‹ Le Sang des crépusculesChapitre 11 sur 54 · LE PAUVRE · texte numérisé non relu

LE PAUVRE

Aux soirs où son chagrin en mourant se prolonge, Où croupissent au cœur hermétique des vases La cendre et le sang noir des subtiles extases Que son spleen recueillit sur les lèvres du songe ;

Vers l'heure où le jour s'atténue, où l'ombre ronge Le peu d'or qui tremblote encor au bord des arbres, Il demande l'aumône à la ville des marbres Que n'ont pas revêtus les robes du mensonge ;

LES DERNIERES POURPRES DJ

L'aumône pour ses yeux assoiffés de ténèbres, L'aumône pour le mal secret de ses vertèbres, Et pour sa lâcheté le pardon sans reproches.

L'âme, joyau d'orgueil, rompt sa gangue de pierre, Et le pauvre s'unit à la plainte des cloches Dont s'attriste le silence du cimetière.

L'aumône pour ce pauvre d'un peu de pitié, Et qu'on lui verse du vin fort pour sa faiblesse ; Ah ! les sandales trop étroites qui le blessent, Et ce bâton, rugueux et tors, d'humble routier. .

C'est vrai : chair en révolte et mauvais ouvrier, Il a péché ; donc il mérite qu'on le plaigne. Epargnez-lui les remontrances qui dédaignent, Epargnez-lui la lourde honte de prier;

Ouvrez s'il pleure, et l'aube assoupie a la porte

Jonchera d'or et de pétales votre seuil,

lu vous, les doigts craintifs hors les bagues d'orgueil,

Vous oindrez d'huile tiède et d'essence de roses

Les ulcères de ses orteils : car il emporte

La flûte d'un dieu mort, dans son bissac, ce pauvre.

ni

Sois charitable et sans orgueil pour ton prochain De porte en porte, avec un regard triste, il erre, Et les pharisiens ont peur de sa misère Et du bâton grossier qui tremble dans sa main.

Or le seul pain qu'on ne quémande pas en vain, On le fait d'autre blé que celui de la terre Dans les temples silencieux où, solitaire, S'agenouillait l'humilité du publicain.

LES DERNIÈRES POl'RPRES 59

Ensoleillant sa barbe au fumier des étables,

Des cloches de l'aurore à la nuit, lamentable,

Il a marche' vers Dieu, pieds nus, la corde au cou.

Si contre lui leurs cœurs sont mués en cailloux,

Ris de ces insensés qui lapident un fou,

Et d'un doigt calme indique lui la Bonne Table.

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