LE RAMASSE UR DE REVES
Dans la forêt crépusculaire de la Vie, Je suis le bûcheron qui glane du bois mort Où l'adieu du soleil se perpétue en ors, Et j'ai robe des ceps à la vigne divine.
Le fagot douloureux s'incruste à ma chair vive, Je marche, et l'ombre entend haleter mon effort Vers la plaine nocturne où miroitent les cors Des archers accroupis aux portes de la ville.
Au fil de Theure ainsi je ramasse des rêves Pour Pâtre taciturne où veillent les chimères. Or les langues de flamme souples les enlacent,
Et, de ses doigts subtils et doux d'enlumineur,
Le feu ranime un peu de passé sur ma face,
Au rhythme assoupissant des rouets ronronneurs.
SOURDINES ANGELIQUES
Le vent limpide, effleurant l'ombre, endort les lys Qui fleuriront l'avènement des chansons fraîches, Et ravive en fuyant au ras des feuilles sèches Les songes douloureux d'automnes abolis.
Laissez-moi, les yeux clos, les doigts anonchalis, Comme à boire la chair savoureuse des pêches M'assoupir dans le creux de vos seins, bonnes crèches Aux mendiants d'amour que la vie a pâlis.
Laissez-moi ; le soleil, fardé de brume, teinte
De sang tiède et mourant l'or glauque des ruchers,
Et, renaissant de la rumeur humaine éteinte,
Voici, tel un divin pardon à nos péchés, Crépuscule en sourdine de harpes, qu'il tinte Un Angélus aux neiges roses des pêchers.