CEUX QUI CHERCHENT LEUR AME
Souffle d'amour profond dont palpitent les feuilles, Souffle d'amour plus fort que toutes nos douleurs, Songe des nuits, lourd de parfums et de rumeurs, Heure infinie et calme où l'âme se recueille ;
Toi qui troubles le cœur paisible des jardins, Epargne les enfants graves qui se souviennent D'une bouche effleurée ou d'une peine ancienne, Et pleurent au chevet de leurs rêves éteints.
LE SANG DES CREPUSCILIiS
P uisquc tu sais leur ignorance et leur faiblesse, Sois celui qui pardonne et daigne avoir pitié; Que ta voix de leur route écarte le Passé, Ce pauvre, qui les obsède avec sa tristesse.
Assoupis sur les bancs où neigent les tilleuls, Ils écoutent le sphinx qui veille au seuil des livres ; Eux qui n'ont pas vécu se refusent à vivre, Et ce sont des enfants, et ce sont des aïeuls.
Ils ont jeté la bêche et filent la quenouille, Ils souffrent de la joie et blasphèment l'été, Et dans leur lourde et vile angoisse ils ont gardé La foi qui les torture et qui les agenouille. —
Un sanglot monte du silence des jardins, L'ombre du soir descend sur l'œuvre inachevée, Et la nuit implacable et bestiale étreint Les choses en langueur et dont nulle ne plaint Ceux qui cherchent leur âme et ne l'ont pas trouvée.