‹ Le sanctuaire syrien du JaniculeChapitre 52 sur 144 · Cf. Huelsen, p. 252, note · texte numérisé non relu

Cf. Huelsen, p. 252, note

Liicus Furrinae, aient été amenés à croire que les deux bassins, placés au débouché du ravin Sciarra, étaient , l'un et Tautre alimentés par des conduites branchées sur les grands aqueducs, le premier bassin étant réservé à V Acqua Marcia, le second à ÏAcqua Paola.

Pour détruire cette erreur, il me fallut, tout d'abord, établir par des preuves certaines que Teau du premier bassin ne pouvait provenir que d'une source locale Je commençai par la faire analyser au laboratoire bactériologique municipal, grâce à Tobligeance du savant directeur de cet établissement, M. le professeur Saverio Santori. Je pus ainsi établir que, si sa composition chimique présente de grandes analogies avec celle de YAcqua Marcia, elle en diffère cependant, notamment par la présence d'une certaine quantité de sels de magnésie ~, qui en facilitent la digestion \

Je constatai ensuite qu'elle conserve constamment la même température, -|- ^ degrés centigrades, ce qui la fait paraître fraîche en été, chaude en hiver ^. Dans

1. Vide contra Huelsen, p. 253 ; Die starken Layen von Kalksinler welche sich auf allen (Sieinen) finden, kônnen keinesfalls von dem Wasser einer Quelle herrûhren, die aus den oberen [lehmigen) oder unteren [vulkanischen ] Schichten des Janiculums entspringt, sondera niûssen ihren Ursprung dem kalkhaltigen Wasser aus einer der grossen Leitungen verdanken.

2. Analyse no 375, du 28 mars 1908, signée du D'' Domenico Cirelli : « contiene forti quantitk di hicarbonato di calcio e discretà quàntHà di sali di inhgnesia ».

3. Tous ceux qui ont pu faire la comparaison entre ces deux bassins, m'ont affirmé que Teau du ravin Sciarra est beaucoup plus légère que Vacqua niarcia. « Elle ne reste jamais sur l'estomac », m'a déclaré le maraîcher Guglielmo Palazzi, « quelle que soit la quantité qu'on en absorbe ».

4. Température constatée le 2 février 1908, à 10 heures du matin; le 20 mars, à 6 heures du soir; le 5 juin, à midi.

LA SOURCE DU LUCUS FURRINAE

les mois les plus froids, elle émet des vapeurs, elle fume au sortir du sol ' ; or, ce phénomène ne se produit que par exception pour Teau des grands aqueducs de Rome, laquelle a eu tout le temps, au cours d'un long trajet à fleur de terre, de subir l'influence de la température ambiante, qui l'échauffé ou la refroidit tour à tour.

Enfin, son débit varie suivant les saisons, tandis que les canaux de distribution des grands aqueducs sont tenus de fournir constamment, aux propriétés qu'ils desservent, la même quantité de liquide. Il y a peu de temps encore, la source diminuait légèrement chaque année au plus fort de l'été, puis augmentait de nouveau après les premières pluies d'automne. Mais, tout d'un coup, l'eau s'était troublée, et avait cessé d'être potable. En même temps, le débit, au lieu d'osciller comme à l'ordinaire dans des limites assez restreintes, s'était mis à décroître progressivement, et de telle façon, qu'il semblait sur le point de tarir tout à fait. Au mois de mars 1908, il ne donnait plus guère qu'une demi-once, soit une dizaine de mètres cubes, par vingt-quatre heures. Cette disette subite portait un grave préjudice à la Société du Janicule, propriétaire du bassin, et surtout à ses locataires, des maraîchers, auxquels l'eau de ce réservoir était aussi indispensable pour leur consommation personnelle, que pour l'arrosage de leurs plantations.

Ces derniers, ne sachant comment faire pour réparer le désastre qui les atteignait, vinrent me demander conseil. En les interrogeant, j'appris que la diminution du débit avait coïncidé avec le comblement d'un puits,

1. Renseignements concordants de tous les jardiniers et habitants du quartier qui s'en servent.

LE SANCTUAIRE SYRTEIS DU JAMCULE

situé à une centaine de mètres en amont, au Fond du ravin Sciarra (Voir Planche \ , n"* 2.)

Entre ces deux faits simultanés, il me parut qu'il y avait un rapport de cause à effet. Puits et bassin devaient dépendre d'une même installation hydraulique. C'est ce que me confirmèrent bientôt de vieux habitants du quartier, qui avaient vu fonctionner celle-ci dans Tancienne villa Sciarra.

Ce domaine, beaucoup plus étendu que la villa actuelle, avait été constitué, ily a une centaine d'années, par la réunion des villas Ottoboni et Crescenzi. Il occupait, à cette époque, sur le versant oriental du Janicule, tout l'espace demi-circulaire dont l'ancien mur d' Aurélien forme le diamètre, au bas de la colline, et que circonscrit, au sommet, l'arc arrondi des remparts d'Urbain y III. Le ravin du Lucus Furrinae occupait la partie centrale de ce domaine, et la source des Nymphes servait à l'irriguer. Un puits, creusé au sommet du vallon, atteignait le cours d'eau à son origine, et permettait d'y puiser l'eau nécessaire aux besoins du casino voisin. La source traversait ensuite en souterrain toute l'étendue du ravin, et débouchait à sa base, à l'endroit même où passe aujourd'hui le Viale Glorioso . Elle était alors recueillie par un canal à ciel ouvert, qui se bifurquait bientôt, pour aller, d'une pari, au Nord, irriguer des vignobles au pied de la colline, de l'autre, alimenter le réservoir de l'ancien nymphée Crescenzi, situé à mi-côte au Sud (Voir Planche XV).

Tout ce système fonctionna avec une régularité parfaite, tant que le domaine échappa au morcellement qui dépèce, l'une après l'autre, toutes les grandes propriétés de

Pl . XIII,

de l'aqueduc du caplagc de la source des Xymphae Furrinae.

Pl. XIV

AecMoconaj'CKPAi^ poceYMAeeoicnAPCxoi /

ONAHrAlUJN-ACAeirfNO

) KPITHC eôeTo

Plan et coupe de la bouche de la fontaine de Gaionas dans le temple des Dieux syriens.

Pl. XVI.

Vues de profil, de face, et perspective, de la vasque monumentale du Lucas Furrinae.

Pl. XVII.

LA SOURCE DU LLCUS FURRINAE

Rome. Il n'en fut malheureusement plus de même, lorsqu'en 1889, à la suite du percement du Viale Glorioso, qui coupait en deux sa villa, don Maffeo Sciarra se décida à aliéner la majeure partie de celle-ci.

Il en conserva, pour lui-même, la partie supérieure, avec le casino, le parc et le haut du ravin, et vendit en bloc, à la Compagnie fondiarhi italiana^ tous les terrains de culture qui garnissaient le bas des pentes, ainsi que la jouissance exclusive des eaux qui les irriguaient, les (( acque délie terre basse ^ ».

De ce nombre était, précisément, la source de Fiirrina, L'usage en fut donc retiré au vendeur, bien qu'il eût retenu dans sa part le puits qui donnait accès au captage. Par suite, don Maffeo Sciarra cessa de veiller à Tentretien d'un ouvrage qui ne pouvait plus lui servir, et laissa la végétation envahir celui-ci, au point d'en masquer bientôt l'orifice.

D'autre part, le percement du Viale Glorioso avait entraîné la démolition de l'ancien nymphée Crescenzi, sur l'emplacement duquel il passe (Voir Planche V, n** IJ). La Compagnie fondiaria, devenue propriétaire de la source que ce réservoir recueillait, fit établir, pour le remplacer, un nouveau bassin à ciel ouvert, juste en face et au pied du ravin d'où l'eau découlait, mais de l'autre côté de la route, et dans son propre domaine. Le liquide y fut conduit par un tuyau

1. La plupart des renseigiiemenls qui vont suivre, m'ont été fournis, avec la plus courtoise obligeance, par M. l'ingénieur DeU'Olio, chef du Service immobilier de la Banque d'Italie. C'est lui qui m'a mis en mesure de démêler l'histoire fort embrouillée des diverses propriétés avoisinant le ravin de Furrina. Je suis heureux de pouvoir lui en exprimer ici ma sincère gratitude.

de plomb, prolongeant sous la voie publique le canal d'adduction souterrain qui débouchait en deçà, à quelques mètres plus haut (Voir Planche A , n^ 2).

Les deux extrémités du système étaient donc désormais placées dans deux propriétés distinctes, que séparait un boulevard.

Or ces domaines, ainsi isolés, passèrent bientôt de main en main, par suite de mutations immobilières et de lotissements successifs.

Ils furent acquis, en fin de compte, celui du bas de la colline par la Société immobilière du Janicule, qui devint ainsi propriétaire exclusive des eaux découlant du ravin, celui du sommet par M. Wurts, auquel, de par les conventions précédentes, il était interdit d'utiliser ces mêmes eaux. Personne ne savait plus, d'ailleurs, en quoi consistaient celles-ci. Aussi M. Wurts, ayant trouvé, au fond du ravin qu'il venait d'acheter, un puits abandonné dont il ne pouvait se servir, et dont il ignorait le rôle, le fit-il tout simplement combler, sans se douter le moins du monde qu'il aveuglait ainsi la source appartenant à ses voisins. Ceux-ci virent aussitôt la fontaine, qui alimentait leur bassin, se troubler et décroître, au point d'être bientôt réduite à un simple filet d'eau ; mais, comme ils ignoraient la provenance exacte du liquide, ils n'arrivaient pas à s'expliquer ce tarissement subit.

C'est alors que je leur en indiquai la cause, et le remède. Il n'y avait, pour récupérer la richesse naturelle ainsi perdue, qu'à déblayer le puits, si malencontreusement bouché, ainsi que le canal souterrain installé à sa base.

Les travaux commencèrent aussitôt, conformément à

LA sot RCE DV LLTCL'S FUKHINAÉ

ce programme, et aboutirent rapidement au résultat prévu. Un simple sondage, pratiqué au point précis où j'avais moi-même repéré remplacement du puits, en atteignit Torifice, à 5"^ 60 de profondeur au-dessous du sol actuel, et à 51"" 36 d'altitude au-dessus du niveau de la mer, à peu près à la hauteur où commence, en cette région du Janicule, l'étage géologique astien, immédiatement superposé à la base imperméable d'argile (Voir Planche XII).

Ce terrain se prête admirablement à un aménagement hydraulique. Il se compose de sable très fin, homogène et compact, qui, lorsqu'il est humide, acquiert une grande stabilité, et se laisse tailler comme de la pierre tendre, sans s'ébouler aucunement. De plus, les eaux qui le traversent, étant très chargées de calcaire, laissent partout où elles séjournent un dépôt cristallin, qui consolide les parois des cavités que l'on y creuse, et leur donne bientôt la dureté du marbre. L'épaisseur de ce revêtement calcaire varie naturellement selon la durée du contact; ce qui m'a permis de distinguer, dans toute l'installation souterraine, les parties aménagées à main d'homme, de celles que la nature seule a produites.

Le puits, lui, est certainement de création artificielle. Il est rond, de forme régulière; et le dépôt qui le tapisse est peu épais, et parfaitement lisse. Il mesure l"^2o de diamètre, et 7 mètres de profondeur totale. Il était garni jadis, au sommet, d'une margelle octogonale de huit dalles en peperino, exactement ajustées. L^une d'elles était encore en place. D'autres avaient été récemment enlevées, pour être employées, comme bancs rustiques, dans les nouveaux aménagements du parc. D'autres

l.E SANCTtlAlRP: SYRIEN DU .fANlCULFl

encore avaient glissé au fond du puits, où nous les avons retrouvées. Elles sont toutes à peu près pareilles, ayant la forme d'un trapèze, mesurant 0"^ 50 de largeur et 0"M2 d'épaisseur moyenne. Le revers, qui était appliqué contre terre, est taillé en biseau et à peine dégrossi. La face supérieure, au contraire, constituant le rebord apparent de la margelle, est soigneusement aplanie. Quant à la tranche verticale, entourant Torifice, elle présente une mouluration très simple, et sûrement antique, formée d'un quart de rond surplombant deux listels (^^oir Planche XIII).

Lorsqu'on eut entièrement vidé le puits, et qu'on fut descendu au fond. Ton se trouva en présence d'un carrefour cruciforme, d'où partaient quatre galeries, orientées à angles droits vers les quatre points cardinaux (Voir Planche

Deux d'entre elles (Planche VI, galeries II et R i, au Nord et au Sud, s'écartent en sens opposé, perpendiculairement à Taxe du ravin. Ce sont des tunnels cintrés, d'un profd très régulier, ayant juste la largeur et un peu moins de la hauteur d'un homme (1'" 50 de haut sur 0'" 60 de large). Sur leurs parois, le dépôt calcaire est très mince : il n'y a pas trace de stalactites aux voûtes, ni de cours d'eau à la base. De plus, elles s'arrêtent brusquement, à deux mètres du puits. Il faut évidemment y voir de simples sondages, que l'on abandonna aussitôt que l'on se fut aperçu qu'ils n'avaient nulle chance d'aboutir.

Les galeries Est et Ouest (I et III du plan), au contraire, suivent exactement la direction du thnbveg, et ne forment en réalité qu'un seul et même conduit. Elles

LA SOURCIL DU LUCUS PURKINAE

utilisent le tracé de la fissure souterraine, qui, avant tout captage, servait d'émissaire à la source, et que les ingénieurs anciens eurent la chance ou Tliabileté d'atteindre du premier coup, en forant le puits. Ils eurent peu de chose à faire pour aménager cette faille. Ils se contentèrent d'en aplanir les parois, d'en élargir les étranglements, et d'en régulariser la pente. Puis, ils installèrent à la base un aqueduc, maçonné en tuf, recouvert d'un toit de tuiles, contrebutées en dos d'âne, qui assura l'écoulement régulier de la source depuis la nappe d'origine jusqu'au point d'émergence ( V oir Planches XIII et XYII) .

Ce caniveau traverse donc le fond du puits, creusé à la recherche de la galerie naturelle, dont il suit tout le parcours. Il prend naissance à deux mètres en amont, au milieu d'une vaste grotte, toute tapissée de stalactites, où les premiers explorateurs de la source avaient, sans doute, cru découvrir la mystérieuse retraite de la divinité du lieu.

C'est un réservoir naturel, où convergent divers affluents souterrains, qui s'y rassemblent et s'y confondent, avant de se déverser au dehors par un émissaire unique. Il est de forme trilobée, et se compose de trois poches. A, B, G, à peu près pareilles, lesquelles se réunissent au milieu en une cavité centrale, d'où part la faille du thahveg^ et le canal de décharge qui en suit tout le parcours.

La grotte G, orientée au N.-E., descend en s'inclinant vers l'aval. La voûte s'abaisse en même temps, et, haute à l'origine d'un mètre environ, n'est plus distante du sol que de 0"^40 à peine, au point où la cavité se termine en cul-de-sac. Elle se trouve donc, à ce moment.

LE SANCTUAIRE SYRIEN DU .lANlCULE

à un niveau plus bas que la galerie d'exploration II, qui avait été percée à sa recherche à partir du puits, et qui Ta croisée sans l'atteindre.

Aucune source ne se déverse dans cette grotte, qui se borne à recueillir le trop-plein des deux autres. Elle joue, dans Tensemble du système, le rôle passif et modérateur du volant dans un moteur mécanique, ou de la soupape de sûreté dans une chaudière. En temps de crue, elle emmagasine Texcédent de liquide ; en temps de sécheresse, elle supplée au déficit.

Coupe de la grotte des Xymphae Furrinae.

Les deux autres grottes fA et B), au contraire, reçoivent plusieurs canaux aquifères. Elles remontent les pentes du thaliveg, l'une fB i au Sud, perpendiculairement à l'axe, l'antre (A) à l'Ouest, dans son prolongement; mais leur sol est un peu incliné (Voir la coupe).

La grotte B conserve, encore aujourd'hui, un aspect tout à fait sauvage. Les dépôts calcaires qui la tapissent, tout hérissés de longues aiguilles et de rognons cristallisés ,y sont plus épais et plus denses que partout ailleurs. Elle est vaste, et l'on peut s'y tenir debout sur presque toute son étendue. La voûte, haute de i 10 à l'entrée.

LA SUlJKCk bV LUCUS FUKUiiNÀE 113

s'élève progressivement jusqu'au fond, où elle atteint 2'" 30.

Du haut de la paroi verticale, qui circonscrit la grotte au pourtour, deux sources tombaient autrefois en cascade. Elles existaient encore, il y a trois ans; car un jardinier de la villa Sciarra, qui descendit à cette époque dans le puits, m'a dit avoir entendu, de l'entrée de la caverne, le bruit d'une forte chute d'eau au fond. Aujourd'hui, elles sont à peu près taries.

De la plus importante (source n"* 1), qu'amenait un canal rectangulaire, haut de 0"40 et large de 0"^60, débouchant juste au fond de la grotte, à un mètre au-dessus du sol, il subsiste un filet d'eau, qui suinte goutte à goutte. L'autre (source n** 2) est perdue en totalité. Elle débouchait sur la paroi Est de la cavité, à la naissance de la voûte et à 2"^ 30 du sol, par un canal d'amenée, de section triangulaire, mesurant 0"^20 de côté, mais qui, aussi loin qu'on a pu l'explorer, reste absolument desséché. A 0"'70 de l'orifice, il est coupé par une faille, puis reparaît plus loin sous la forme d'un conduit rectangulaire, haut de 0'"10 et large de 0"'20, mais toujours aussi dépourvu d'eau. Je suppose qu'à la suite du récent engorgement de son déversoir, la source, comprimée dans son étroite gaine, a rompu les parois qui l'emprisonnaient, et suit maintenant un chemin de traverse qui la détourne de la grotte. Le même fait a dû se produire pour la source n** 1. L'orientation de ces deux cours d'eau, oblique par rapport au thalweg, leur donne toute facilité pour s'échapper vers l'aval, dès qu\m obstacle les arrête. Mais le mal pourrait être aisément réparé ; car j'ai tout lieu de croire qu'on n'aurait pas à remonter bien loin le tracé

Mélanges Gauckler, 8

des canaux n''^ 1 et 2, pour atteindre l'endroit où les deux sources se perdent.

La grotte A, plus régulière que les deux autres, porte des traces évidentes d'un aménagement méthodique. Les parois ont été retaillées, le sol aplani ; et la voûte, trop basse, a été dépouillée de ses stalactites, afin de faciliter le passage d'une source abondante et pure, qui jaillit au fond de la cavité, tout près du sol, dans l'axe même du thalweg.

G^est là le principal affluent de la nappe souterraine. Il ne semble pas avoir beaucoup soulfert de l'occlusion de son débouché. Gomme il coule dans le fond de la dépression du ravin, entre deux pentes très rapides, il n'avait pu se détourner; et ses eaux, comprimées, refoulées jusque dans les vaisseaux capillaires où elles se forment tout d'abord, n'avaient trouvé à s'épancher qu'en infdtrations dilfuses à travers les sables adjacents. Aussitôt délivrées, elles ont repris leur ancien cours ; elles fournissent, dès maintenant, un débit de sept onces environ, soit près de cent quarante mètres cubes par jour, qui suffit à justifier le travail entrepris pour restaurer l'ancien captage ^

L'existence d'une installation hydraulique, au fond du Lucus Fun^inae^ est donc maintenant démontrée. Il nous reste à en faire l'histoire, à déterminer l'époque où elle

1. L'eau de la source du Lucus Furrinap vaut celle de VAcqua Marcia, dont les consommateurs Romains paient l'abonnement annuel à raison de sept cents francsTonce. Le débit récupéré, atteignant à peu près sept onces, représente donc une rente de cinq mille francs environ, soit, au taux de cinq pour cent, un capital d'une centaine de mille francs. Cette recette, désormais assurée, permettra d'amortir en moins d'un an la dépense totale, faite pour rechercher et restaurer l'ancien captage.

LA ï^OURCE DL' Ll eus FL'tlKLNAE

fut créée, les dispositions qu'elle afTectait d'abord, les transformations qu'elle subit ensuite. Mais, pour étayer une semblable étude, les documents nous font défaut. Il faudrait, pour les retrouver, pratiquer au bas du ravin Sciarra, sur l'emplacement présumé du nymphée antique, j de nouvelles fouilles méthodiques, qu'il ne nous a pas I encore été donné d'entreprendre. Dans l'état actuel de nos connaissances, l'esquisse qui va suivre ne saurait être qu'incomplète, conjecturale et provisoire.

A l'époque préhistorique, le site du Lucus Furrinae devait présenter un aspect infiniment plus sauvage et plus tourmenté qu'aujourd'hui. Le ravin était plus pro- I fond, le thciliveg plus resserré, les talus plus abrupts. La I source, n'étant pas réglée dans son débit, ni protégée contre les éboulis que provoquait l'érosion, formait probablement à son point d'émergence un marécage, dont le sol fangeux et mouvant disparaissait sous des fourrés inextricables de roseaux, d'herbes et d'ajoncs. Plus haut, sur les pentes qui la dominaient, l'humidité entretenait en toutes saisons une végétation luxuriante et désordonnée, dont la frondaison touffue, arrêtant les rayons du soleil, maintenait le sol sous-jacent dans une nuit éternelle. C'est là, du moins, ce que nous pouvons inférer de ce que nous savons des autres bosquets naturels, qui, aux temps légendaires de Romulus, garnissaient les dépressions des deux rives du Tibre ^ Ceux-ci, à en juger par les nom-

4. Plin., Nat. histor., XVI, 15,1, et Dionys., II, 50. Cf. Brocchi, Dello stalo flsico del suolo di Roma, p. 25 et suiv. ; Jordan, Topographie der Stadt Rom, I, p. 146 ; Giorgio Stara-Tedde, / boschi sacri delV antica Rnma, dans le Bull, coinun., 1905, p. 197 et suiv. ; Saglio, Dici. des antiq., au mot Lucus (Thédenat), p. 1353 et suiv.

LE SANCtLAlUE SVHtEN Dl' .(AMCULK

breuses descriptions des auteurs latins ^ , étaient tous à peu près pareils. Le bois de Furrina ne devait guère différer de ce lucus de TAventin, qui lui faisait face de l'autre côté du fleuve, sur un terrain de nature identique, et qu'Ovide nous a décrit ainsi ' :

Lucus Aventino suherat niçfer ilicis umbra, Quo passes visa dicere : « Xumen adest ».

In medio gramen, muscoque adoperfa virenti Manabat saxo vena perennis aquae.

Les premiers êtres humains qui vinrent 'habiter ces parages, et qui, au risque de s'enliser, s'aventurèrent au fond du ravin, durent, en y découvrant la source enveloppée d'ombre et de mystère, se sentir pénétrés de cette horreur sacrée qui saisit les âmes primitives devant toute manifestation nouvelle d'une force naturelle inconnue \ Ils divinisèrent cette force. Le divin, c'est ce que l'homme ignore. Pour les Transtévérins d'il y a trois mille ans, tout était dieu dans la nature, les arbres, les rochers, les plantes, les fontaines ; ou, pour mieux dire, tout était représentation d'un numen indéterminé qu'on ne détaillait pas encore, sive deus^ sive dea^ in eu jus tutela

1 . L on trouvera toutes les références nécessaires clans l'excellente étude précitée de M. G. Stara-Tedde sur les bois sacrés de Rome antique, et dans le Diclionnaire de Sag-lio, /. c. (Thédenat).

2. Ovide. Fastes, III, v. 29o à 299. Pour les bois sacrés de TAventin, cf. Gilbert, Topograph., II. p. 236 ; G. Stara-Tedde, /. c, p. 220 et suiv.

3. Cf., par exemple, Sénèque, ad Lucil., XLI, 2 ; Pline, Hist. nat., XIl, 2, 1 ; Denys d'Ilalicarnasse, 1, 79 ; Ovide, Metam., V, 266 ; Strabon, VllI, 3, 19 ; 5, 1 ; XIV, 1, 44 ; Properce, IV, 4, 3 ; Pomponius Mêla, 1, 13, etc.

LA SOURCIi DU LUCUS FLRRIN'AE

lucus locusve est '.Ce n'est qu'an déclin des religions, et lorsque la foi s'en va, que des cloisons se dressent entre les diverses légendes d'une même mythologie. Conscients de leur propre faiblesse, les premiers habitants du Janicule se placèrent sous la protection de la puissance mystérieuse qui régissait la région du ravin. Ils l'adorèrent de tout l'élan de leur cœur naïvement timoré, et, pour se concilier ses bonnes grâces, transformèrent le site en un sanctuaire, spécialement consacré à cette divinité nouvelle, qu'ils appelèrent Furrina.

D'où vient ce nom ? Il n'a rien de romain. Il intriguait déjà les grammairiens latins du temps deVarron Cicéron lui fabriqua une fausse étymologie, en l'assimilant aux Furies grecques '. C'est, au contraire, à mon avis, en Italie, sinon à Rome, que nous en devons chercher l'origine. Remarquons, en effet, que, sous quelque forme qu'il apparaisse dans les auteurs ou sur les inscriptions, Furrina ^, Furina ^ ^ Forina il présente invariablement les trois mêmes consonnes, se succédant dans le même ordre que dans le radical des noms suivants : Feronia ,

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