POURQUOI NOUS OBSTINER, MA CHÈRE
A SULLY-PRUDHOMME
I OURQUOI nous obstiner, ma chère, A vouloir dans un vain effort Rallumer la flamme éphémère Au foyer désormais bien mort ?
Quand la source claire est tarie, Les pleurs de nos yeux arrachés Feront-ils, ô ma douce amie, Refleurir les roseaux séchés ?
Vous m'avez pris saignant encore, Le cœur meurtri d'un autre amour.
Vous avez cru voir une aurore Dans l'adieu d'un dernier beau jour.
Votre erreur, enfant, m'était chère, Ce rêve avait tant de douceur, Vous aviez les soins d'une mère Et la réserve d'une sœur.
Et je jouissais en égoïste De votre touchant abandon, Lisant dans votre regard triste L'espoir assuré du pardon.
Ce n'était pas coquetterie,
Je vous jure, ni trahison,
Mais ma pauvre âme était meurtrie,
Et vous étiez la guérison.
Sur la plaie encor mal fermée, Au moindre coup prête à s'ouvrir, J'aimais sentir l'ombre embaumée De vos mains fondre et s'attendrir.
Je le sais, j'aurais dû vous dire :
Non, je n'aime pas ! mais comment ?
Comment repousser le sourire ?
Comment chasser le dévoûment ?
Je sais, je fus un misérable, J'ai mis mon front sur vos genoux Et ce que j'implorais de vous N'était pas V amour adorable.
Je fus le chien indifférent
Qui rôde, affamé de caresse,
Apitoyant sur sa détresse,
Le long des grands chemins errant.
Je n'eus point la reconnaissance Mais j'aurai la sincérité Car je vous livre la vengeance :
Lœ mépris de ma lâcheté.
MWJOWïCA