UN MOINE EXT A TIQUE PARLE
Gomme le Christ j'ai comparu devant des juges; Pilate me laissa huer par la crapule.
Et mon silence calme a rouillé leurs insultes.
Ils m'ont lié comme le Christ au tronc d'un cèdre, Leur fustigation dénuda mes vertèbres.
Et j'ai pour les bénir ployé le roseau-sceptre.
54 l-1 SANG DES CRÉPI SCI L
J'ai suscite la croix de honte par les rues, Comme le Christ sous le rire haineux des brutes.
Et leur venin lubrifia ma lassitude.
Or, le gibet d'opprobre érigé sur le Tertre,
Mes ongles et les clous à ses bras m'incrustèrent.
Et j'assumai le poids des péchés de la Terre.
Et comme toi, mon Dieu, j'ai mordu le calice Où le doigt du Destin ébauchait dans la lie- Un signe que mes yeux affaiblis n'ont pu lire.
J'ai souffert dans ta chair, j'ai sué l'ineffable
Agonie et cuvé l'ivresse de tes affres
Quand le Père étendit son ombre sur ta face.
Le vent de sa colère a desséché nos moelles,
Et j'ai crié ton désespoir et ton angoisse
Vers les cieux désertés où saignaient les étoiles.
LES DERNIERES POURPRES
On détacha nos corps de la croix. Les pieuses Femmes à nos fronts froids raidirent les suaires; L'aube effila de sa rosée aux cils des veuves, Et Theure qui naissait nous mura dans la pierre.
Et te voilà, mon Dieu, ressuscité.
A tes reins le haillon de pourpre dérisoire Irradie une mer aveuglante de gloire Qui bat de ses flots d'or les murs de ta Cité. Tes Dominations rhythment sur les théorbes L'essor harmonieux des mondes dans leurs orbes; Tu traînes des soleils aux pans de ton linceul Et les trous de tes mains en étoiles fulgurent. . .
Et moi, Seigneur, Seigneur; j'ai saigné tes blessures Et j'ai vécu ta mort : et tu me laisses seul,
Et pour l'Éternité, dans ton sépulcre.