LA MI'UE DE NÉRON
malheurs de sa famille et les siens propres, c’était une apologie. Tacite a consulté ces mémoires; il les cite. I.es faits, présentés sous un jour favorable, devaient éclairer la postérité et surtout réveiller l’intérêt passionné qu’inspirait aux Romains le sang de Germanicus.
Le travail soutint sa constance, l’amour de la gloire soutint son orgueil ; elle se retrempa dans l’adversité, non pas à la façon des sages que les épreuves calment et que la solitude adoucit, mais à la façon du fer que la trempe rend plus dur et plus tranchant.
L’avénement imprévu de Claude lui rendit la liberté, le séjour de Rome, ses biens, son fils, recueilli par sa belle-sœur Lépida, et la faveur publique réchauffée par la persécution. Dès lors, Agrippine veille sur ses paroles et sur ses actes avec une rare prudence. Elle sait que Wessaline a des passions terribles, qu’elle
est jalouse de son pouvoir el qu’il est danrçereux de lui porter ombrage. S’il lui était resté quelque doute sur ce point, sa sœur Julia Drusilla et une autre Julie, sa cousine, lui auraient servi d’avertissement. Toutes deux avaient essayé de jouer un rôle sur le Palatin et de prendre quelque influence sur Claude : Messaline, unie aux Césariens, les fit condamner et périr. Agrippine, au contraire, resta silencieuse et retirée; elle visitait rarement l’empereur, son oncle ; elle modérait, mais entretenait l’aveuglement populaire qui allait pousser Néron jusqu’au trône, car les peuples, une fois sur cette pente fatale, forgent eux-mémcs chaque anneau de la chaîne qui les doit étreindre. Elle prenait patience en sondant l’avenir, elle ménageait les chances favorables, elle invoquait le hasard, dieu des aventuriers, elle amassait de l’or, autre divinité adorée par