‹ Le sanctuaire syrien du JaniculeChapitre 86 sur 144 · Gauckler, Bull. arch. du Comité, 1905, p. clxxix et suiv · texte numérisé non relu

Gauckler, Bull. arch. du Comité, 1905, p. clxxix et suiv

9. Les poteries de ce genre se rencontrent fréquemment en Afrique (lîuis les sanctuaires punico-romains.

LES TROIS TEMPLES SUPERPOSÉS

régulière el de galbe plus élégant. Toutes deux sont munies d'un couvercle plat, disque ou rondelle à peine bombée. Toutes deux se terminent en pointe à la base: pour les faire tenir debout, il fallait les enfoncer dans

Fragments de poterie émaillée.

des segments d'os, sciés tout exprès en rondelles à sections planes parallèles, dont j'ai recueilli plusieurs spécimens, encore enfilés dans les vases auxquels ils avaient servi de support. Ces fioles, de fabrication grossière, semblent avoir été façonnées sur place, avec l'argile du Janicule \ dans les officines rustiques qui s'étaient probablement installées aux portes mêmes du sanctuaire, achalandées par les dévots, qui venaient s'y approvisionner du matériel nécessaire pour les libations et les offrandes, avant de pénétrer dans l'enceinte sacrée. On a, en effet, découvert à cet endroit, il y a une vingtaine d'années, en perçant la tranchée du Yi^le Glorioso^ qui

1. Sur l'argile plastique du Janicule et les fabriques locales de poterie commune à l'époque antique, cf. Martial, Épigr., I, 49 ; II, 49; Juvénal, Satire V, v. 345; et Gauckler, La source du Lucus Furrinae au Janicule, Mélanges de r École française de Rome, 1908, p. 288, note 4.

traverse à sa base le ravin du Lucus Furrinae^ quelques débris de fours de potier ^

D'autres vases, d'espèce plus rare, méritent aussi plus d'attention. Ils sont faits d'une terre légère, recouverte d'une glaçure à base de plomb ou d'étain, de couleur variable, jaune ou brunâtre, vert émeraude, bleu turquoise, ou bleu foncé presque noir. Des échantillons que j'ai recueillis, aucun, malheureusement, n'est intact. Parmi les plus remarquables, il faut citer : une amphore

Pied de coupe en terre émaillée.

ovoïde, à couvercle bleuâtre, dont les anses coudées, audacieusement détachées du col, semblent imitées du métal ; une coupe émaillée, brunâtre ; un débris de bol, vert foncé, orné de bucrânes en relief au pourtour ; un bord scyphos ^hleu turquoise ; une anse de cratère, cannelée, large et plate, de nuance bleu foncé ; plusieurs cruches, vertes au dehors, et brunes à l'intérieur; enfin, et surtout, une riche série d'anses demi-circulaires, munies, au sommet de l'arc, d'une oreillette bilobée, qui marque la

1. Gauckler, Mélanges de V Ecole française de Rome, 1909, p. 205 (note manuscrite do M. Lanciani, datée du 19 janvier 1888).

LES TROIS TE3IPLES SUPERPOSÉS

place des trois doigts avec lesquels on tenait l'objet. Les tessons de ce dernier type sont relativement si nombreux, que le modèle qu'ils reproduisent, et dont je ne connais pas d'analogue à Rome, devait être d'un usage courant dans le temple du Janicule. C'était, à ce qu'il semble, un petit seau, une situla^ dont la forme, inusitée ailleurs, correspondait sans doute, dans le sanc-

Anscs de récipients en poterie cmailléc.

tuaire, à quelque rite particulier. Ces vases à glaçure métallifère étaient presque tous groupés en tas, avec des cendres et des scories, dans la partie médiane et au niveau supérieur du fossé. Ils ont dû être jetés en cet endroit à la suite d'un incendie assez tardif, sinon après la destruction définitive du temple de Gaionas.

Nous avons trouvé, dans le même amas, quelques carreaux de revêtement, émaillés, à demi brisés, portant des traces d'arrachement, et soudés ensemble par le feu. Ces

LE SANCTUAIKE SYRIEN DU JAMCLLE

appliques en terre jaunâtre, à couverte vert-émeraude, brunâtre ou bleu foncé, que jusqu'ici Ton n'avait rencontrées dans aucune ruine romaine de l'époque impériale, semblent une lointaine imitation des briques émaillées deBabylone et de Chaldée K Le type dont elles dérivent, remonte à une haute antiquité. Mais les carreaux qui décoraient le temple de Gaionas, ne peuvent guère être plus anciens que le sanctuaire lui-même. Ce sont de

Objets de terre cuite, avec amorce d'un tube.

médiocres copies, qu'exécutaient sans doute à bon marché, au second siècle de notre ère, les centres industriels de Syrie et d'Asie Mineure ~. Elles me paraissent, en tous cas, d'importation orientale.

1. Elles présentent beaucoup d'analog-ie avec les carreaux émaillés, provenant des fouilles de MM. de Sarzec et Dieulafoy, qui sont exposés au musée du Louvre, dans la salle des fouilles de Perse et de Chaldée.

2. H. Mazard, De la connaisHance par les anciens des (jlaçures ploinbifèreSy Paris, 1879, extrait du Musée archéologique, p. 14 et suiv. ; L. Heuzey, Les fragments de Tarse au Musée du Louvre, extrait de la Gazette des Beaux-Arts, 1876 ; Saglio et Pottier, Dict. des antiq., article figlinum opus (Jamot), p. 1131 et suiv.

LES TROIS TEMPLES SUPERPOSÉS

J'en dirai autant des vases émaillés que j'ai signalés plus haut K Rien ne permet de supposer qu'ils aient été faits sur place, à Rome, ou même, en Italie. Sans prétendre trancher ici le grave problème que soulève l'origine des vases émaillés, dont on a constaté la présence à l'époque romaine en divers points de l'Europe occidentale ^, je me bornerai à faire remarquer qu'en dépit de

Fragment de carreau en ciment, avec marque de potier.

sa fragilité, la poterie voyage aisément ^. Il était plus simple et moins coûteux, pour un prêtre syrien du Janicule, de faire venir de Tarse \ de Chypre ^ ou de

1. Cf. Perrot et Chipiez, Histoire de iArl, III, p. 674 et suiv.

2. Voir la liste dressée par II. Mazard, /. c, p. 36 et suiv.

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