‹ Le sang de GermanicusChapitre 20 sur 23 · MÈRE DE NÉRON · texte numérisé non relu

MÈRE DE NÉRON

signal donné, l’affrancliie Àcéraunia se donnant pour Agrippine et assommée, Agrippine blessée à l’épaule d’un coup de rame, mais ne soufilant mot et s’éloignant à la nage. Une fois sauvée, elle se garde de se plaindre ; elle avertit son fils, elle feint de croire à un accident, et lorsque, enfin, les assassins entourent son lit, elle se lève , et découvrant les flancs qui ont porté Néron : « Frappez au ventre, »

s’écrie-t-elle. Impudeur sublime, plus féroce que toutes les imprécations.

Quelle femme ! que d’énergie vouée au mal !

Dans un autre temps, Agrippine, appliquant au bien ses prodigieuses facultés et son courage, aurait été une Lucrèce orgueilleuse de sa chasteté, une Cornélie orgueilleuse de ses enfants, une matrone orgueilleuse de sa race et de l’estime publique; mais elle était née dans des temps qui ne connaissaient plus de frein.

3ia LF, SANG PF, CERMANICLS

Élevée dans un milieu dissolvant, elle a perdu toute conscience du bien et du mal. L’or et la puissance seuls la guidaient, seuls l’enflammaient; son cœur, ouvert aux désirs sans bornes, était capable de tout, même de vertu. Déliée du devoir, son intelligence n’était plus qu’une force aveugle et frénétique, qui la perdait fatalement. Il était juste que cet égoïsme souverain, qui avait méprisé tout ce que les hommes respectent, en fût réduit un jour à ne pouvoir ni s’abriter derrière les lois de la société, ni même invoquer les lois de la nature.

Entre Agrippine et Livic le parallèle est manifeste et propre à nous éclairer. Ce sont deux femmes, non point égales, mais qui ont joué le premier rôle dans leur siècle : l’une a servi de modèle à l’autre ; elles ont autant de dissemblances que de points communs. Livie, modérée, toujours maîtresse d’elle-même, montre

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