L'AUBE DE TRISTESSE
Il est, ce jeune avril, plus triste que l'automne, Malgré le prélude ivre et clair des feuilles folles Parmi l'ivoire et l'or d'écloses anémones, Parmi d'ailés gringuenottis de rossignols.
Il est plus triste, on dirait qu'il est las de vivre Et que les frênes sur les marges d'avenues Dans leur songe effilé se souviennent du givre: Et la chimère en rut s'agriffe à nos cœurs nus.
Le Rêve où meurt la Foi nous plie à sa faiblesse, Nous devinons l'hostie absente du ciboire Et que le Dieu des âmes simples nous délaisse ; Et cette aube à nos yeux est lourde comme un soir.
Que la voix du sommeil poupeline nos songes, Loin des livres railleurs et des femmes qui mentent, Que l'ombre endorme l'amertume qui nous ronge, Nous dont le cœur est tiède et lâche infiniment.
Toujours du vent qui pleure avec monotonie, Du soleil qui se fane aux ais des granges closes... Et l'âme aveugle à l'agonie exulte et nie La résurrection radieuse des roses.