‹ Le sang de la coupeChapitre 20 sur 20 · XXXIII · texte numérisé non relu

XXXIII

Ballade pour les chanteurs,

O oyons sérieux ou bouffons, Mais chantons! Luth ou flageolet, C'est par là que nous triomphons, Prenant les âmes au filet.

î 2 2 TRENTE-SIX

Lion fauve, doux agnelet Et rochers à qui maintes fois Orphée en leur langue parlait, Tout cède au charme de la voix.

Jeannettes que nous attifons, Lindors triés sur le volet, Banquier maniant ses chiffons, Soudard tenant son pistolet, Moine disant son chapelet, Amour qui de ses petits doigts Sans façon nous prend au collet, Tout cède au charme de la voix.

Chantons sous les ardents plafonds Où l'or pompeux met son reflet, Ou dans les bocages profonds Comme fait le rossignolet, Mais chantons ! Duc ou Jodelet, Orgueil indomptable des rois

BALLADE? JOYEVSES. 323

Et fillette à l'esprit follet, Tout cèdfc au charme de la voix.

F.nv n i.

r rince, je suis votre valet!

Vous aimez Lyse, je le vois ; Eh bien, chantez ! car, s'il vous plaît, Tout cède au charma de la voix.

Juillet iSfiq.

324 TKENTE-SIX

Ballade de la joyeuse chanson du cor.

Ainsi qu'un orage tonnant A la voix des magiciens, Le cor éveille, en résonnant Sur les coteaux aériens,

BALLADES JOYEVSES. 325

Le chœur des vents musiciens.

Sonnez, piqueurs galonnés d'or!

Parmi les aboiements des chiens Qu'il est joyeux le chant du cor !

Dans le clair matin rayonnant, Plus d'ennuis et plus de liens Au bois sauvage et frissonnant Qui n'a que des loups pour gardiens!

Éclatez, cris olympiens, Encor! encor! encor! encor!

O chasseurs, francs bohémiens, Qu'il est joyeux le chant du cor !

Le soleil embrase, en tournant, Les gorges de ces monts anciens, Et l'on croit y voir maintenant Briller cent rubis indiens.

O sanglier géant, tu viens Tomber dans ce riche décor :

Hurrah! bons chiens patriciens!

Qu'il est joyeux le chant du cor!

Jr rince, les beaux tragédiens Que ces chiens au rapide essor, Et dans les vents éoliens Qu'il est joyeux le chant du cor !

Octobre tR6o.

ALLADKS JOYEV8ES. 3^7

Ballade à la Sainte Vierge.

Vierge Marie! après ce bon rimeur François Villon, qui sut prier et croire, Et qui jadis, malgré sa folle humeur, Fit sa ballade immortelle à ta gloire, Je chanterai ton règne et ta victoire.

Ton diadème éclate avec fierté Et sur ton front il rayonne, enchanté.

Mille astres d'or frissonnent sur tes voiles. Tu resplendis, ô Lys de pureté, Dame des Cieux, dans l'azur plein d'étoiles.

i'iH T RENIE- SIX

Mère sans tache, entends notre clameur Et sauve-nous du mirage illusoire !

Vierge, à travers le monde et sa rumeur Guide nos pas tremblants dans la nuit noire. Luis, Porte d'Or ! Apparais, Tour d'Ivoire ! Toujours le Mal, avec peine évité, Poursuit notre ombre, et dans l'obscurité Pour nous meurtrir ce chasseur tend ses toiles. Aide-nous, toi dont le Fils a lutté, Dame des Cieux, dans l'azur plein d'étoiles!

Conduis le faible! Éveille le dormeur!

Parfois le sombre Océan sans mémoire Rit à nos yeux troublés, comme un charmeur, Et montre un flot calme et rayé de moire Comme une source où la biche vient boire ; Puis il devient un gouffre épouvanté !

Quand le marin sent l'orage irrité Briser ses mâts et déchirer ses voiles, Tu fais pour lui briller une clarté, Dame des Cieux, dans l'azur plein d'étoiles!

A.LLADES JOVEVSES. 329

En va i.

j\eine de Grâce, et Reine de Bonté,

Aide et soutiens notre fragilité.

Fuyant l'abîme affreux que tu nous voiles,

Fais que notre âme arrive en liberté,

Dame des Ciiux, dans l'azur plein d'étoiles!

Mai 1869.

Ballade au lecteur, pour finir.

Lïentil lecteur, vide ton verre un peu

Et lis encor cette dernière page.

J'ai vu briller le front vermeil du Dieu

Aux flèches d'or, que nul en vain n'outrage ;

Fou de splendeur, j'ai suivi ce mirage,

Et c'est pourquoi je te donne ceci.

Vois, ce n'est pas le fait d'un cœur transi,

Car en ce temps de fous et de malades.

Grâce à la Muse, et je lui dis merci,

J'ai composé mes trente-six ballades.

BALLADES JOYEVSES. J31

D'autres chanteurs, épris du même jeu, Vers l'âpre cime où s'éveille l'orage Ont comme moi, sous les éclairs de feu, Cherché longtemps avec un grand courage Ces diamants inconnus à notre âge.

Clément Marot, puis La Fontaine aussi, Après Villon, s'en mêlèrent ainsi; Mais plus heureux que ces fiers Encelades Ou qu'un mineur qui trouve le Sancy, J'ai composé mes trente-six ballades.

Folâtrement, comme j'en ai fait vœu, Pour ton plaisir j'ai fini cet ouvrage. Avec ta mie errant sous le ciel bleu, Emporte-le dans la forêt sauvage Où l'herbe pousse, et lisez sous l'ombrage. Au fond du bois par le soir obscurci, Le rossignol tremblant donne le si De Tamberlick dans toutes ses roulades; Mais, tu l'entends, moi je leur donne aussi, J'ai composé mes trente-six ballades.

Envoi.

A. mi lecteur, qui seul fais mon souci, Ne va point dire : Il n'a pas réussi Même à gravir par maintes escalades Le double mont ; je te répondrais : si, J'ai composé mes trente-six ballades.

Octobre 1869.

VIZcÀlUX. <^ V1LL0PÇ.

A au v re Villon, dont la mémoire fut Navrée, helas ! comme une Iphigénie, Tant de menteurs s'étant mis à Vaffut, Dans ta légende ahfurde, moi je nie Tout, grand aïeul, hors ton libre génie. O vagabond dormant fous le ciel bleu, Qui vins un jour nous apporter le feu Dans ta prunelle encore épouvantée, Ce vol hardi, tu ne l'as fait qu'à Dieu : Tu fus larron, mais comme Prométhée.

31 juin 1875.

Table.

Pages.

Préface v

Le Sang de la Coupe i

Malédiction de Cypris 4

Les Souffrances de l'Artiste 38

Louanges d'Aurèlie 44

La Toison d'or 51

Amazone nue 53

La Thessalie, à Auguste Préault 56

La Lyre 57

Les Affres de l'Amour 58

La Xitit 59

La Prophétie de Cal chas 60

Artémis partant pour la chasse 72

Tristesse au jardin 73

La Colombe blessée 82

Le Palais de la Mode 83

Homme, tu peux faucher, par un sombre désastre... 89

Vous en qui je salue une nouvelle aurore 90

Pages.

Le Triomphe du Génie 96

Le Livre d'Heures de la Châtelaine 99

A la Font-Georges 105

A mesdemoiselles Ame'naïde, Lyzie et Eugénie de

Friherg 106

A la forêt de Fontainebleau 109

Les Roses 112

Le Vin de l'Amour 115

La Muse héroïque 116

La Gloire de Molière 121

La Muse des vingt ans 138

La Charité 142

A Henri Heine 147

Le Jugement de Paris 149

Les Voyageurs 182

Fille de la clarté. Muse aux regards vermeils 186

Trente-six Ballades joyeuses.

Avant-propos 191

Histoire de la Ballade, par Charles Asselineau. . 195

Dizain, au lecteur 222

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