‹ Le sang de GermanicusChapitre 7 sur 23 · LES CI'.SAIUE.NS · texte numérisé non relu

LES CI'.SAIUE.NS

les Gallo-Romains seront plus tard aux Francs ou les Grecs du Phanar aux Turcs. Déjà les comédies de Térence et de Plaute montrent les esclaves sc moquant des pères ou les abusant par mille ruses, tandis qu’ils corrompent les fils dont ils sont les complaisants instituteurs. Sous l’empire, les affranchis sont bien supérieurs et à leur condition et à leurs mailres. Un préjugé moderne leur prête je ne sais quelle bassesse de traits égale à la bassesse de leur âme. C’est une injustice et une erreur historique. On dit proverbialement : une tête d'affranchi, et l’imagination évoque une figure sournoise, un front bas, des cheveux courts, des oreilles larges, une expression fine et ignoble. Rien n’est plus opposé à la vérité. Il faut imaginer au contraire un beau visage, toujours souriant, de grands yeux intelligents, profonds, animés par le désir de plaire, des proportions

élégantes, une démarche souple cl non sans noblesse, des vêlements riches et tous les signes du luxe. Leur origine servile n’avait pu effacer l’aristocratie native de leur race. Certes les Ioniens, les Grecs, les Syriens, qui circulaient par milliers dans les rues de Rome, avaient un autre air que le descendant des vieux habitants du Latium, de l’Ombrie ou de l’Étrurie. La culture de l’esprit, la connaissance approfondie des langues, des lettres et des arts, le goût de l’intrigue, l’habitude des grandes spéculations, le sentiment de leur supériorité intellectuelle, un raffinement singulier de corruption, la science de tous les plaisirs développaient encore la distinction de leur type. Les plus vicieux avaient l’audace et les séductions de nos roués politiques ; les plus honnêtes étaient des hommes de lettres et des savants. Tiron, l’affranchi de Cicéron, Phèdre, l’affran-

LES CÉS.VIUENS

chi d’Auguste, et l’exquis Térence, devraient nous faire mieux juger la valeur et le rôle des afîiranchis.

C’était donc à de telles mains que Claude était livré. Il vivait avec ses affranchis dans la plus entière familiarité. Rebut de la cour, il trouvait en eux des secrétaires, des intendants, des collaborateur^, des compagnons de travail, de jeu, de table, de plaisir. Dans la société antique, la femme n’était point associée à la vie de l’homme, qui était tout extérieure. Le patron avait donc plus d’intimité avec ses affranchis qu’avec sa propre femme ; ils l’accompagnaient partout, à l’assemblée, au cirque, à l’amphithéâtre, au bain, à la basilique, à la promenade, en voyage. Claude avait le goût de la déclamation et la passion d’écrire l’histoire ; ils participaient à ses travaux, préparaient ses compilations, traduisaient les manuscrits étrusques

et carthaginois, écrivaient sous sa dictée, corrigeaient ou rédigeaient à nouveau ses œuvres grecques. Ils devenaient ensuite ses auditeurs, l’applaudissaient, l’enivraient par leurs éloges tantôt sans mesure , tantôt assaisonnés d’un encens délicat. Ils pourvoyaient aussi à ses besoins, à ses appétits, à ses vices, car la vie matérielle n’était point sacrifiée aux travaux de l’esprit. En vérité, Claude était heureux au milieu des serviteurs et des parasites que Rome méprisait, mais qui étaient ses seuls amis.

On devine quel coup de théâtre ce fut dans la maison du faubourg lorsqu’on apprit subitement que Claude était empereur. Tous ses esclaves, tous ses affranchis se précipitent vers le Palatin. On s’empare de Claude, on l’entoure, on le garde, on le félicite, on l’intimide, on le protège, on le conseille, on

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