‹ Le sanctuaire syrien du JaniculeChapitre 45 sur 144 · Lagrange, loc. laud,, p. 442 et suiv · texte numérisé non relu

Lagrange, loc. laud,, p. 442 et suiv

kler, à ce sujet, l'avaient amené à rapprocher cette découverte de certaines pratiques du culte chrétien : les tables d'autel, qu'elles soient stables ou portatives, doivent renfermer une relique provenant d'un corps de martyr.

Pour confirmer là-dessus nos souvenirs, nous avons fait appel à ceux de deux savants qui sont particulièrement qualifiés en matière d'histoire des relig-ions, et auxquels nous savions que Paul Gauckler avait parlé de ce parallélisme : MM. Dussaud et Goguel. Les souvenirs de M. Dussaud, sur ce point, s'accordent complètement avec les nôtres. Quant à M. Gog-uel, il a bien voulu nous communiquer la note suivante :

« M, Gauckler a proposé d'expliquer la boite contenant un crâne humain, découverte au-dessous de la statue du dieu dans le sanctuaire du « Lucus Furrinae », par l'hypothèse d'un sacrifice de consécration, desliné à faire entrer la divinité dans le sanctuaire qu'elle devait habiter (C. R. Ac . Inscr.^ 1908, p. 527 s.). 11 avait l'intention de reprendre et de pousser l'étude de cette question. Il avait été frappé de Tanalog-ie que présentait le coffret du « Lucus Furrinae », avec les « boîtes à reliques » dont la liturg-ie catholique exige la présence dans tout autel consacré. Un prêtre, à qui il avait montré le cofTret du u Lucus Furrinae », y avait, sans hésiter, reconnu le coffret à reliques d'un autel chrétien.

« L'obligation de déposer des reliques dans tout autel, pour qu'il soit valablement consacré et qu'on puisse en conséquence y dire la messe, résulte du septième canon du second concile de Nicée (le septième concile œcuménique), tenu en 787 :

« Nous ordonnons, dit ce texte, que, dans tous les vénérables autels qui ont été consacrés sans saintes reliques des martyrs, on dépose des reliques avec la prière habituelle. Si, à l'avenir, il se trouve un évêque qui consacre un autel sans saintes reliques, qu'il soit excommunié pour avoir transg"ressé la tradition ecclésiastique » (Mansi, XIII, 751).

(( Déjà, un synode franc du vn'^ siècle avait ordonné de ne consacrer d'autels que dans les ég-lises qui contenaient des corps de martyrs (Hefele, III, p. 70). Le synode anglais de Celchyt, en 816, permet dans son second canon, à titre d'exception, de remplacer les reliques par des hosties consacrées ou par des fragments d'évangiles (Mansi, XIV^, 355). Le synode de Mayence (888) suppose que les autels portatifs contiennent, eux aussi, des reliques (Mansi, W'III, ()7).

LES FOUILLES DU LUCUS FURRÏNAE

« D'après les règles de la lilurg-ie actuellement en vigueur, Tautel perd sa consécration, si le sépulcre des reliques est brisé (Falise (abbé), Cérémonial romain et cours abrégé de liturgie pratique, approuvé par la Congrégation des Rites, Paris, 1900, p. 35*2 s. Cl', dans le même ouvrage, p. 574 s., les règles à suivre pour la construction du v( sépulcre des saintes reliques »).

« Le P. Petridès (Dict. d'arch. chrét. et de liturg . , I, 2, col. 2322), parlant de VAntimension (sorte de linge consacré, dans un coin duquel sont cousus quelques fragments de reliques, et qui sert en Orient d'autel portatif), écrit : « Goar prétend que les Antiniensia sans reliques sont des eilèta. Mais une note du fameux recueil canonique Pèdalion y reconnaît de véritables antimensia ; il faut espérer que ces antimensia sans reliques sont réservés aux autels consacrés. »

« Certains auteurs (par exemple : A. Schmid, art. Altar, dans Kraus, Realencycl. der christl. Allerthuemer, I, p. 79 ; et Dom Leclercq, art. Autel, dans Dict. d'arch. chrét. et de lifurg., I. 2, col. 3161), prétendent faire remonter Tusage de dire la messe, sur des autels contenant des corps de martyrs, jusqu'au premier siècle. Ils le trouvent attesté dans Apc, 6, 9. En réalité, cette habitude paraît être née à l'époque des persécutions. Dès le iv^ siècle, on voit apparaître l'idée que toutes les églises, du moins toutes les églises importantes, et non seulement celles qui étaient consacrées à la mémoire des martyrs, devaient contenir des reliques. Saint Ambroise étant sur le point de consacrer une nouvelle église, les fidèles sont unanimes à le supplier d'y déposer, pour la dédicace, des ossements de martyrs {Ep. 22, 1). Au vni^ siècle, l'évolution est achevée, et le concile de Nicée, en 787, émet la décision formelle que nous avons citée plus haut.

« La discipline actuelle de l'Eglise latine est de ne consacrer aucun autel, sans y enfermer des reliques de martyrs. Les prières de la messe supposent et exigent cet usage. En montant à l'autel après le Confiteor, le prêtre prononce cette prière : *( Oramus te, Domine, per mérita sanctorum tuorum, quorum reliquiae hic sunt » ; et il baise l'autel à l'endroit du sépulcre (Mangenot, article Autel, dans le Dict. de Théologie catholique, I, 2580).

«Sur l'ensemble de la question, voir: Duchesne, Origines du culte chrétien. Étude .sur la liturgie latine avant Charlemagne, 3« édition, Paris, 1903, p. 402 ; Hauck, article Beliq uien dans Her-

zo^-Hauck, Bealencycl. fur prot. Theol. und Kirche, 3*' édition, XVI, p. 630 ss. : Millier, article Altar, ihid., I, p. 391 ss. ; Lucius, Les Origines du Culte des Saints dans V Eglise chrétienne, publ. en allemand par G. Anrich, trad. par E. Jeanniaire, Pari<;, 1908, p. 368 ss. »].

LA SOURCE DU LUCUS FURRINAE

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