DERNIERES VEILLES DE DEPART
Derniers jours d'un amour qui meurt, gouttes de pluie Qu'une à une le vent détache des feuillées, Notes de clavecin sourdement prolongées, Pétales en allés de roses qui vieillissent.
Derniers jours, vol lointain de colombes en fuite, Étoiles que l'aube ivre en s'éveillant efface ; Derniers jours, chapelet des larmes diaphanes Qui scintillent dans l'ombre et que nulle n'essuie...
198 LE SANG 'dis CREPUSCULES
Et quand le pas léger de celle que j'aimais Et sa voix triste qui décroît vers le couchant N'effaroucheront plus les merles sur les haies,
Je lirai mon destin dans l'eau morte où se penche Et tremble la maison solitaire : et les chambres Attendriront leur âme à ma plainte d'enfant.
L'heure triste du fond de sa vie est venue Dans le rire dupeur des roses du de'part ; L'enfant silencieux a quitte' vers le tard La chambre close où les musiques se sont tues.
La grille douloureuse, au bas de l'avenue, S'est lentement ouverte et vire dans un cri; Longtemps s'étouffe, bruit mourant d'eau qui tarit. Le murmure lointain des voix qu'il a connues...
L AUTOMNE AMER I Q g
Il sent que l'ombre est sur son âme et qu'elle a mal
Et qu'une bise aiguë en gerce le cristal ;
Et l'enfant, que la main charitable abandonne,
Dans le parc bruissant où la pluie a cessé
Exile de ses yeux le rêve du passé,
Et reste seul à sangloter parmi l'automne.
D'un pas traînant, comme affaibli, l'heure s'en va, Ne laissant d'elle qu'un peu d'ombre sur le sable. Il faut la suivre encor dans sa marche inlassable Et ressonger en vain la halte qu'on rêva.
Fermons les yeux, ma calme sœur, et soyez forte; J'emporte notre amour crucifiée en moi Avec l'espoir qu'une aube neuve et votre foi Des linges du passé susciteront la morte.
200 LE SANG DES CRI PI Cl LES
Et c'est en sanglotant pourtant qu'on se résigne. Le Seigneur a chassé l'ouvrier de sa vigne, Et celui-ci croise les bras, s'arrête, et fuit.
Le soir tombe, fermons les yeux, ma calme amie, L'eau, veuve des divins cygnes, s'est endormie, Notre âme flotte à la dérive dans la nuit.
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LA NUIT D'INFINIE TRISTESSE
L'homme abreuve à jamais sa peine au même soir, Aux sources du passé boivent d'autres colombes; Tant de chagrins ont enlacé la même tombe, Tant de songes sont morts dans le même miroir...
La mer efface au loin les voiles de l'espoir, La mer a délaissé la grevé où la nuit tombe, Et l'inconnu qui passe et ne veut pas s'asseoir Ecoute s'engouffrer le vent plaintif aux conques.
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Le vent toujours plus grave et triste sur la grève ; Et, las du large où, monotone et lourd sanglot, S'écroule la rumeur lumineuse des flots, Il s'éloigne en haussant la torche de son rêve
Vers les plaines où la forêt, sinistre aïeule, Palpitante, élargit ses jupes de ténèbres ; Il entre, il écarte les branches^ et les feuilles Qu'il effleure du front tremblent comme des lèvres.
Et l'inconnu s'arrête au bord d'une fontaine ; D'un geste qui pardonne il impose les mains A cette onde qui s'offre aux errants des chemins. Et parle comme pleure une douleur humaine :
N'est-elle pas toujours aussi limpide et calme, Cette source, cristal serti dans le rocher, Où l'adolescent grave autrefois vint chercher Un miroir assez clair et profond pour son âme.
LA NUIT DTNFINIE TRISTESSE 205
Où la femme si douce, et qui semblait avoir Emprisonné de l'aube à l'ombre de ses cils, Me regarda longtemps avec des yeux pensifs, Et me tendit à boire, un soir où j'avais soif,
A boire dans la coupe ardente de sa bouche. Et j'ai cru que la femme aimait, je l'ai suivie A travers des pays de brume et de prairies Où ses pas e'veillaient des roses dans la boue ;
La bonté' de la nuit m'endormit auprès d'elle, Et nous ne savions pas que la chair est mauvaise ; J'enveloppai les contours frêles de ses rêves De vers subtils qui la frôlaient comme des ailes,
Et l'heure de l'amour descendit dans ses yeux, L'heure où l'ombre s'emplit d'arômes et de souffles, Où l'oreille de l'homme éperdu ment écoute L'immensité qui monte en prière vers Dieu.
Pourquoi l'enfant rieuse à qui j'ai tout donne Retira-t-elle un jour ses mains d'entre les miennes Avec un dédain froid des gestes qui retiennent ? Ah! pourquoi celle-là m'a-t elle abandonné?
Et la Vie éternelle répond : le Destin Veut qu'aux vasques d'antan boivent d'autres colombes, Qu'à chaque aurore un lys meure à la même tombe Et que l'essaim nouveau s'enivre à l'ancien thym. —
D'autres puiseront donc un peu d'ombre à cette âme Comme on violel'eau sombre au cœur despuits profonds. Mais nul d'eux ne saura quel parfum s'en émane, Ni l'orque le soleil incrusta dans le fond.
Moi je ne dois plus voir neiger dans la lumière Le vol immaculé des cygnes sur les cimes, Et le matin qui naît scellera mes paupières, Car la route où je marche aboutit à l'abîme.
LA NUIT D INFINIE TRISTESSE
La Mort splendide et bonne et calme se de'voile, Et je me penche, une dernière fois, pour boire A la source d'amour dont l'eau glacée et noire Recueille l'agonie immense des étoiles.
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PRELUDE i