Cf. Huelsen, p. 252 et suiv
LES FOUILLES DU LUCUS FURRINAE
aux fouilles que MM. le marquis Medici et l'ingénieur Richelmi voulurent bien, au mois de mai dernier, m'autoriser à entreprendre dans les terrains appartenant à la Société immobilière qu'ils dirigent, en poussant la gracieuseté jusqu'à mettre à ma disposition tout le matériel et le personnel dont ils pouvaient disposer. De leur côté, MM. Georges Nicole et Gaston Darier, de Genève, m'offrirent généreusement d'assumer les charges des recherches à faire sur l'emplacement présumé du temple des dieux syriens. Les travaux commencèrent, sous leur direction, au point précis que je leur indiquai, à quelques mètres de l'endroit d'où fut retiré, il y a deux ans, la bouche de fontaine de Gaionas (Planche V). Aucun vestige antique n'apparaissait, dans cette région, à la surface du sol moderne ; mais, dès les premiers coups de pioche, on atteignit, à une faible profondeur, la voûte d'une abside antique, ornée d'une statue divine, et formant le fond d'une cella^ que l'on n'eut plus qu'à déblayer.
Les résultats de ces fouilles, conduites avec tant de bonheur par MM. Nicole et Darier, ont été résumés par eux dans une lettre qu'ils ont bien voulu m'adresser, et que je suis heureux de pouvoir reproduire ici.
LETTRE DE MM. GEORGES NICOLE ET GASTON DARIER, SUR LES FOUILLES DU TEMPLE DES DIEUX SYRIENS, AU JANIGULE.
Malagny, près Genève, 22 juillet 1908.
Cher Monsieur,
Nous avons l'honneur de vous adresser quelques renseignements sur les fouilles que nous avons conduites
Mélanges Gaiickler. q
au Janicule, dans la propriété du marquis Medici, du 27 mai au 20 juin dernier, ^"ous connaissez déjà les débuts d'une exploration qui est due à votre clairvoyante et généreuse initiative. Nous ne nous arrêterons qu'aux derniers résultats, en nous référant au plan et aux photographies qui accompagnent cette lettre (Planches V ; VII-IX). Le plan a été dressé par M. Gapellino, Texcellent ingénieur de la Société du Janicule, qui a été pour nous un auxiliaire fort empressé.
L'édifice, dont nous avons complètement exploré Tintérieur, est une cella quadrangulaire, terminée par une abside, et précédée par un pronaos. En franchissant la porte d'entrée, on pénètre dans la chambre principale, qui est accessible aussi par deux ouvertures latérales. Les murs, partout conservés jusqu'à une hauteur de 3"^ 35, sont en tuf grossièrement appareillé. Ils sont recouverts de stuc, ainsi que les huit petites niches ménagées, à des intervalles réguliers, dans la hauteur des parois. Signalons enfin, au-dessus, une couche de briques à triple moulure (Planche YII).
Aucune trace de pavement antique ne nous est apparue ; mais, un peu en avant du milieu de la cella^ et dans l'axe central, s'élevait un autel triangulaire, équilatéral, dont le soubassement est bien conservé. Une rigole en fait le tour. Une large encoche demi-circulaire a été pratiquée dans la face antérieure de l'autel, disposition singulière que doit expliquer quelque observance rituelle. Une grille séparait, dans l'antiquité, la cella, du fond de l'édifice, sorte d'abside trilobée ou de niche en tour (Planche YIIl).
Le piédestal de cette Jiiche est couronné d'une élégante
Pl. vit.
Temple syrien du Lncus Furrinne.
Vue générale des fouilles.
LES FOUILLES DL' LUCUS FUKRINAE 83
moulure de marbre, en arrière de laquelle on a étendu une épaisse couche de stuc, qui nous réservait une intéressante trouvaille. En faisant sauter Tenduit, nous déga-
Tcmpie syrien du Lucus Furrinae.
Statue de l'abside centrale.
geâmes\ine logelte carrée, déterminée par des briques posées de champ. Cette sorte de boîte, dont le fond était fait d'un lit de chaux, contenait un crâne brachycéphale,
qui la remplissait tout entière. La boîte ne contenait aucun autre ossement, ni monnaie, ni mobilier funéraire quelconque. — On j3eut penser au rite assez rare de Vos resectum, attesté par quelques écrivains anciens. — Ainsi, Velleius Paterculus (II, H9, 5) raconte que la tête de Varus fut rapportée en Italie et enterrée à Rome.
Un peu en avant de la niche, et à mi-hauteur de celleci, nous avons dégagé un torse de marbre, représentant une divinité masculine. Le dieu est assis, drapé dans un manteau qui enveloppe les jambes et laisse le torse nu. L'extrémité du manteau retombe sur l'épaule gauche. Nous reconnaîtrions volontiers dans notre torse un Jupiter ou un Sérapis. Le siège a été décoré avec soin ; le sculpteur a multiplié les listels et traité amoureusement le détail des coussins. Le style et l'exécution indiquent l'époque des Antonins (Planche IX, et figure).
La présence d'une sépulture dans un temple, et si près de la statue du dieu, est tout à fait extraordinaire, et ne peut s'expliquer que pour des divinités chthoniennes. Une épigramme de Sinope parle d'une certaine Tatiané, ensevelie près de son dieu Sérapis (Kaibel, /. G. S. /. , 875).
Le vestibule du temple comporte deux petites chambres. A l'entrée principale, nous avons trouvé une magnifique dalle de marbre, servant de seuil. Sur les tranches, on lit :
PRO SALVTE ET REDITV ET VICTORIA
IMPERATORVM AVG • ANTONINI ET COMMODI CAES • GERMANIC •
PRINCIPIS IVVENT • SARMATICI
GAIONAS CISTIBER AVGVSTORVM • D • D •
Cette dédicace est de l'an 176 ap. J.-C, et contempo-