup soufTert de l'occlusion de son débouché. Emprisonné au fond du thahceg entre deux pentes très rapides, il n'a pas pu dévier ; et ses eaux, comprimées, refoulées jusque dans les vaisseaux capillaires où elles se rassemblent tout d'abord, n'ont réussi à s'épancher que sous forme d'infdtrations diffuses à travers la couche de sable. Aussitôt que le déblaiement de l'aqueduc souterrain les eut délivrées, elles reprirent leur ancien cours; elles fournissent dès maintenant un débit de sept onces, soit environ 140 mètres cubes par 24 heures, qui suffit à justifier le travail entrepris pour restaurer l'ancien captage ^

1. L'eau de la source de Furrina est au moins aussi bonne que VAcqua Ma/TÏa, dont les consommateurs romains paient l'abonnement à raison de sept cents francs l'once par an. Les sept onces récupérées représentent donc une rente annuelle d'environ cinq mille francs, c'està-dire plus que n'ont coûté les travaux accomplis, une fois pour toutes, pour restaurer le captag-e .

L'existence d'une source, au fond du Lucus Farrinae, est donc désormais hors de doute.

Quant au nymphée qui la recueillait jadis au sortir de terre, il faudrait, pour en déterminer le plan, pratiquer au bas du ravin Sciarra une fouille méthodique, qu'il ne m'a pas encore été donné d'entreprendre.

Toutefois, j'ai déjà réussi à retrouver l'un des éléments essentiels de l'édifice antique : la vasque qui recevait les eaux débouchant de l'aqueduc, avant de les laisser retomber dans le bassin du nymphée. C'est un superbe monolithe, en marbre azuré de Garystos, d'une teinte et d'un grain très rares (cipollino oscuro). Il est parfaitement conservé, mais non absolument intact, car il présente sur la face antérieure une encoche assez profonde : celleci a été curieusement réparée, dès l'antiquité, au moyen d'une pièce rapportée, de même matière, si adroitement insérée dans la masse qu'elle n'a pas bougé depuis. Il affecte la forme d'une demi-cùvette rectangulaire, mesurant 2^ 09 de large, 2^ 50 de long, 0»^ 65 de haut, et 0"^ 43 de profondeur maxima. Richement moulurée sur toute sa surface externe, qui devait être entièrement visible, la vasque est entourée, sur trois de ses côtés, d'un rebord horizontal arrondi, et coupée droit sur le quatrième, qui reste ouvert jusqu'au fond. Il résulte de ces dispositions, que la vasque devait être encastrée en arrière, à une certaine hauteur, dans le mur d'où l'eau jaillissait. En avant, au contraire, elle se détachait en forte saillie, au-dessus d'un bassin, où le trop-plein de la cuvette retombait constamment en cascade.

Le rebord antérieur est tout usé par le frottement du liquide, qui a déposé au-dessous, sur les moulures qu'il

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arrosait, une épaisse concrétion calcaire ^ dont on a en grand'peine à les débarrasser. La partie en surplomb était soutenue par un socle massif, qui s'appliquait exactement contre un plateau de mêmes dimensions, ménagé au revers de la vasque. Ce piédestal a disparu aujourd'hui; mais les habitants du quartier, qui se rappellent l'avoir vu, il y a peu d'années encore, au bas du ravin Sciarra, gisant à côté de la vasque sur le talus du nouveau boulevard, me l'ont décrit comme une sorte de chapiteau renversé, oblong, fait, lui aussi, de marbre cipolin. Quant à la cuvette elle-même, elle fut achetée, en 1902, au prix de 2.700 francs, par un courtier d'antiquités qui la revendit à l'antiquaire Simon etti, chez qui j'ai fini par la retrouver, après de longues recherches ^.

Elle est certainement antique, et date, à mon avis, du temps des Antonins. Tout le prouve : la matière, la forme, le style, la mouluration trop chargée.

Elle remonte donc à la même époque que le temple des dieux syriens, qui fut construit, dans le Lucus Fiirrinae^ en 176 après J.-G. ^. Le nymphée, dont je crois qu'elle occupait le centre, aurait donc été, à ce moment, l'objet d'une restauration. Mais il se pourrait aussi qu'elle ait appartenu, non pas au nymphée lui-même,

1. La source du ravin Sciarra est très calcaire. M. le prof. Saverio Santori, directeur du laboratoire bactériologique municipal de Rome, a bien voulu, sur ma demande, en faire l'analyse, et y a constaté une forte proportion de bicarbonate de chaux, et une notable quantité de magnésie.

2. J'ai été guidé, dans ces recherches, par les renseignements que m'ont très obligeamment fournis MM. Del Olio, directeur, et Jacomini, ingénieur du service immobilier de la Banque d'Italie.

3. Pour cette date, voir plus loin, la dédicace découverte par MM. Nicole et Darier.

mais à la fontaine lustrale, dont le deipnocritès Gaionas avait doté le nouveau sanctuaire voisin.

L^existence de cette fontaine a été, il est vrai, niée par M. Huelsen ^, qui voit dans la dalle trouée, portant la dédicace du monument, un couvercle de trésor ~. Selon ce savant, Forifice central devait servir au dépôt des offrandes ^, et non, comme je l'avais supposé ^, au passage d'un jet d'eau. La question parait, aujourd'hui, définitivement tranchée à mon avantage; car j'ai retrouvé, au revers du prétendu couvercle, les traces ^ d'un tuyau de conduite en plomb, branché sans doute sur l'aqueduc de la source qui s'insinuait sous la dalle par un trou rond foré sur l'une des tranches latérales, pour en ressortir ensuite par l'orifice central. Ce tube métallique avait lui-même été retrouvé ^, il y a deux ans, en même temps que la pierre qu'il traversait jadis ; mais il a disparu aussitôt, ayant été vendu au poids par ceux qui l'avaient découvert.

Quant au sanctuaire auquel appartenait la fontaine de Gaionas^ il vient, lui aussi, de reparaître au jour, grâce

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