‹ Le sanctuaire syrien du JaniculeChapitre 46 sur 144 · AU JANICULE · texte numérisé non relu

AU JANICULE

Dans la séance du 15 mars 1907 de IWcadémie des

1. [Mélanges publiés par l'École française de Rome, t. XXVIII, 1908, p. 283. — Dans cet article, publié à Rome, l'auteur a remanié et largement complété le précédent [Communication faite à l'Académie des Inscriptions le 2 octobre 1908). D'où quelques redites, qu'on n'aurait pu supprimer, ici, sans compromettre la clarté de l'ensemble.]

2. Cette Communication a paru dans le fascicule du mois de mars 1907, des Comptes Rendus de V Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, p. 134-159, avec deux figures dans le texte, reproduisant, d'après mes photographies, la dédicace de Gaionas, et l'autel consacré à Zeus Keraunios et aux Nymphes Furrinae[cL plushaut, p. 1]. — Elle était déjà imprimée, lorsque, le 19 avril suivant, M. le prof. Huelsen repritle même sujet, dans une conférence faite à l'Institut archéologique allemand. J'assistai à cette conférence ; ce qui me permit d'en discuter les conclusions dans l'article que je publiai, quelques mois plus tard, dans le Bullettino délia Commissioné archeologica comunale di Roma, 1907, p. 45-81, avec six figures dans le texte [cf. plus haut, p. 29]. — D'autre part, M. Clermont- Ganneau fit, au sujet des inscriptions du Lucus Furrinae, une nouvelle Communication à l'Académie des Inscriptions, le 17 mai 1907 {Comptes

LE SANCTUAIRE SYRIEN DU JAMCl LE

Cette Communication était motivée par la découverte faite, dans le ravin de la villa Sciarra, sur le versant oriental du Janicule, d'un certain nombre d'inscriptions grecques et latines, dont M. Saint Clair Baddeley, Fhistorien anglais, et M. George Wurts, le propriétaire actuel de la villa, avaient bien voulu, Tun me signaler l'intérêt, l'autre me faciliter l'étude.

De ces divers textes épigraphiques, je me bornerai à rappeler ici les plus importants : un triple ex-voto grec au dieu syrien Adados^ Adados Lihaneôlès^ Adados Acroreitès ^ ; une dédicace latine à une divinité jusqu'ici inconnue, Jupiter Maleciahrudès ^ le dieu local de la cité de Jnbruda en Syrie ; une dédicace grecque, gravée sur un autel très richement orné, et s'adressant simultanément à Ze^/.s' Keraiinios ei aux Nymphes Fiirrinne enfin.

Rendus, p. 250 à 258 ; Recueil d'arch. orientale, VIII, 1907, p. 51 à 59). — Les textes de ces inscriptions ont été publiés, en plusieurs fois, par MM. les prof. G. Gatti et Dante Vaglieri, clans le Rull. coniun., 1906, p. 332, et dans les Notizie degli Scavi, 1906, p. 248 et p. 433 ; 1907, p. 88 et suiv. — Enfin, M. Huelsen a publié, en le développant, le texte de sa conférence du 19 avril 1907, dans les Mitteilungen de l'Institut archéologique allemand, XXI, 1907, p. 225 à 254, avec 9 figures dans le texte et un plan hors texte.

Les découvertes nouvelles, qu'avec MM. G. Nicole et G. Darier, j'ai faites cette année dans le Lucus Furrinae, ont été communiquées par moi, dans leur ensemble, à l'Académiedes Inscriptions et Belles-Lettres, le 2 octobre dernier. — Cf. Gauckler, (( Les fouilles du Lucus Furrinae au Janicule », Comptes Rendus, octobre 1908, p. 510 et suiv. [cf. plus haut, p. 69j

1. Gauckler, Comptes Rendus, 1907, p. 144 et suiv. ; Bull, coniun., 1907, p. 61 et suiv. ; Vaglieri, Notizie, 1907, p. 88 et suiv. ; Clermonl- Ganneau, Comptes Rendus, p. 250 et suiv. ;llue\seï\, Mitteilungen, p. 230 et suiv., avec trois figures.

2. (iaurkler, Comptes Rendus, p. 145 et suiv. ; Bull, comun., j). 64 et suiv. ; \'agliori, Notizie, 1907, p. 89 ; Clermont-Ganneau, Comptes Rendus, p. 251 et suiv.; Huelsen, Mitteilungen, p. 232 et figure.

3. Gauckler, Comptes Rendus, p. 149 et suiv,, avecfigure ; Bull, comun..

LA SOURCE DU LUCUS FURRINAE

une inscription métrique grecque, de rédaction assez obscure, sur un grand socle carré en marbre blanc, percé d'un trou en son milieu, provenant, selon toute apparence, d'une fontaine monumentale, qui, d'après l'épigraphe encadrant l'orifice central, aurait été installée dans un sanctuaire, pour une utilisation religieuse, par un certain Gaionas^ portant le titre de deipnocritès ^

De l'examen de ces textes en eux-mêmes, de leur comparaison avec plusieurs inscriptions déjà connues de même provenance, de l'étude attentive du lieu où ils avaient été découverts, j'avaiscru pouvoir tirer les conclusions suivantes :

1^ Le ravin de la villa Sciarra actuelle correspond au Liicus FurriiicW antique, où Gains Gracclius trouva la mort 2 ;

2° Furriiia^ déesse archaïque de la Rome primitive \

p. 69 et siiiv., avec fig-ure ; Saint-Clair Baddeley, Alhenaeum, 1007, [>. 417 et figure ; Vaglieri, Notizie, 1907, p. 88 ; Iluelseii, Milteilutujen, p. 228 et figures.

1. Gatti, Notizie, 1906, p. 248 et 433 ; Gauckler, Comptes Uendiis, p. 139 et figure; Bull, comun., p. 'iO et suiv., figure 2; Clermont- Ganneau, Comptes Bendus, p. 252 et suiv.; Huelsen, Mitteilungeri, p. 233 et suiv., avec figures. — Gaionas nous était déjà connu par d'autres textes épigraphiques : C. /. L., VI, 32316 ; Kaibel, /. G. S, /., 1512 ; Inscr. (jraecae ad res j-omanas pertin.^ I, 335. — C. I. L., VI, 420, 30764; Kaibel, /. G. S. /., 985; Inscr. gr. ad res rom. pert., I, 70 ; Gauckler, Comptes Rendus, p. 142, et Bull, comun., p. 57 ; Huelsen, Mitteilungen, p. 246 et suiv. — C. I. L., XIV, 24 ; Henzen, Annali, 1866, p. 135. Plusieurs épitaphes, trouvées à Rome même, nous font connaître d'autres personnages ayant le même cognomen : C. 1. L., VI, 13423, 21235, 29145. — Ce nom, (jui, en araméen, signifie « le magnifique », est certainement d'origine syrienne. Cf. Bruston, Bulletin de la Soc. des Antiquaires de France, séance du 3 novembre 1908, p. 305.

2. Cf. Gauckler, Comptes Bendus, p. 123 et suiv., et Bull, comun., p. 75 et suiv., avec tous les textes.

3. Varron, De lingua latina, V, 84; VI, 19 ; VII, 45; Cicéron, De natura deorum, III, 18, 46.

est identique aux Nymphes Furrinae^ dont le nom n'apparaît que beaucoup plus tard, sur des inscriptions de l'époque impériale • ;

C'est une divinité topique, un numen local, intimement lié à l'existence d'une source, qui jaillissait au fond de son bois sacré - ;

4*^ A la fm du second siècle de notre ère, cette source fut mise à contribution, pour fournir l'eau lustrale nécessaire aux besoins d'un temple des dieux syriens, nouvellement établi dans le lucus^ à proximité du nymphée primitif (Planche Y, n^* 5, 6, 7).

Ces hypothèses étaient hardies, je n'hésite pas à le reconnaître ; elles pouvaient même sembler téméraires à quiconque n'avait pas, comme moi, procédé sur place à une étude approfondie de la nature et de la configuration des lieux. De tout ce captage antique, de ce nymphée et de ce temple^ dont j'affirmais a ptnori l'existence, aucun vestige n'apparaissait à la surface du sol moderne ; et la source elle-même restait absolument invisible au

1. Gauckler, Comptes Rendus, p. 153 et suiv.; Bull, comun., p. 72 et suiv., avec tous les textes. — Vide contra Huelsen, Mitteilungen. p. 250 et suiv.

2. Une dédicace au Genio Forinaruni (C. /. L., VI, 422) indique bien ce caractère de divinité topique, qu'avait dès l'origine, et que conserva toujours Furrina. Les nymphes de la source ne sont, en quelque sorte, qu'une émanation du nunien local qu'elles représentent. Elles n'apparaissent, d'ailleurs, qu'assez tard, après l'introduction desvuacpai grecques dans la langue et la mythologie latine. Cf. Saglio, Dict. des antiq., au mot Nymphae, vj;i.cpai (O. Navarre), avec tous les textes; v. Domaszewski, Archiv fur Religionswissenschaft, X, 1907, p. 333 ; Huelsen, p. 250.

Le passage du singulier au pluriel, pour le nom Furrina ou <I>oppi'va, s'explique tout naturellement par l'attraction du prédicat nymphae ou vjfjLçat, qu'on prit l'habitude de lui accoler, et qui s'emploie presque toujours au pluriel.

LA SOURCE DU LUCUS FUÏIRÎNAÈ

point où je la localisais. J'avais cru qu'il n'était pas besoin d'être grand sourcier^ pour en deviner la présence sous les remblais qui la masquent aujourd'hui. En réalité, ce qui me paraissait évident, ne l'était guère que pour moi seul. Pour tous ceux qui ne sont pas spécialistes en matière de travaux hydrauliques, le régime des eaux du ravin Sciarra constituait un problème fort embrouillé, et même d'une obscurité telle, qu'un savant, particulièrement versé dans la topographie romaine, a pu, de bonne foi, méconnaître et nier des faits que je croyais absolument indiscutables. Pour M. le professeur Huelsen, il n'y a jamais eu, dans le Lucus Furrinae^ ni source ^, ni sanctuaire alimenté par elle : ce n'est là qu'une « conception poétique, à reléguer dans le domaine de la fantaisie » 2.

La haute autorité scientifique de mon éminent contradicteur ne me permet pas de laisser sans réponse des critiques aussi graves. La compétence, que lui-même a bien voulu me reconnaître en matière de travaux

1. Gauckler, Comptes Rendus, p. 136 et suiv. ; Bull, comun., p. 46. — Vide contra Huelsen, p. 252 : Das Nichtvor/iandenstein einer Quelle in der Jetzigen Villa giebt H. Gauckler selbst zu (j'ai dit précisément le contraire!): es giebt in der Umgebung nur cine kleine Wasserader^ welche ani Fusse des Hiigeh, fast 200 m. von der Fundstelle der Inschriften und 30 m. unter dem Niveau derselben, zu Tage tritt (S'agit-il ici du caniveau débouchant juste au-dessous du Viale Glorioso, a 40 mètres de l'emplacement de la bouche de fontaine de Gaionas, et à 10 mètres plus bas ? ou de la source qui jaillit du talus de la villa Sciarra, à 7 mètres au-dessus de ce même boulevard, à 120 mètres au Sud-Est de la fontaine, et juste au même niveau ? — Dans un cas, comme dans l'autre, les mesures données par M. Huelsen sont inexactes).

2. Huelsen, p. 253 : Wir werden... gut tun, das poetische Bild, welches Gauckler von dem Tempel mit dem heiligen Quell im Haine entwir/'t, in das Reich der Phantasie zu verweisen.

Mélanges Gauckler. 7

LK SANCTUAIRE SYRIEN DtT .ÎAMCl'LE

hydrauliques \ me donne le droit d'en appeler de cette première condamnation au même juge mieux informé. Le souci de la vérité m'en fait un devoir, et m'oblige à revenir, encore une fois, sur un sujet que je croyais avoir épuisé dans mes précédentes études, et à démontrer, par des preuves irréfutables, le bien fondé de ma théorie

A priori, la nature du terrain où se creuse le ravin du Lucus Furrinne, loin d'exclure l'hypothèse d'une source en cet endroit en implique au contraire, nécessairement, l'existence (Planche Ij. L'on sait, en effet, que le Janicule ^ est un amas de dépôts marins, de

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