LA MÈRE DE NÉRON S9I
dix-neuf mille condamnés, Agrippine apparut revêtue d’une chlamy de d’or et d’un vêlement militaire qui l’assimilaient à un chef d’armée. Pline qui assistait à ce spectacle, en est resté ébloui.
Pendant qu’Agrippine grandissait, Narcisse, qui voyait Britannicus relégué chaque jour plus loin du trône et du cœur de son père, voulut la renverser. Il fit contre elle l’épreuve d’un crédit qui avait perdu Messaline. Il avait la confiance de Claude, Claude était sa propriété, son dernier gage ; Agrippine brisa ce gage précaire, elle fit disparaître cette propriété qui n’était qu’une fiction, ne voulant pas rester exposée, ainsi que Pallas, aux délations d’un affranchi trop assidu. A peine Narcisse, tourmenté par la goutte, était-il arrivé à Sinuesse pour y prendre les eaux, qu'il y apprit la mort de l’empereur, son maître. Locuste avait pré-
paré un pial de oliampignons que le jeune Néron appelait en riant le mets des dieux.
L’apothéose fut décernée au défunt césar au milieu des quolibets. Sénéque lui-méme ne put résister au plaisir de tourner en ridicule celui qu'il avait flatté ouvertement tant qu’il avait vécu V Apothéose d'une citrouille csi célèbre;
celle spirituelle infamie est parvenue jusqu’à nous. Rien n’est plus piquant que de voir se présenter parmi les dieux ce vieillard grotesque, qui semble traîné au ciel par un croc, ainsi qu’aux gémonies ; la salive coule le long de sa bouche, sa tête se balance sans relâche, il traîne la jambe, et fait entendre à l’Olympe, des sons confus, une voix rauque et sourde comme celle d’un phoque. Les dieux le renvoient aux enfers ; il y retrouve ses vic-