LA >IÈIIE DE NERON
l’avaient alarmée. Gaipurnia est proscrite à son tour, uniquement parce que Claude l’avait trouvée belle. Lépida, .sœur de Domitius, femme impudique et spirituelle, témoignait à son neveu Néron une tendresse inquiétante ; elle flattait ses goûts, lui prodiguait les présents, et ses caresses pouvaient cesser d’être maternelles. Lépida fut condamnée, et Néron obligé de porter témoignage contre sa tante.
Agrippine, du reste, tenait son fds dans une dépendance absolue ; elle n’avait pour lui aucune faiblesse ; elle le traitait rudement, l’accueillait toujours avec un visage sévère ou menaçant {iruci ac tnhiaci vultu), afin d’établir sur lui son empire d’une manière durable. Elle voulait lui as.surer le pouvoir, à la condition qu’il ne l’exerçât jamais. J’oubliais Statiliiis Taurus, dont les beaux jardins excitèrent l’envie de la nouvelle impératrice, et que l’on força de
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se tuer. Enfin, la faction des Césariens, par le seul fait de l’entrée énergique d'Agrippine dans le gouvernement, se trouva dissoute comme elle s’était formée, sans lutte apparente, sans secousse. Narcisse restait debout, isolé, mécontent, veillant sur Britannicus. Tacite explique eu quelques lignes quelle action fut imprimée aux affaires par l’avénement d’Agrippine. « Tout change dans l’État, dit-il et tout obéit à une femme ; mais cette femme ne se jouait plus de la chose publique au gré de ses passions. Les rênes de la servitude étaient resserrées et l’on croyait sentir une main virile. En public, sévérité et souvent orgueil; dans le secret du palais, rien d’impudique, à moins que l’ambition ne l’exigeât. Une soif insatiable de l’or avait pour prétexte les ressources qu’il faut ménager au pouvoir. )) Le grave historien laisse voir que la liaison d’Agrippine avec Pallas se continua
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après son mariage. Elle avait besoin dePalIas, qui depuis neuf ans administrait les finances et possédait les secrets de l’empire. Intendant du fisc impérial, il dispo.sait de ressources immenses et tenait le véritable nerf du pouvoir. Agrippine suivait en cela la maxime de César et d’Auguste, qui multipliaient leurs liaisons criminelles dans les grandes familles, afin d’avoir l’œil et l’oreille partout. Pour elle, une liaison suffit ; mais c’est avec le premier personnage de l’empire, le plus fier des Césariens. le complice de sa fortune. Aussi admet-on difficilement que Sénèque, Fœnius et quelques autres aient été les amants d’Agrippine. Elle n’avait aucun goût pour la galanterie ; chez elle, le vice n’était que le serviteur de l’ambition . N’est-elle pas en outre absorbée par le travail ? Elle administre, elle gouverne, elle pousse son fils, qui n’est pour elle qu’un garant de l’avenir et qui
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lui promet que son règne se prolongera sous le successeur de Claude. En attendant, quelle puissance, quelle grandeur elle s’assure ! quel prestige aux yeux de l’univers prosterné ! Elle est proclamée Augusta comme l’a été Livie ; elle reçoit les hommages publics du sénat ; les visites (pii .lui sont faites par les personnages sont consignés dans les Acta diunia, c’est-àdire dans le journal officiel du temps ; elle a le droit de monter dans un char semblable à ceux qui servent aux statues des dieux et aux prêtres qui les portent; elle occupe dans les cérémonies un trône semblable au trône de l’empereur ; elle reçoit les ambassadeurs ; elle fonde une colonie de vétérans dans la ville où elle est née, et lui donne le nom de Colonia Agrippina (Cologne). Enfin, dans la grande fêle du lac Fucin, ou le peuple entier se transporta pour assister au combat de deux (lottes et de