LA PRINCESSE AUDOVÈRE
« Leur sang est plus vermeil que vos rouges pétales, « Fleurs de pourpre, » dit-elle, et ses lèvres royales
Baisent les digitales, Tandis que ses doigts blancs effeuillent les lys d'ors.
Car les champs de bataille et les rouges clairières, Où râlent, soulevés sur deux poings empourprés, Les princes expirant sous leurs chevaux cabrés, Plaisent aux vierges fières.
Les vierges pour le sang n'ont pas l'horreur des mères Frissonnantes toujours pour un fils adoré ; Leur cœur n'a pas souffert, leurs yeux n'ont pas pleuré Aux vierges solitaires.
Blanche dans les plis blancs de sa robe de laine, Dont l'ourlet est brodé de larges trèfles d'ors, Audovère sourit dans l'ombre des grands chênes ;
Et les beaux princes morts, Dont les fauves cheveux trempent dans les fontaines, Saignent dans la grande herbe et les menthes du bord, Quand passe au fond des bois dans sa robe qui traîne
La blonde et jeune reine, Dont l'ourlet est brodé de larges trèfles d'or.
Dans le calme des bois, au fond du cloître austère, Où dorment des rois francs les tombeaux vénérés, Elle dort, elle aussi, dans ces cheveux dorés La princesse Audovère.
Plus blanche qu'une perle, au fond du bois sacré, Elle dort à jamais ; sa lèvre un peu sévère A gardé le secret de son rêve ignoré, Cruel et solitaire.
-ûr