‹ Le sang françaisChapitre 18 sur 47 · NOS ANCÊTRES DANS L'OUEST · texte numérisé non relu

NOS ANCÊTRES DANS L'OUEST

“Mesdames, Messieurs.

En ces temps de lutte pour la préservation der nos droits les plus sacrés, il n'est pas de stimulant plus efficace pour soutenir notre courage, que de nous remémorer, de temps à autre, les magnifiques actions de nos ancêtres en ce pays.

Et lorsque je dis cé pays, je ne veux pas parler nécessairement de celui où se sont d’abord répandus les hommes courageux qui ont peiné à la tâche sublime de créer une Nouvelle France sur ce continent: le Bas-Canada, le Haut-Canada, les Provinces Maritimes en $ - ‘dehors de Québec, et les Etats-Unis. Je ne me représente pas seule-

ment leurs océans, leurs mers, leurs lacs et leurs rivières que nos pères ont parcourus au milieu des pires dangers; je ne pense pas uniquement aux difficultés inouïes que ces braves avaient partout à y surmonter; je songe surtout à à nos belles prairies de 1? Ouest, à leurs magnifiques faces et à leurs majestueuses rivières, aux gigantesques montagnes qui les séparent des flots du Pacifique.

, Je ne me souviens pas seulement des exemples fameux de ces : valeureux ancêtres qui, le long du St. Laurent, autour des grands lavs, et au coeur de ce qui est aujourd’hui les «Etats-Unis, entreprirent, au mépris de leur existence, de faire connaître aux populations du vieux monde un nouveau continent, et d'amener les primitives peuplades de celui-ei à la vénération des vérités incommensurables et éternelles du Christianisme; je songe surtout au dévouement et à la foi ardente de ces robustes pionniers et de ces grands missionnaires | qui ouvrirent chez nous, malgré les obstacles sans nombre, les routes aux explorations, aux prédieations et à la civilisation.

Je n’exagère rien en affrÿjant que le récit des faits et gestes de

ceux de notre race qui nous onf précédés dans les immenses plaines et - au milieu des monts quasi inaccessibles qui forment le domaine des provinces de l'Ouest, est captivant à l’égal du foman d'’aventures le mieux imaginé, n'est besoin de lire ni Fenimore Cooper, ni Gustave Aymard, ni les é écrivains qui ont marché sur leurs traces pour assister, par la pensée, à des aventures. d’un intérêt absorbant, ou parcourir, en imagination, des paysages magnifiques ; il suffit de sui- : vre les coureurs de bois, les découvrenrs, et les missionnaires qui se sont suecédés depuis bientôt quatre siècles, des rives du St. Laurent et des Grands Lacs aux immensités de l'Ouest, sauvages alors, resplendissantes aujourd’hui de riches moissons où: notre génération récolte,

*Causerié donnée au Club “Le Canada'” le 5 novembre 1916.

‘ ‘ ss . CC Li | . .

dans une jouissance paisible, les fruits des travaux extraordinaires et des lüttes presque inénarrables de ces grands pionniers.

‘Rappelez-vous bien, nous dit ce vaillant et noble coeur, le sénateur Landry, rappelez-vous bien la souveraine noblesse de nos origines et la grandeur de notre passé. Nous sommes les fils de ceux qui ont découvert la moitié-de ce continent et marqué partout l'empreinte catholique et française”? Le |

‘La puissance française est maintenant une chose du passé, a écrit un auteur américain, John Fiske, et lorsque nous évoquons ses ombres disparues, elles s'élèvent de leurs tombeaux au-dessus de

‘ rious sous des dehors étranges et romantiques. Les fantômes de leurs feux de campements semblent de nouveau brûler, et la lumière vacillante se joue à l’entour sur le seigneur, le vassal et le prêtre à la robe noire, mêlés aux silhouettes farouches des sauvages guerriers, tous-liés en une étroite camaraderie pour la poursuite du même ‘ but austère. Une vision sans limite s'empare de nous: un continent indompté; de vastes étendues de forêts verdoyantes; de silencieuses montagnes dans leur premier sommeil; des rivières, des lacs, et de gais étangs; des océans de solitudes se mêlent aux cieux. Tel était le domaine qu'avait acquis la France à la civilisation. Des casques ornés de plumes brillaient dans l’ombre de ses forêts, des habits de prêtres se glissaient dans les retraites et les places fortes d'une barbarie vieille comme le mondé; des hommes plongés dans l’étude de sciences antiques, pâlis dans les cellules des cloîtres, passaient ici

y la meilleure partie de leur existence, gouvernaient des hordes sauvages avec une douce autorité paternelle, et gardaient leur sérénité jusque dans les affres de la mort la plus cruelle. Des hommes élevés dans les cours, héritiers des manières polies d’une.ascendance très ancienne, égalaient, par leur vigueur indomptable, les travailleurs les plus robustes?” ‘

Et à la suite de ces hommes, que rien n’effrayait, venaient ces douces religieuses qui, malgré la faiblesse inhérente à leur nature, tenaient à faire leur part de l'oeuvre immense entreprise par les pionniers de la civilisation et de la religion. -

La lutte entre les éléments français et anglo-saxons qui s’engagea dès les débuts, pour la suprématie sur ce continent fut l’un des points tournant de l’histoire du monde, n'ayant comme parallèles que les conflits restés fameux et d’où .a dépendu la civilisation moderne, entre les Grecs et les Perses, les Romaïns et les Carthaginois. Il y a pourtant cette différence, que dans le cas qui nous occupe,.au Canada du moins, nouë, que. l’on se plaît parfois à appeler conquis, restons toujours debout et, qu’au lieu de perdre de notre vigueur et .de notre influence, nous sentons l’une et l’autre s’accroître tous les

jours. Tant il est vrai qu’il n’y a rien comme la persécution pour inoculer la vigueur aux faibles, et pour décupler le courage des forts, tant il est vrai, comme l’a si bien dit Hugo, que ‘‘les martyrs sont le combustible des religions. -Plus-1il y en a dans le brasier, plus la

. flamme monte, plus l'idée grandit, plus la vérité illumine. ””

LT

Avec l'union sacrée et indissoluble qui existe depuis plus de deux ans entre les deux mères patries des deux principdux éléments dont est composée la population du Canada, les yeux de ceux de nos compatriotes de langue anglaise qui ne nous comprennent pas, ne devraient-ils pas s'ouvrir et ne devraient-ils pas voir que leurs actes menacent de tourner tout simplement à l'infamie?. Alors que jles journaux d’Angleterre$ s'étonnent que l'on puisse s’opposer à l'acquisition par les enfants ('anadiens-français de leur langue maternelle, et affirment, en recommendant l’étude du français dans toutes les écoles primaires et modèles du Royaume Uni, que l'insularité et le monoglottisme de l'Angleterre constituent pour elle un danger dans l'avenir; alors que Sir Charles Wakefeld, ex-lord-maire de Londres, et Madame Pankhurst, leader du parti du suffrage universel, plaident pour l'enseignement du français d’un bout à l’autre de l'Empire Britannique, nos compatriotes de langue anglaise au Canada ne devraient-ils pas reconnaître leur erreur et comprendre enfin qu’il ne peut y avoir de mal à ce qu'un pays soit bilingue? Et cette-lutte de races, où l'une semble vouloir priver'l’autre des droits que celleei possède réellement au même degré que celle-là, ne devrait-elle pas se changer en un conflit amical où nous nous efforcerions de suppléer par un échange mutuel aux qualités qui nous font défaut, de façon à faire de ce Dominion, une nation où la perfection arrive à son apogée? Nous de l'élément français, nous sommes prêts; nous le sommes depuis les plaines d'Abraham. Attendrons-nous en vain que tous nos frères de langue anglaise, sans exception, voient l’anormal de leur position et viennent nous serrer la main comme preuve de la cessation des hostilités et gage d'une union sacrée pour l’avenir?

La lutte actuelle a montré et montre encore que les éléments

anglo-saxon et francais ont-heaucoup à apprendre l'un -de l’autre. .

la facon admirable, d'aucuns disent miraculeuse, avec laquélle la France s’est ressaisie pour faire face à la pire invasion de barbares qui ait jamais souillé son sol, et leur administrer à plusieurs reprises, entre autres, la Marne, la Champagne, Verdun, la Somme, des défaites dont les échos se répercuteront dans la suite des siècles, indique que le principe de centralisation dont on lui a fait tant de reproches à son bon. De son côté, l'Angleterre en trouvant moyen, en moins de deux ans, de mettre sur pied une immense armée, bien disciplinée et capable de noblement tenir tête à l’armée la mieux

organisée qui se soit jamais vue, a montré combien elle a raison de.

constamment maintenir chez elle le principe de l'initiative indivi-

duelle. ".

Si ermGrèce, si à Rome, les noms des grands généraux, des fameux , A : : ’ législateurs de” la nation conquérante planent bien au-dessus de

ceux de la nation vaineue, la Perse ou Carthage, il n’en est pas de

même sur le continent nord-américain, et quoi qu’on fasse et qu’on

. $ l'Angleterre, cette grande et généreuse nation où palpitent toutes les forces vives du progrès, qui comprend que la liberté c'est la lumière.—V. Hugo.

dise, nos adversaires eux-mêmes sont forcés d'admettre que les noms des Cartier, des Champlain, des Maisonneuve, des la Salle, des Frontenac, des Laval, des Montcalm, des Lafontaine, pour n'en citer que quelques uns pris au hasard, demeurent ‘lès plus grands noms des s. fastes de l’histoire du pays, d'un bord comme de l’autre de la fronn tière. Avec les Nicollet, les Radisson, les de Noyon, les Charlevoix, ” les La Vérendrye, les Saint-Pierre, les Provencher, les Riel, ete. l’Ouest ne le cède en rien à l’est: iei comme là-bas, ce sont des noms français qui priment tous les autres. Et, à leur égard, on peut bien , répéter ce que Fiske a dit des premiers, que ‘‘pour le courage, la force d'âme et les grandes résolutions, pour la sagacité comme chefs, la sagesse comme hommes d'état, l'intégrité à toute épreuve, la loyauté dévouée, pour toutes les qualités qui rendent la vie héroïque, nous pouvons prendre d’eux d'innombrables leçons.” % Æ

Dans son introduction à la première partie des voyages des . Français sur les Grands Lacs et la découverte de l’Ohio et du Mississippi (1614-1684), Pierre Margry, le célèbre compilateur des mémoires et documents inédits pour servir à l’histoire des origines françaises . des pays d’outre mer, écrit ce qui suit: ‘‘Le chevalier de Fleurieu, 4 dans le projet d'instruction qu’il soumit à Louis XVI pour le voyage de. La Pérouse en 1785, reprochait aux Français de n’avoir pris qu’une faible part à la découverte du globe terrestre. Il est du moins un continent où notre action semble ne pas autoriser la sévérité de ce jugement, c’est l'Amérique dans sa partie septentrionale, dont La , Pérouse lui-même a visité les côtes occidentales pour achever notre oeuvre; et si notre exploration dans ces régions du nouyeau monde n'ést pas encore estimée autant qu'il convient, c’est que pour apprécier nos diverses entreprises il faut savoir à quelles aspirations la pensée en est due, se rendre compte des différences qu'elles ont rencontrées; comme aussi connaître les talents, les vertus et même les impressions de ceux. qui ont exécuté ces ‘grands voyages. Or cette connaissance ne pouvait s’acquérir que par la lecture de mémaires inédits et dispersés jusqu'ici.” .

Et ïl ajoute: ‘Nous avons réellement ignoré, par cette raison sans aucun doute, ce qu'offre de grand et d'’intéressant l’histoire de la découverte et du premier établissement, par la France, des territoires de l'Ouest, qui, outre une partie du Canada au Nord, forment présentement au centre et au Sud, une vaëte étendue de la Confédé- ration des Etats-Unis.?” .

Au nombre des découvertes et des établissements mentionnés dans ces lignes, ceux des pays que nous habitons nous intéressent:’ naturellement au plus haut chef; c’est mon intention.dans une série de causeries au cours de cet hiver de les étudier avec vous l’un après l’autre, non pas de façon simplement technique et chronologique, mais précisément, jusqu’à un certain point du moins, dans le sens indiqué par les lignes de 'Margry, et autant qu'ils pourront présenter à notre esprit les caractéristiques des hommes que nous pouvons

© + “äns crainte, à quelques exceptions près, prendre comme modèles, au : hs exact ou figuré du mot, dans la lutte que nous avons été forcés

Béhtreprendre pour la conservation, en ce pays, de la langue fran-

le et de la mentalité qui en est le complément naturel. . - Et je suis sûr que si vous voulez bien perdre de vue la faiblesse

: comme auteur de celui qui s’efforcera de vous intéresser, en ‘plaçant

. sous vos yeux les tableaux édifiants des grandes actions accomiplies par les homme de notre race, pour ne songer qu'aux grands exemples qui s'en dégagent, vous aurez lieu, à la fin de la saison de vous féliciter d’avoir profité de l’occasion qui vous aura été ainsi offerte de retremper vos forces et votre détermination aux sources mêmes de l’histoire des nôtres dans l'Ouest.

D'une soirée à l'autre nous évoquerons les figures des grands disparus qui ont présidé à l'établissement et à la civilisation de l'Ouest, Avec Nicollet nous approcherons si près des plaines du Manitoba que nous traiterons dès 1640 avec ‘‘les gens de la mer” ou de Ouinipeg:; avee Bourdon, quelques années plus tard, nous prendrons possession au nom du roi de France du littoral de la Baie d'Hudson; avec Radisson et Grosseilers nous découvrirons le Nord- Oust dès 1659, irons par terre à la Baie James ou la Baie d'Hudson dès 1662, et sept ans plus tard, fonderons la fameuse Compagnie de la Baie d'Hudson dont l'influence sur l’histoire, le développement et le gouvernement du pays devait être si considérable; avec de Troyes, d’Iberville, La Pérouse et leurs compagnons nous lutterons pour la préservation des droits du roi de France, contre les empiètements de la Compagnie dans les mers et les territoires où elle se sera établie; avec de Noyon, La Vérendrye—ce Jacques Cartier du Nord- Ouest, comme l'appelle si justement l'honorable juge Prud’homme— Lafrance, St. Pierre et leurs compagnons et successeurs nous eontinuerons et achèverons les découvertes du Nord-Ouest: avec eux nous en prendrons possession au nom du roi de France en y établissant des forts dont les restes, pour quelques uns du moins, peuvent encore être retrouvés de nos jours, sinon de fait, du moins dans la tradition des indigènes et des anciens; avec La Corne St. Lue, au Pas, sur la rivière Carotte, nous ceultiverons le sol dès 1754; avee les Métis-français nous guiderons les voyageurs de-toutes nationalités à. la découverte de nouvelles contrées et, en temps et lieu, nous défendrons les droits, hérités ou acquis, des premiers occupants de ces plaines, ne permettant pas que cet iminense domaine devienne une simple colonie de colonie; avec les pères Jésuites dont le grand his torien amérieain Bancroft a dit: ‘On n'eut su tourner un cap, res.

monter une rivière, qu’un Jésuite n’y eut déjà été,” et les Pères(e"

Oblats qui, une fois à l'oeuvre, ne le cédèrent en rien, pour le-zèlé et le dévouement, à leurs prédécesseurs et confrères, nous convertirons et instruirons les aborigènes et aiderons au peuplement du pays, : par les habitants de l'Est et de l’Europe, en établissant des maisons d'éducation et des institutions de charité de. toutes sortes; avec les soeurs des divers ordres nous fonderons les hôpitaux, les hospices,

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les écoles dont nos adversaires eux-mêmes sont forcés d'admettre la . supériorité. Le champ est si vaste que nous n’aurons pas de trop de tout l'hiver pour le parcourir, si même il nous est possible de traiter le sujet de façon complète et digne de lui en une seule saison.

D'autant plus que nous aurons aussi à assister à l’établissement des principaux postes de l’Ouest:et de leurs succursales, à leur transformation en centres de population, lorsque le pays commencera à se peupler et à attirer l'immigration; à la naïssance des villages, des villes. Nous aurons à constater combien ces hommes, dont hélas! nous connaissons à peine les noms et l’histoire, avaient le coup d'oeil juste ; combien leur jugement était sain et combien notre époque, en choisisant précisément, pour bâtir ses Winnipeg, ses Edmonton, ses Calgary, ses Saskatoon, . ses Prince Albert, ses Le Pas, etc., les lieux qu’ ils avaient eux-mêmes choisis, a reconnu la sagesse: de leurs prévisions. Car de même que des dents de dragon semées par Cadmos

* naquirent et grandirent les forteresses de la Béotie, de même des ‘ plaques de prises de possession éparpillées par La Vérendrye surgirent

et s'étendirent les cités de l'Ouest. Par cette semence la France devint la mère de nos grandes villes, non seulement de celles qui existent depuis l’annexion des Territoires du Nord-Ouest au Canada,

. non seulement de celles qui sont nées d’hier ou sont encore dans un

état embryonnaire, mais de toutes celles à naître d’un travers à l’autre des Provinces de l'Ouest jusqu'aux Grands Lacs d’un côté et l’Océan Pacifique de l’autre, aussi bien que de la frontière amérièaine à la Baie d'Hudson et l'Océan Glacial Arctique; tout comme la chose est arrivée et continue à se produire aux Etats-Unis pour les endroits où Céloron de Bienville, par exemple, cloua aux arbres bordant les embouchures des principales rivières, ses plaques de fer-blane attestant ses prises de possession au nom de Louis XIV.. + # *

André Thevet, cosmographe du roi Henri III, dans son livre “Le

Grand Insulaire ét Pilotage,” publié en 1586, montrait quels dangers----

courraient ceux qui voulaient s’aventurer vers la côte d'Amérique, au delà de Terre-Neuve. Selon lui des démons et des griffons peuplaient les îles à l’entrée du détroit de Belle-Isle et les montagnes du Tabrador; les ‘eartes sur lesquelles il se plaisait: à représenter ces êtres fantastiques, pourvus d'ailes, de cornes et de queues, rampant sur les écailles molles de leurs ventres flasques et vomissant la flamme par leurs goûles hideuses, ne purent cependant arrêter Champlain, ses compagnons el ses successeurs.

Si pour l’Ouest il n’était pas question : de démons et de leur ‘terrible tintamatre,”” par contre il ne manquait pas de récits d’actes de cruauté perpétrés par les sauvages pour faire hésiter les plus vaillants à s’aventurer sur les territoires qu'ils occupaient. ‘ Non seulement les hommes que nous suivrons au cours de ces études ont eu le mérite de mépriser ces récits et de réussir à adoueir les moeurs de ces êtres primitifs, que leur instinct avertissait peut-être du résul-

tat ultime de la conquête par les Visages Pâles de leurs immenses

domaines, mais ils eurent aussi celui, par la franchise des relations! qu'ils eurent avec eux, de s’attirer dès les débuts leur confiance au point de les faire consentir à des unions entre blancs et Indiens d’où sortit cette robuste race métisse, dont nous aurons souvent occasion d'admirer les grands gestes. Nous assisterous pourtant à quelques terribles massacres perpétrés, par crainte ou’ par jalousie, sur les membres de certaines expéditions ou missions, et nous comprendrons d’autant mieux la grandeur du dévoñement et le désintéressement de la conduite de ces hommes, à la poursuite d'un idéal matériel ou religieux, que rien ne pouvait arrêter dans leur marche vers le noble but qu ils s'étaient imposé,

Quel attrait, en effet, pouvait bien avoir pour ces robustes. décou-' vreurs le pays inconnu qui s’étendait devant eux à la limite des Grands Lacs vers l'Ouest, dont l'aspect sauvage et apparemment ,

‘’impénétrable était de nature à leur arracher le cri que poussa Cartier en se trouvant entre les muraïlles rébarbatives du Labrador et l’île rugueuse de Terre-Neuve: ‘‘Sûrement c'est ici la part de la terre qui fut donnée en partage à Caïn!” Quelle soif de nouveautés les portait bien à affronter, loin de tout poste de. défense et de ravitaillement, un climat dont ils ignoraient la rigueur, une population dont ils devinaient la férocité, des contrées où les maladies devaient sans doute pulluler au milieu des miasmes des marais et au sein des nuages d'insectes sanguinaires? Oh! c’est que pour les uns l'honneur de pouvoir ajouter aux domaines que possédait déjà leur roi les faisait mépriser les fatigues les plus grandes et courir les dangers les plus terribles, tandis que pour les autres, le salut d’une seule âme fûtelle celle d’un Pean Rouge—devant Dieu toutes les âmes sont blanches—valait plus que la conquête d'un Empire. Lorsque des hommes se sont tracé un el chemin de gloire et de mérite, il n’est pas de ciel assez inclément, de nature assez sauvage,’ d'obstacles assez insurmontables, d’indigènes assez féroces, pour arrêter” leur marche en avant et les empêcher d ‘atteindre le noble- but qu'ils se sont proposé.

D'ailleurs devant la vigueur des courageux, devant la décision des intrépides, les difficultés s’aplanissent “bientôt comme par enchantement ; et de même qu’une fois passé le détroit de Belle-Isle et ses îles réputées remplies de monstres et de démons, Cartier trouva le. doux climat de la baie des Chaleurs et la beauté des rives enchanteresses de Gaspé, qui relevèrent son courage et ravivèrent sa résolution de‘poursuivre son chemin vers la Chine, de même, une fois les abords mornes des Grands Laes laissés derrière eux, les voyageurs et les missionnaires que nous accompagnerons sur les rivières qu'ils descendaient en canots, l’épée au côté ou le erucifix à la main, virent s'ouvrir devant eux des horizons -ensoleillés et des paysages merveilleux qui les confirmèrent dans la poursuite du but qu ils s'étaient fixé: celui de découvrir cette mer de l'Ouest dont ils avaient tant entendu parler et de convertir à Dieu les peuplades, ignorantes du bienfait de la religion chrétienne, qui. devaient en habiter les plages. *

Au cours de ces études sur la naissance d’une nation,—car il est elair que dans un avenir qui ne peut être bien éloigné, les prairies de l'Ouest formeront un Empire dont la prospérité dépassera tout ce qu'on a vu dans le reste de l’univers;—en suivant ainsi pas à pas ces hommes qui ont préparé la voie aux populations des années futures, en étant témoin des actes. de dévouement vraiment héroïques accomplis par ces pionniers de la civilisation et de la religion, nous serons fiers de sentir que ces hommes étaient de notre sang, que ces précurseurs appartenaient À notre race et que ces grandes découvertes ont été achevées sous l’égide de notre foi.

Car si, -reconnaissants du joug plutôt léger qui nous à été librement imposé depuis la cession de 1763, nous, vivons paisibles et prospères à l'abri du drapeau britannique qui, jusqu’à ce jour, a été la garantie de nos libertés civiles et religieuses; si nous n'avons ni la pensée ni le désir de changer notre allégeance, il doit bien nous être permis cependant d'être fiers des grandes actions de nos aïeux accomplies aux siècles passés, jusqu’au fond des solitudes de l'Ouest, et de nous glorifier d’être les descendants de tels hommes. -

‘Et comme c’est à eux que nous pouvons faire remonter la genèse ?des droits sur laquelle nôus basons nos réclamations de l’heüre présente, par raison de première occupation du pays, tout comme dans

la Province de Québec et ailleurs au Canada, il est tout naturel que nous étudiions avec beaucoup de soin notre histoire et nous péné- ‘triions tous les’ jours davantage de la justice de nos demandes.

!: Car de même qu'il y eut pour le Canada d'alors des capitulations de Québec et de Montréal et un traité de Paris qui, de 1759 à 1763, garantirent à la population française de eë temps-là les droits et les privilèges qu’elle possède ou devrait posséder encore aujourd’hui “dans l'Est, de même il y eut en 1870 une capitulation de Fort Garry et un traité d'Ottawa, —bien clairement énoncé, celui-ci, —pour confirmer dans ces mêmes droits et ces mêmes privilèges les habitants, en majorité aussi de langue française et de religion catholique, qui

s'étaient séparés peu à peu de la province mère et avaient fait souche dans les plaines de l'Ouest. »

Cependant il est boù que nous ne perdions pas de vue qu étant les plus faibles numériquement, il est nécessaire que nous donnions comme’ base à la lutte que nous sommes forcés d’ entreprendre, des arguments solides où le bon sens et la raison soient de nature à l’em-

. porter sur la force brute. A l’exemple des découvreurs et des mis-

sionnaires qui aboïrdaient les populations sauvages des plaines que

«nous habitons, les mains chargées d'offres de paix et de bénédic-

tions, nous devons nous servir, à l’égard de ceux qui ne peuvent ou. ne veulent pas nous comprendre, de tous les moyens légitimes que la

persuasion nous. offre.

Trop souvent, en’ nous adressant aux adversaires de notre langue et de notre religion, nous.usons de paroles acerbes et de sourires narquois : sur le moment cela satisfait la petite gloriole qu’on éprouve

toujours en lançant une pointe spirituelle où en se vengeant d’une injustice au moyen du sarcasme, mais les’ résultats définitifs sont presque toujours fatalement désastreux; car une fois que nous nous sommes fait par ce moyen des ennemis d'hommes qui n'étaient encore que des adversaires, nous pouvons bien nous attendre ,à ce qu'ils mettent tout en oeuvre pour nous nuire sinon nous détruire. Sans doute, sur le moment, il y a moins de satisfaction à prendre une position digne et à essayer de raisonner les choses froidement, mais le résultat est, de facon générale, plus sérieux. ‘Après tout, nos adversaires sont des hommes intelligents: ils noùs appartient de leur prouver par le raisonnement que notre manière de voir est la bonne, et cela avec cet esprit de conciliation et cette modération que le Saint Siège vient justement de nous recommander,

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